Fin mai, alors que la France se déconfinait progressivement, 44 % des salariés se déclaraient en détresse mentale, dont 17 % « élevée », selon un sondage réalisé en ligne par OpinionWay. Le taux de dépression nécessitant un accompagnement chez les salariés plafonnait quant à lui à 36 %. Mais si la pandémie a épargné peu de monde, les professionnels de santé, en première ligne pendant la crise, se sont particulièrement retrouvés en situation de détresse mentale. D’après un questionnaire anonyme de l’Association SPS (Soins aux professionnels de santé) administré en ligne au printemps 2020, près de 85 % des répondants ne sont pas sentis soutenus psychologiquement. C’est pourquoi, l’association a décidé de créer une Maison des Soignants. Cet établissement de 800 mètres carrés, le premier du genre, a pour objectif de permettre aux soignants et aux étudiants en santé en souffrance psychologique « d’échanger, s’informer et se ressourcer ». Il ouvrira ses portes le 1er septembre au 4 rue de Traktir, dans le 16e arrondissement.

« De nombreux professionnels de la santé présentent un état de vulnérabilité et ont besoin d’être aidés et soutenus, mais ne savent pas où s’adresser pour retrouver santé et bien-être », alerte l’association. Selon son enquête, 74 % des soignants souhaitent avoir recours à des interventions non médicamenteuses (relaxation, hypnose, activité physique…) pour prendre soin d’eux.

Pour les aider, de nombreux ateliers seront proposés autour de thématiques diverses et variées (gestion du stress, mode de vie…) sur des créneaux de deux heures. Des consultations avec des psychologues formés à l’accompagnement des professionnels en souffrance, des groupes de parole, des formations (formation à l’intervention de crise suicidaire, sommeil chez les étudiants, management, négociation…) et des conférences seront également mis en place.

Un épuisement présent depuis longtemps déjà

Outre cette Maison inédite, SPS propose depuis quelque temps une plateforme téléphonique d’écoute dédiée aux soignants via le numéro vert 0 805 23 23 36. Une appli mobile  » Asso SPS  » existe par ailleurs sur App Store et Google Play. De l’autre côté du combiné, plus de 100 psychologues écoutent et orientent si besoin vers une prise en charge médicale. Là encore, des ateliers de soutien en ligne (reconstitution post burn-out, gestion du stress, méditation…) et des formations sont proposés.

Mais si la crise sanitaire a contribué à lever le tabou de l’épuisement professionnel dans la société française, les soignants étaient déjà particulièrement exposés avant l’apparition de la Covid-19. En ce qui concerne les chirurgiens-dentistes, en 2018, un numéro vert spécial burn-out avait été mis à leur disposition au 0 800 288 038. Cette même année, selon une enquête réalisée par le Conseil national de l’ordre des chirurgiens-dentistes, 2 378 praticiens se disaient touchés par ce trouble sur les près de 6 800 qui avaient répondu à cette étude. « Extrapolé aux 42 000 praticiens en exercice, ce résultat représentait presque 6 % de la population des chirurgiens-dentistes exerçant en France. Le numéro vert constitue l’une des solutions pour aider les praticiens qui vivent ces situations de perte d’accomplissement professionnel, de dépersonnalisation des relations avec les patients ou, pire encore, de pensées suicidaires. »