On est loin du terrifiant dinosaure de Jurassique Park dont tous les enfants des années 90 cauchemardent encore aujourd’hui. Le Musée National de Rio de Janeiro (Brésil) a récemment annoncé avoir découvert une nouvelle espèce de dinosaure « très rare ». Il s’agit d’un théropode sans dents qui vivait dans le sud du Brésil il y a 70 à 80 millions d’années. Or les théropodes sont des dinosaures bipèdes, le plus souvent carnivores ou omnivores et donc munis de dents. Ils ont baptisé l’étrange animal Berthasaura leopoldinae en hommage à Bertha Luz, scientifique brésilienne chercheuse au Musée National et à l’impératrice Maria Leopoldina, femme de l’empereur Pedro Ier du Brésil et mécène de recherches sur les sciences naturelles. L’étude, réalisée conjointement avec le Centre Paléontologique de Contestado, dans l’État de Santa Catarina, est parue dans la revue Nature.   

La bête a été identifiée à partir d’un ensemble de fossiles, extrêmement bien conservés, trouvés lors de fouilles dans la carrière de Cemitério dos Pterossauros, dans l’Etat du Parana entre 2011 et 2014. La bête mesure environ un mètre de long et quatre-vingts centimètres de hauteur. Elle « avait un bec, et pas de dents, contrairement à toutes les autres espèces découvertes au Brésil jusqu’à présent », a précisé le Musée National.

« Nous avons des restes de crâne, de mâchoire, de colonne vertébrale, des ceintures pelviennes et pectorales, et des membres antérieurs et postérieurs, ce qui fait de “Bertha” un des dinosaures issus de la période du Crétacé les plus complets jamais découverts au Brésil », détaille le paléontologue Alexander Kellner, directeur du musée.

« Ce n’est pas parce qu’il n’a pas de dent qu’il ne peut pas manger de viande »

Pour le scientifique, cette découverte est une « vraie surprise ». « Le fait que cette espèce n’ait pas de dents est une vraie surprise qui soulève de nombreuses questions sur son alimentation », développe-t-il. « Peut-être qu’il se nourrissait différemment des autres dinosaures théropodes, mais ce n’est pas parce qu’il n’a pas de dent qu’il ne peut pas manger de la viande », ajoute Geovane Alves de Souza, l’un des auteurs de l’étude.

En effet, un grand nombre d’oiseaux, parmi lesquels les faucons et les buses, mangent de la viande avec leur bec. Il s’agissait sans doute d’un omnivore vivant dans un environnement inhospitalier qui se nourrissaient avec tout ce qu’il trouvait.

Des préférences alimentaires omnivores ?

« Bien que les becs aient été facilement reconvertis pour la faune au cours de l’évolution des théropodes, la perte de dents et le rhamphothèque ne sont pas à eux seuls des indicateurs fiables de l’herbivorie. L’anatomie comparative des crânes, la présence de gastrolithes et les données isotopiques ont été utilisées pour déduire l’herbivorie chez Limusaurus, Incisivosaurus et certains ornithomimosauriens avec une certaine confiance. On n’a pas retrouvé de gastrolithes associés à Berthasaura et les données isotopiques ne sont pas encore disponibles. En revanche, plusieurs traits herbivores partagés par Berthasaura et les taxons herbivores susmentionnés, suggèrent que Berthasaura aurait pu être herbivore ou avoir, au moins, des préférences alimentaires omnivores », concluent les chercheurs.

La carrière de Cemitério dos Pterossauros est un site très célèbre en paléontologie depuis la découverte du premier ossement de ptérosaure dans le pays. Si les scientifiques savaient déjà que des dinosaures avaient foulé ce site, le premier spécimen formellement décrit fut Vespersaurus paranaensis, à partir de plusieurs éléments isolés ou partiellement associés.