De la puberté à la ménopause, une femme connaîtra à peu près 500 cycles menstruels, interrompus par une grossesse ou des contraceptifs hormonaux. Un cycle classique se partage en deux phases, chacune d’environ 14 jours, pendant lesquelles les fluctuations hormonales peuvent impacter le moral, l’énergie ou la sexualité. Et, selon une étude internationale parue dans Frontiers in Cellular and Infection Microbiology, il semblerait qu’elles soient également susceptibles de perturber le microbiome oral, compromettant ainsi la santé bucco-dentaire des femmes concernées. Et augmentant ainsi bien évidemment le risque de maladies systémiques.

L’étude MiMense s’intéresse à la dynamique du microbiome pendant le cycle menstruel. Elle est menée par les cliniques de fertilité du Rigshospitalet et de l’hôpital Hvidovre, à Copenhague (Danemark), et le Centre de recherche translationnelle sur le microbiome du Karolinska Institutet, à Stockholm (Suède). Au cours de leurs recherches, les scientifiques ont examiné 103 Danoises ayant un cycle menstruel régulier et en âge de procréer. Ils ont établi le profil de leur microbiome salivaire et ont ensuite examiné l’impact de leur contraception hormonale, de leur régime alimentaire ou encore de leur tabagisme pendant les différentes phases de leur cycle. Puis, ils se sont intéressés à leurs éventuelles pathologies buccales.

S’ils n’ont pas observé de changements significatifs dans la diversité des microbes au cours du cycle menstruel, ils ont cependant constaté l’abondance de groupes spécifiques de bactéries, tels que Campylobacter, Haemophilus, Prevotella et Oribacterium, variait considérablement, en particulier pendant la phase lutéale du cycle. Cette dernière intervient juste après l’ovulation. Elle est nommée ainsi en raison de la montée d’hormones lutéinisantes (LH), aussi produites par le cerveau. À cette période, les femmes peuvent être sujettes à une baisse d’énergie ou des migraines en raison de la baisse du taux d’estradiol.

L’adaptabilité fonctionnelle du microbiome oral aux pressions hormonales

Il semblerait par ailleurs que l’utilisation de contraceptifs oraux n’ait qu’une influence limitée sur le microbiome oral. En revanche, le tabagisme et une consommation plus élevée de sucre entraîneraient des modifications plus importantes du microbiote pendant la transition des phases hormonales, détériorant la santé bucco-dentaire des femmes.

« Les niveaux modifiés de certains micro-organismes dans la salive semblent coïncider avec les changements physiologiques des niveaux d’hormones féminines. C’est une indication de changements distincts, mais non généralisés, du microbiome. Les micro-organismes émergents au cours de ces étapes sont connus pour être associés à l’inflammation gingivale, nous pouvons donc considérer qu’il s’agit de changements dysbiotiques de l’écosystème microbien, ceux qui pourraient entraîner une détérioration transitoire de la santé bucco-dentaire si l’hygiène bucco-dentaire n’est pas bien prise en charge », explique le Dr Nagihan Bostanci, co-auteur de l’étude, travaillant au département de médecine dentaire du Karolinska Institutet, au Dental Tribune International.

« Il s’agit de la première étude d’envergure à aborder systématiquement les variations dysbiotiques du microbiome oral au cours du cycle menstruel, et à documenter l’effet additif du tabagisme et de la consommation de sucre comme facteurs de risque environnementaux. Elle révèle la résilience structurelle et l’adaptabilité fonctionnelle du microbiome oral aux pressions hormonales endogènes du cycle menstruel, tout en révélant sa vulnérabilité aux expositions exogènes que sont l’alimentation et le tabagisme », concluent les chercheurs.

Conseiller les femmes en conséquence

Ainsi, pour le Dr Nagihan Bostanci, ces découvertes mettent en évidence la nécessité de prendre en considération les aspects physiologiques de la santé des femmes pour leur santé globale et de les conseiller en conséquence. Prendre conscience que la santé buccale des femmes est plus vulnérable pendant leur cycle menstruel contribuera à améliorer l’hygiène dentaire et à adopter des mesures de dépistage appropriées pendant ces périodes. Cela permettra également de renforcer la prévention de maladies comme la gingivite, assure la chercheuse.

Il est cependant connu depuis longtemps que les changements hormonaux peuvent affecter les gencives, les rendant plus sensibles et rouges. Chez les femmes enceintes, on parle de la « gingivite de grossesse ». Non prise en charge, cette dernière peut se transformer en parodontite et entraîner un accouchement prématuré. D’où l’importance de toujours rappeler aux patientes  attendant un bébé de prendre particulièrement soin de leurs dents.