Notre intestin est colonisé par 100 000 milliards de bactéries (10 fois plus que le nombre de cellules humaines constituant notre corps). Depuis peu, on sait que les bactéries intestinales peuvent également « communiquer » avec le cerveau et induire des changements de comportement. Les chercheurs de l’unité de métabolisme et nutrition (UCL) et du département de psychiatrie (Cliniques Saint-Luc) ont uni leurs compétences pour étudier le rôle du microbiote intestinal dans la dépendance à l’alcool. Les résultats ont montré que certains patients alcooliques présentent des altérations de la composition et de la fonction du microbiote intestinal. Cette dysbiose est associée à une forte augmentation de la perméabilité intestinale, suggérant que certaines bactéries ou métabolites produits par les bactéries perturbent la fonction barrière de l’intestin. De manière intéressante, la chercheuse a découvert que ces sujets alcooliques présentant une dysbiose sont beaucoup plus dépressifs et anxieux et ont une appétence à l’alcool beaucoup plus marquée que les sujets alcooliques ayant un microbiote normal.

Cette perturbation du microbiote intestinal semble donc être associée à une forme plus sévère de dépendance et à un risque de rechute plus élevé après un programme de désintoxication. Cette étude fait suite à une autre étude du même groupe, en collaboration avec Peter Starkel (service d’hépato-gastroentérologie de l’UCL), publiée cette année dans une autre revue américaine de prestige, Biological Psychiatry, et qui suggérait que ces changements de la fonction barrière de l’intestin puissent agir sur le cerveau, par l’intermédiaire de changements de l’inflammation sanguine. Actuellement, les traitements pharmacologiques proposés aux alcooliques visent à rééquilibrer les neurotransmetteurs cérébraux, mais leur efficacité est loin d’être parfaite. Les résultats obtenus dans cette recherche sont extrêmement encourageants car ils ouvrent de nouvelles pistes thérapeutiques, ciblant l’intestin et non plus le cerveau, dans le traitement de la dépendance à l’alcool. L’étape suivante consiste donc à tester, chez les alcoolodépendants, l’effet de ces nouvelles approches thérapeutiques sur l’amélioration des symptômes dépressifs et anxieux et sur leur envie d’alcool.

Avec bulletins-electroniques.com