D’après ce testing, Aides comptabilise 33,6% de refus de soins (directs ou déguisés) parmi les dentistes. Plus précisément, l’on dénombre 3,6% de refus directs, 30% de refus déguisés et 16,8% de discriminations ou de disparités de traitement en raison du statut sérologique. La notion de refus de soins a été définie par la CNAMTS dans une circulaire de 2008: « elle englobe le refus de rendez-vous mais aussi toute stratégie visant à décourager le patient ou à lui appliquer un traitement différencié ».

A la suite d’une étude comparative, les gynécologues s’en sortiraient mieux. Parmi les 116 gynécologues testés avec une prise de rendez-vous pour un frottis, Aides a pu relever : 6% de refus de soins directs ou déguisés imputables au VIH et 17,2% de discriminations et de disparités de traitement liées au VIH.

Cette enquête a révélé l’existence de traitements différenciés entre les testeurs séropositifs au VIH sans évoquer aucun des motifs jugés discriminatoires. Pour 57,9% des dentistes/secrétaires, les pratiques de soin, l’accueil et la communication ont été conformes à la déontologie médicale. Certains ont aussi fait preuve de bienveillance avec une approche globale de la prise en charge médicale de la personne.

Quelques exemples d’extraits téléphoniques avec certains dentistes et/ou leurs secrétariats relevés par Aides.

La question des horaires :

« humm, faut que je vous rappelle. Le médecin voudra que je déplace l’heure plutôt fin de matinée ou début d’après-midi car ça nous fait plus de travail ».

Le VIH…ce grand méconnu:

« désolé mais le dentiste n’ a pas la formation pour cette pathologie. ah par contre…elle a pas le droit . C’est une jeune ! Elle est pas encore assez formée, Faudrait voir l’hôpital civil, vous serez mieux pris en charge. Je vous rappelle pour annuler. Le dentiste préfère prendre seulement des personnes recommandées ».

Le secret médical…pas très secret

« C’est noté pour la séropositivité ».

Merci d’aller voir :

« Vaudrait mieux que vous alliez à l’hôpital. Moi, je n’ai pas l’habitude de soigner ces patients. C’est pareil pour ceux avec des hépatites. Bon, il vaut mieux que vous alliez dans un centre spécialisé, ils auront un matériel plus adapté. C’est mieux pour vous si vous allez à l’hôpital. Vous serez mieux suivi ».

Un luxe de précautions :

« Je vous rappelle pour changer l’horaire : plutôt en fin de journée pour nous permettre de tout stériliser. Les personnes comme vous, on préfère les mettre en fin de matinée, ça permet de nettoyer le cabinet. C’est gentil de prévenir, tout le monde ne le dit pas (…). Au pire, on met deux paires de gants. »

De son côté, l’Ordre National des Chirurgiens Dentistes, « s’émeut profondément des conclusions de ce testing qui appelle sa réaction immédiate. A cet égard, le Conseil National confirme avec fermeté qu’aucune personne ne peut faire l’objet de discriminations dans l’accès à la prévention et aux soins. Les chirurgiens-dentistes qui ne respecteraient pas ce principe fondamental légal et déontologique s’exposent à des poursuites, tant devant les juridictions disciplinaires, que pénales. Il rappelle en effet, d’une part, que les chirurgiens-dentistes sont au service de l’individu et de la santé publique et doivent soigner avec la même conscience tous leurs patients. Et que, d’autre part, les précautions thérapeutiques à mettre en oeuvre sont les mêmes pour tous les patients qui doivent, tous, bénéficier d’une même chaîne de décontamination et de stérilisation. C’est d’autant plus vrai que le patient peut lui-même ignorer l’infection dont il est porteur ».

A la suite de ce testing, l’Ordre National des Chirurgiens Dentistes s’est rapproché de l’association Aides, le 9 juin, afin de travailler de concert pour une évolution des bonnes pratiques au sein des cabinets de chirurgiens-dentistes. C’était une première rencontre pour « avancer ensemble à l’avenir pour une meilleure formation des praticiens et des secrétaires médicales ».