Danielle n’a pas pu retourner chez le dentiste depuis que ce dernier a fermé son cabinet il y a six ans. Souffrant d’un abcès, elle a dû s’extraire onze dents elle-même. Lina, mère célibataire, cherche un dentiste depuis 2017. Elle a dû s’arrêter de travailler pendant plusieurs jours tellement sa bouche la faisait souffrir et s’arracher six dents elle-même également. Sur Facebook, le groupe britannique de campagne Toothless in Suffolk relate les témoignages de nombreux patients dans l’incapacité de trouver un dentiste du National Health Service (NHS), le service de santé publique anglais. Depuis quelques années, le nombre de cliniques dentaires proposant des consultations dans le cadre du NHS ont drastiquement diminué dans cette zone qui constitue la partie méridionale de la région d’Est-Anglie, à l’est du pays. La pandémie et les confinements successifs n’ont bien sûr pas arrangé les choses…

« La douleur était si forte que j’ai dû m’absenter du travail », raconte Lina Hogan à la BBC dans un article paru le vendredi 1er octobre. « Les choses ont empiré et j’ai dû supplier mon médecin généraliste pour obtenir des antibiotiques et ils me les ont donnés en une seule fois pour éviter que je n’aie à me rendre aux urgences. Pour quelqu’un comme moi, qui ne reçoit pas d’allocations parce que je travaille, et qui doit payer des frais de garde d’enfants énormes – c’est impossible (…) Vous êtes jusqu’à votre dernier centime chaque mois, il n’y a aucune chance que je puisse me permettre ne serait-ce que 50 £ de plus par mois. »

« Beaucoup trop de personnes souffrent, beaucoup trop de gens sont en difficulté financière car ils sont obligés d’aller chez le dentiste pour soulager leur douleur », insiste Mark Jones, membre du parti communiste et l’un des fondateurs de Toothless in Suffolk« Dans le Suffolk, les gens souffrent du manque d’accessibilité aux dentistes du NHS. Ce groupe de campagne a rassemblé des témoignages et demande au NHS de régler la situation au plus vite », est-il marqué dans la présentation groupe qui a d’ailleurs lancé une pétition pour alerter sur l’urgence. Cette dernière a pour l’heure recueilli plus de 5 000 signatures.

« Nous ne pouvons pas attendre »

Et il semblerait qu’elle ait attiré l’œil des autorités locales puisque, lundi 27 septembre, Mark Jones et Helen Duncan, dentiste du NHS, ont rencontré des commissaires du NHS England et de NHS Improvement pour l’est de l’Angleterre pour discuter du sujet.  « Les cabinets dentaires sont en mesure de fournir toute leur gamme de soins en face à face depuis juin dernier. Des centaines de cabinets en East-Anglie sont ouverts et offrent des services en face à face et plus de 700 cabinets dans tout le pays fournissent des traitements dentaires d’urgence supplémentaires », déclarait alors un porte-parole du ministère de la Santé et des Soins sociaux.

Mais les militants de Toothless in Suffolk ne sont pas de cet avis. D’après eux, l’emplacement de ces services ne sera pas révélé avant juillet 2022. « Nous ne pouvons pas attendre tout ce temps de voir le premier signe d’un dentiste NHS dans le Suffolk (…) nous n’arrêterons pas nos actions jusqu’à ce que les services NHS dentaires soient complètement restaurés dans le Suffolk », interpelle Mark Jones dans une vidéo partagée sur Twitter.

Pourquoi le gouvernement ne comprend-il pas ?

 « J’ai consacré ma vie professionnelle à la dentisterie et j’ai vu le système décliner ces dernières années. Seul le NHS peut remettre la dentisterie sur les rails et mettre fin à la souffrance généralisée », témoigne quant à elle Helen Duncan auprès de la BBC. Sur le groupe Facebook, elle raconte par ailleurs le parcours du combattant pour un dentiste d’exercer dans le cadre du NHS, « l’armée d’avocats nécessaire » pour souscrire à un contrat NHS, le coût que cela coûte et le manque à gagner que représentent des soins réalisés dans ce cadre pour les dentistes. « Pourquoi le gouvernement ne comprend-il pas ce qui est en train de se passer ? », interpelle-t-elle.

Au Royaume-Uni, les praticiens consultent bien sûr à titre privé mais sur les 2 000 personnes interrogées par l’organisme indépendant Healthwatch England au printemps dernier, 27 % déclaraient avoir du mal à payer les traitements dentaires ou préféraient tout simplement les éviter.