Vous êtes encore traumatisé de Jurassic Park ? Vingt ans plus tard, vous rêvez encore la nuit que d’affreux T.Rex vous pourchassent dans la forêt et vous démembrent comme des fétus de paille ? Vous serez alors ravi d’apprendre que le roi des dinosaures n’était pas le plus redoutable de ses congénères. D’après une nouvelle étude parue dans la revue Royal Society Open Science le 8 septembre, un prédateur encore plus effrayant régnait sur les plaines d’Asie centrale il y a 90 millions d’années. Son nom : Ulughbegsaurus uzbekistanensis. Comme bien souvent lors de découvertes préhistoriques, le monstre, qui appartient au genre Carcharodontosaurus a été identifié grâce à l’os de sa mâchoire gauche et à ses dents. Ces dernières, en forme de lames, mesurent jusqu’à 15 cm de long et ressemblent à celles d’un grand requin blanc.

En 1980, des chercheurs découvrent le fossile d’un fragment de mâchoire supérieure dans les roches d’un cimetière de dinosaures, la formation de Bissekty, dans le désert de Kyzylkoum, en Ouzbékistan. Mais il faut attendre 2019 avant que des archéologues, interpellés par leurs dimensions gigantesques, ne s’intéressent à ces restes, entreposés dans un musée ouzbek. Après analyse, les chercheurs en déduisent que la créature était bien plus grande que tous les autres carnivores identifiés au sein de la formation de Bissekty, datée de 90 millions d’années.

« Au sein des dinosaures théropodes, la taille du maxillaire peut être utilisée pour estimer la taille de l’animal parce qu’elle est corrélée à la longueur du fémur, un indicateur bien connu de la taille corporelle, explique dans un communiqué Kohei Tanaka, paléontologue de l’université de Tsukuba au Japon et premier auteur de l’étude. Nous avons donc pu estimer que [ce dinosaure] avait une masse supérieure à une tonne et mesurait approximativement 7,5 à 8 mètres de long, soit plus que la longueur d’un éléphant africain adulte (…). Le crâne devait mesurer environ un mètre. Il avait des dents pointues comme celles d’un couteau, et était un mangeur de viande. Il appartenait à un groupe connu sous le nom de Carcharodontosaures, ou dinosaures à dents de requin.  »

Carcharodontosaurus est un genre de dinosaures théropodes appartenant au clade des Carcharodontosauridae ayant vécu entre 112 et 93,5 millions d’années avant notre ère.

Le principal prédateur de son temps

Les chercheurs ont baptisé la nouvelle espèce Ulughbegsaurus uzbekistanensis, en référence à Ulugh Beg, mathématicien, astronome et sultan de l’Empire timouride (ce dernier exista de 1405 à 1507 avant de tomber aux mains des Ouzbeks de la dynastie des Chaybanides, descendants de Gengis Khan), et au pays où le monstre a été découvert. Ses mensurations dépassent donc celles du Timurlengia, un tyrannosaure retrouvé dans la même section géologique. Car celui-ci mesurait trois mètres pour 170 kg, « seulement ».

Cela laisse donc penser qu’Ulughbegsaurus uzbekistanensis était le principal prédateur dans son écosystème du début du Crétacé supérieur mais qu’il a coexisté avec les tyrannosaures, qui ont ensuite grandi.

Cette découverte est capitale : c’est la première fois qu’un fossile de Carcharodontosaurus de cette période est découvert en Asie centrale. Les fouilles réalisées jusqu’ici avaient surtout montré des restes en Afrique et sur le continent américain. « Bien que l’on suppose que les carcharodontosauridés étaient communs au début du Crétacé supérieur en Asie, peu de fossiles ont été retrouvés en raison du peu de roches remontant à cette période », précisent les auteurs de l’étude. Cette dernière prouve donc que ces dinosaures étaient encore des prédateurs dominants à cette période, en Asie centrale du moins.

Les experts estiment la disparition des carnivores de ce genre du paléocontinent qui incluait l’Asie centrale aux prémices du Crétacé supérieur. Les tyrannosaures auraient alors évolué en taille et seraient devenus les principaux prédateurs en Asie et Amérique du Nord.

Une découverte qui « comble un vide important »

« La découverte d’U.uzbekistanensis comble un vide important dans le registre fossile, révélant que les Carcharodontosaurus étaient répandus à travers le continent de l’Europe à l’Asie de l’Est. En tant qu’un des derniers Carcharodontosaurus survivants du [supercontinent] de la Laurasie, la coexistence de ce grand prédateur avec un tyrannosauridé plus petit révèle des contraintes importantes sur la transition de la niche de principal prédateur durant le Crétacé supérieur », conclut le professeur Yoshitsugu Kobayashi, du musée de l’université de Hokkaido et principal auteur de l’étude.

Pour rappel, les dinosaures non aviaires ont disparu il y a environ 66 millions d’années, simultanément avec plus de la moitié des espèces du monde, quand un gigantesque astéroïde, baptisé Chicxulub, est venu frapper la Terre, percutant une mer peu profonde dans l’équivalent actuel du golfe du Mexique. Mais même avant cela, les dinosaures avaient déjà commencé à disparaître. En analysant la date d’extinction de plusieurs espèces, il a déjà été démontré que de gigantesques explosions en Inde ayant eu lieu précédemment avaient entraîné des changements climatiques responsables de la disparition de certains groupes avant l’impact. Cette extinction massive a ouvert la voie à l’essor des mammifères et, plus tard, de l’Homme.