Les agénésies dentaires sont le plus souvent d’origine génétique. En général, les personnes qui en souffrent manquent d’une ou plusieurs dents de sagesse (25 % de la population). Mais il arrive aussi que certaines personnes souffrant d’agénésie ponctuelle ou hypodontie soient dépourvues d’une à six dents définitives. Enfin, dans certains cas rares (une personne sur 2 000), le patient souffre d’agénésie multiple ou oligodontie : il lui manque plus de six dents, ce qui complique grandement sa mastication. Si ce handicap, en fonction de sa gravité, peut être traité par l’orthodontie dans l’enfance et plus tard par des implants, de nombreuses personnes n’ont malheureusement pas les moyens d’être pris en charge comme il le faudrait. Une nouvelle étude pourrait toutefois changer la donne.

Au Japon, des scientifiques ont découvert un potentiel traitement pour aider à régénérer les dents perdues. Leur papier, paru dans la revue Science Advances, montre que supprimer le gène USAG-1 en utilisant son anticorps monoclonaux pourrait stimuler la croissance des dents chez des animaux atteints d’agénésie dentaire.

Au cours de leurs recherches, des scientifiques de l’Université de Kyoto et de l’Université de Fukui ont décidé de cibler le gène USAG-1, réputé pour inhiber deux molécules, BMP et Wnt, toutes deux impliquées dans le développement des dents. Toutefois, ces molécules étant également responsables de la modulation de la croissance de multiples organes et tissus aux premiers stades du développement humain, interférer avec elles peut entraîner de graves effets secondaires.

Espérant pouvoir éviter ce phénomène, les chercheurs ont testé de nombreux anticorps monoclonaux (protéines qui imitent le système immunitaire pour combattre les agents pathogènes, souvent utilisées pour traiter les cancers, l’arthrite et développer des vaccins). Si plusieurs d’entre eux empêchaient USAG-1 d’interagir avec BMP et Wnt, ils ont malheureusement provoqué de graves malformations congénitales.

Les anticorps bientôt testés sur des porcs

Jusqu’à ce que les scientifiques ne finissent par tomber sur un anticorps capable de perturber l’interaction du gène avec BMP sans avoir aucun impact sur Wnt. Chez les souris, une seule administration de cet anticorps a suffi à générer une dent entière. En renouvelant cette expérience sur des furets, dont les modèles dentaires ressemblent à ceux des humains, les chercheurs ont remarqué des résultats similaires.

Cette étude est la première à montrer les avantages des anticorps monoclonaux sur la régénération des dents. « L’ingénierie tissulaire conventionnelle ne convient pas à la régénération des dents. Notre étude montre que la thérapie moléculaire sans cellules est efficace pour un large éventail d’agénésies dentaires congénitales », se félicite Manabu Sugai, de l’Université de Fukui et coauteur de l’étude. Dans l’espoir d’aboutir à un traitement, les chercheurs envisagent désormais de tester les anticorps sur des porcs et des chiens.

L’agénésie peut toucher les dents mais aussi d’autres parties du corps. En effet, dans de nombreux syndromes génétiques, les dents sont le premier marqueur d’une maladie rare, comme la dysplasie ectodermique. Cette dernière recouvre un ensemble de problèmes de santé : outre l’absence de plus de six dents, le patient souffrira d’anomalies ou niveau des ongles, des glandes sudoripares ou encore des cheveux.