Plusieurs études ont montré que les soignants couraient un risque accru de contamination par le SARS-CoV-2. Étant donné son mode de transmission, il paraîtrait probable que les professionnels de santé bucco-dentaires présentent le risque plus élevé. Et pourtant… Si l’on en croit les résultats d’une enquête en ligne menée du 1er au 29 avril 2020 par le service bucco-dentaire de l’hôpital Bretonneau (AP-HP – Université de Paris – Pr Benjamin Salmon) récemment parue dans la revue scientifique Plos One, pendant le premier confinement, la profession dentaire n’a pas été plus exposée à la Covid-19 que le reste de la population. En effet, sur les 4 172 dentistes (âge médian de 44 ans, 57 % de femmes) et 1 868 assistants dentaires (âge médian de 38 ans, 98 % de femmes) ayant répondu à l’enquête, seuls 1,9 % des dentistes et 0,8 % des assistants dentaires avaient attrapé la maladie. Soit une prévalence équivalente à celle de l’ensemble des Français à la même période (2 %).

« Cependant, seulement 199 dentistes (4,8 % de l’échantillon) et 36 assistants dentaires (1,9 %) ont été soumis à des tests de laboratoire », rappelle l’enquête. Car à cette époque, les tests Covid n’étaient ni automatiques, ni généralisés. Concernant les symptômes (toux, fièvre, agueusie…), 15 % des dentistes et 11,8 % des assistants dentaires en ont déclarés. Un chiffre là encore similaire à celui relevé dans la population générale : 14 %.

Pour rappel, à cette époque, les cabinets dentaires étaient fermés. Seules les régulations téléphoniques et les urgences étaient autorisées. Or, il semblerait que le fait « d’avoir une pratique limitée à l’endodontie était associé à une diminution de la probabilité de Covid-19 confirmé en laboratoire ». En effet, isoler des digues en caoutchouc pour les procédures d’endodontie aurait pu aider à réduire de 70% le contenu salivaire des aérosols générés par les instruments. En revanche, « des indicateurs de risques spécifiques pourraient exister, notamment parmi les sous-spécialités dentaires générant beaucoup d’aérosols, comme la parodontologie. »

Des praticiens inquiets quant à d’éventuelles difficultés financières

Ceux qui pratiquaient des interventions dentaires semblaient par ailleurs être mieux protégés contre la Covid-19. « Une explication possible à ce paradoxe pourrait être trouvée dans le fait que les masques chirurgicaux n’étaient pas recommandés à l’époque pour la population générale alors que les dentistes portaient des masques chirurgicaux (et d’autres équipements de protection individuelle) dans le cadre de leur pratique de routine, en particulier lors des interventions dentaires », expliquent les auteurs de l’enquête.

Enfin, les chirurgiens-dentistes étaient plus inquiets à l’idée de contaminer leur famille (score de 6 sur une échelle de 1 à 8) et d’être confrontés à difficultés financières et organisationnelles actuelles ou futures dans leur pratique (7) que d’attraper eux-mêmes à la maladie (4). On remarque par ailleurs que les praticiens exerçant seuls étaient plus anxieux que ceux travaillant en cabinet de groupe. Enfin, les assistants dentaires étaient plus stressés concernant leur famille (7) et leur sécurité personnelle (5).

« Une stratégie de santé publique intéressante »

« Compte tenu des similitudes entre les phénotypes cliniques liés au Covid-19 et d’autres infections respiratoires virales, des leçons peuvent être tirées de la pandémie de Covid-19 quant à l’utilité d’équiper et de protéger les professionnels de la santé bucco-dentaire, notamment pendant les épidémies virales saisonnières, afin de limiter la propagation de l’infection », notent les auteurs de l’étude. Ainsi, les résultats de cette dernière « peuvent fournir des informations importantes aux autorités sanitaires compétentes concernant le statut global d’infection des travailleurs de la santé bucco-dentaire dans la pandémie actuelle et attirer l’attention sur des groupes à risque particuliers ». En conclusion, « la protection des travailleurs de la santé bucco-dentaire pourrait être une stratégie de santé publique intéressante pour prévenir la résurgence du Covid-19 et/ou l’émergence de nouvelles pandémies ».

Une seconde étude, d’une ampleur similaire, et portant notamment sur le statut sérologique et les EPI, a été lancée après la reprise d’activité des cabinets en juillet 2020. Ses résultats devraient bientôt tomber pour compléter ceux présentés ci-dessus.