Le coût de l’exercice libéral ne se lit pas directement dans les honoraires encaissés. Il apparaît une fois les charges d’exploitation, le social et le fiscal déduits du compte de résultats. L’Observatoire Fiducial des chirurgiens-dentistes 2026 analyse le compte moyen et détaille les hausses décidées fin 2025.
Le coût de l’exercice libéral en chirurgie dentaire, une charge sociale incompressible
Un cabinet a conservé en moyenne 361 647 euros d’honoraires sur le dernier exercice observé par Fiducial, dont 224 117 euros absorbés par les charges d’exploitation, soit 62 %. Restent 137 530 euros de résultats, contre 127 519 euros un an plus tôt, pour un taux de résultat qui progresse d’un point, de 37 % à 38 %. Sur ce total, les cotisations sociales personnelles et les impôts professionnels représentent à eux seuls 55 308 euros, environ 15 % du chiffre d’affaires, acquittés avant toute imposition sur le revenu.
En nom propre, statut retenu par la majorité des praticiens, le chirurgien-dentiste relève du régime des travailleurs non salariés et déclare ce résultat en bénéfices non commerciaux. Deux caisses se partagent l’appel de ces cotisations, l’URSSAF pour la maladie, les allocations familiales, la CSG et la CRDS, la CARCDSF pour la retraite et la prévoyance. C’est sur ce second bloc que portent les principales révisions de 2026. Le plafond annuel de la Sécurité sociale est passé à 48 060 euros au 1er janvier, en application d’un arrêté publié au Journal officiel du 23 décembre 2025, et la CARCDSF a relevé le même jour son taux de retraite de base de 8,23 % à 8,73 % sur cette même tranche. La retraite complémentaire et l’allocation supplémentaire de vieillesse forment ensemble un forfait de 4 874,20 euros dû quel que soit le revenu déclaré, et une cotisation minimale de 573 euros s’applique dès la première année d’exercice, même en cas de résultat très faible.
Pourquoi le coût de l’exercice libéral pèse-t-il plus sur les petits cabinets ?
Le poste fiscal ne varie quasiment pas d’une tranche d’activité à l’autre, autour de 4 % du chiffre d’affaires. C’est le poste social qui creuse l’écart. Un cabinet dont les honoraires restent sous 200 000 euros verse environ 18 600 euros de cotisations personnelles, soit 13 % de son chiffre d’affaires. Entre 200 000 et 300 000 euros, la facture grimpe à environ 30 000 euros mais redescend à 12 % du chiffre d’affaires, puis à 11 % au-delà de 300 000 euros. Le forfait CARCDSF de 4 874,20 euros explique une bonne part de cette dégressivité apparente. Rapporté à un résultat de 60 000 euros, il en représente environ 8 % contre environ 2 % pour un résultat de 200 000 euros. Un praticien qui débute exerce à temps partiel ou vient d’embaucher sans avoir atteint le volume d’activité qui rentabilise ce recrutement supporte ainsi, en proposition, une charge sociale plus lourde que son confrère à forte activité, alors même que le montant en euros reste identique à tous.
L’exercice en société réduit-il le coût de l’exercice libéral ?
Dans l’échantillon Fiducial, 74 % des praticiens exercent encore en propre et 26 % en société. Le passage en société ne change rien aux cotisations CARCDSF, assises sur la rémunération effective du praticien, quelle que soit la structure juridique retenue. Il ne modifie pas non plus le mécanisme de la régularisation propre à la caisse, qui appelle ses cotisations sur la base d’un revenu antérieur avant d’ajuster une fois le revenu réel connu, avec des rattrapages parfois sensibles en cas de variation d’activité. Seule la fiscalité des bénéfices non distribués peut être allégée, via une société de participations financières des professions libérales détenant les parts de la société d’exercice.
Ce montage, qui coûte entre 1 500 et 2 500 euros de gestion par an, ramène l’imposition effective des dividendes autour de 1,25 %, contre plus de 31 % en détention directe, et devient intéressant à partir d’environ 6 700 euros de dividendes distribués annuellement. La hausse de la CSG sur les revenus du capital, de 9,2 % à 10,6 % depuis la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026, réduit légèrement cet écart sans le faire disparaître.
Un contexte démographique et conventionnel qui entretient la tension
La profession compte 48 700 chirurgiens-dentistes en activité au 1er janvier 2026 selon la DREES, en hausse de 2,2 % sur un an, avec un âge moyen de 43,9 ans et 51 % de femmes parmi les praticiens en exercice. Cette dynamique démographique s’accompagne d’une évolution conventionnelle qui touchera différemment les cabinets. La convention dentaire 2023-2028 a engagé au 1er janvier 2026 une baisse progressive, sur trois ans, de la prise en charge de l’inlay-core, ce qui affectera d’abord les cabinets à forte activité prothétique, premier poste de charges du compte de résultat. Le barème de cotisations s’appliquant dès janvier, quand la CARCDSF régularise sur un revenu antérieur, un praticien dont les recettes prothétiques reculeraient en 2026 cotiserait d’abord sur un revenu plus élevé que son revenu réel, avant d’en constater l’effet a posteriori.











