Aux États-Unis, les protocoles mis en place par les chirurgiens-dentistes pendant la pandémie semblent les avoir plutôt bien protégés de la Covid-19. En France, l’Institut Pasteur mène actuellement une enquête pour étudier la prévalence du SARS-CoV-2 chez les soignants. Quant au Royaume-Uni, si les mesures mises en place après l’apparition de la crise sanitaire ont protégé les praticiens, au début, ces derniers ont été particulièrement exposés au virus. Durant la première vague, d’après une étude parue dans le Journal of Dental Research, les dentistes britanniques présentaient des taux d’infection plus élevés que ceux de la population générale.

Pour en arriver à cette conclusion, les scientifiques ont prélevé des échantillons de sang auprès d’environ 1 500 professionnels dentaires (dentistes, assistant(e)s et hygiénistes dentaires) de la région des Midland, au Royaume-Uni, en juin 2020 pour détecter des anticorps du SARS-CoV-2. Ils ont alors découvert que 16,3 % des participants présentaient des anticorps à la Covid-19, contre seulement 6 % de la population générale à l’époque.

En revanche, le pourcentage de réceptionnistes présentant des anticorps était le même que celui de la population générale. Ces derniers n’ayant pas de contact direct avec les patients sans masque, ces résultats étayent « l’hypothèse selon laquelle le risque professionnel découlait d’une exposition étroite aux patients », déduisent les chercheurs.

L’impact immunologique de la vaccination

Autre observation intéressante : l’origine ethnique semblait également un facteur de risque important d’infection : 35 % des participants noirs et 18,8 % des participants asiatiques présentaient des anticorps anti-SARS-CoV-2, contre 14,3 % des participants blancs.

Trois mois après la première analyse, soit en septembre 2020, après que les cabinets dentaires ont rouvert leurs portes en Angleterre avec des EPI et des mesures de contrôle renforcées, les participants ont redonné des échantillons de sang. Puis, une nouvelle fois en janvier 2021, pendant la deuxième vague de la pandémie. À cette époque-là, les travailleurs de la santé étaient déjà vaccinés. Résultats : « plus de 70 % d’entre eux avaient toujours des anticorps anti-SRAS-CoV-2 trois mois, et six mois plus tard, et le risque de réinfection par le virus était réduit de 75 % ».

Mais cette étude a aussi démontré l’impact immunologique de la vaccination contre la Covid-19. En effet, 97,7 % des personnes n’ayant jamais été infectées avaient développé une réponse d’anticorps au moins 12 jours après leur première injection Pfizer. Chez celles qui étaient tombées malades dans le passé, la réponse en anticorps était plus rapide et plus importante après une seule dose de vaccin Pfizer. Pour finir, aucun participant de l’étude dont le taux d’anticorps anti-SRAS-CoV-2 était supérieur à 147,6 UI/ml dans le sang n’a été testé positif à la Covid-19 au cours des six mois de l’étude.

Comprendre la nature et la durée de l’immunité

« Notre étude a permis de franchir les premières étapes dans la définition du niveau d’anticorps dans le sang d’une personne nécessaire pour la protéger de l’infection pendant six mois. En outre, en comparant les niveaux d’anticorps que nous avons trouvés chez les dentistes à ceux contenus dans le matériel de référence largement disponible produit par l’Organisation mondiale de la santé, nous espérons que le niveau de protection que nous avons trouvé pourra être facilement confirmé et comparé par d’autres laboratoires », déclare le Dr Adrian Shields, de l’Institut d’immunologie et d’immunothérapie de l’université de Birmingham et premier auteur de l’étude.

« On pense que les professionnels dentaires sont exposés à un risque élevé d’exposition au SARS-CoV-2 parce qu’ils interviennent régulièrement dans les voies aérodigestives des patients et effectuent régulièrement des procédures générant des aérosols qui entraînent la production de particules en suspension dans l’air. Grâce à nos recherches, nous avons clairement démontré que les professionnels dentaires étaient exposés à un risque professionnel accru d’exposition au SARS-CoV-2 avant les nouvelles directives du PHE sur les EPI, poursuit le coauteur de l’étude, Iain Chapple, professeur de parodontologie à l’université de Birmingham et consultant en dentisterie restauratrice au Birmingham Community Healthcare Trust. Les mesures de santé au travail qui ont été mises en place dans les cabinets dentaires généraux à la suite de l’étude Covid-19 semblent supprimer ce risque accru, mais il faudra mener une enquête approfondie pour voir si elles ont réussi à interrompre la transmission du SARS-CoV-2 et d’autres virus respiratoires ».

Forts de ces résultats, les scientifiques souhaitent approfondir leurs recherches pour mieux comprendre comment la population s’est protégée contre la réinfection par la Covid-19 après une infection naturelle et une vaccination. « La nature et la durée de l’immunité dans ces cohortes seront essentielles à comprendre au fur et à mesure de la progression de la pandémie de Covid-19, notamment en ce qui concerne l’efficacité des stratégies de vaccination – dose unique, doses multiples, combinaisons de vaccins – et en relation avec les nouvelles variantes virales préoccupantes. », concluent-ils.

Des mesures de protection solides

Aussi, si les aérosols étaient une source de préoccupation légitime au début de la pandémie, il semblerait que les mesures mises en place par la suite aient largement aidé à protéger les dentistes, comme cela avait notamment été montré dans une étude américaine parue le 12 mai dans le Journal of Dental Research,

Les résultats de l’étude présente semblent également corréler ceux des recherches réalisées par l’Association dentaire américaine (ADA),  quant à eux été publiés le 24 mai. D’après ce papier,  » le taux de prévalence cumulé de l’infection par la Covid-19 chez les dentistes américains était de 2,6 % en novembre 2020, soit un taux inférieur à celui des autres professionnels de santé de première ligne, notamment les infirmières et les médecins « . Et ce, grâce protocole préventif instauré dans les cabinets. « Cette étude montre des taux élevés de dépistage des patients avant le rendez-vous et des mesures appropriées de contrôle des infections tout au long de la période d’étude, ce qui démontre que l’adhésion à des protocoles très stricts de contrôle renforcé des infections contribue à protéger leurs patients, leur équipe dentaire et eux-mêmes », se félicitait l’auteur principal du rapport.