28 avril 2014 : c’est la date de la toute première e-consultation. Celle-ci fait partie d’une phase d’expérimentation qui a été mise en place sur 12 maisons de retraite (8 sur le centre hospitalier d’Uzès, 4 sur celui de Sète) et 3 sur des maisons d’accueil spécialisées dans l’Aude ainsi que l’unité sanitaire de la maison d’arrêt de Villeneuve-les-Magdelone. Ce que l’on observe au niveau national c’est que dans 50% des cas la consultation bucco-dentaire, qui est une obligation dans les maisons d’arrêt, n’a pas lieu. En revanche, lorsque celle-ci a lieu, dans 50% des cas c’est une infirmière qui s’en occupe. Autre constat : 85% des résidents d’Ehpad n’ont pas vu de dentistes depuis plus d’un an et 42% depuis plus de 5 ans alors qu’ « il y a un besoin de la population » explique Nicolas Giraudeau maître de Conférence des Universités Praticien Hospitalier à l’UFR d’odontologie de Montpellier et coordonnateur du projet de télémédecine bucco-dentaire (ARS Languedoc-Roussillon).

Une collaboration est ainsi née avec le professeur Frédéric Cuisinier et le professeur Hervé Tassery qui travaillaient déjà sur la lumière fluorescente via les caméras soprocare® et soprolife® . Pour Nicolas Giraudeau, maître de Conférence des Universités Praticien Hospitalier à l’UFR d’odontologie de Montpellier et coordonnateur du projet de télémédecine bucco-dentaire (ARS Languedoc-Roussillon), elles sont d’ailleurs « le chainon manquant » d’une consultation de qualité. Pas moins de 6 thèses d’exercice ont été faites sur le sujet. Parmi elles notamment : « l’ étude de l’acceptabilité d’un projet de télémédecine bucco-dentaire par des chirurgiens-dentistes ? ».

Téléconsultation à distance : comment ça marche ?

Sur le terrain, une infirmière a été formée aux bases de l’odontologie et au passage de la caméra : elle filme toutes les phases, toutes les dents, toutes les muqueuses et permet l’élaboration d’un véritable bilan bucco-dentaire. Les caméras « soprocare » ou « soprolife » permettent de donner à voir les lésions carieuses et les inflammations gingivales mais aussi de créer une concordance de diagnostic à 97% grâce à la caméra intra-buccale. Techniquement, la fluorescence permet plus de précisions et visuellement la caméra donne à voir « les yeux, le miroir, la forme de bouche du patient, les phases, les dents, et les muqueuses » selon Nicolas Giraudeau maître de Conférence des Universités Praticien Hospitalier à l’UFR d’odontologie de Montpellier et coordonnateur du projet de télémédecine bucco-dentaire (ARS Languedoc-Roussillon). Elles permettent notamment d’observer chez le patient une déminéralisation par exemple, ce qui n’est parfois pas toujours détecté en cabinet. Ensuite, les données sont envoyées à un dentiste qui analyse les vidéos, pose un diagnostic et élabore un plan de traitement. Au total 250 patients ont été vus 2 fois avec 6 mois d’intervalles afin notamment de vérifier si les soins ont été faits. Plus globalement dans la région Languedoc-Roussillon, 650 téléconsultations ont été réalisées. Aujourd’hui une téléconsultation dure en moyenne entre 15 et 30 minutes.

« Ca manquait vraiment et c’est très bénéfique ! »

« Il n’y avait pas de brosses à dents dans les chambres de certains établissements ! » explique Sarah Lucato, infirmière au centre hospitalier d’Uzès.« Depuis que les téléconsultations existent, nous avons noté une nette amélioration de l’hygiène bucco-dentaire. Et puis dans certaines structures, des dentistes ne pouvaient pas passer car ils étaient situés trop loin géographiquement. Certains patients n’avaient pas vu de dentistes depuis 15 ans. Il y a donc eu une vraie prise de conscience et une modification des pratiques de soins. Par exemple, nous nous sommes retrouvés avec des patients à qui on oublie les dents : racines dentaires endommagées mais aussi dents non brossées et pas soignées ».

Globalement, « les téléconsultations ont été très bien accueillies dans les établissements. Les patients apprécient qu’on se penche sur le problème de leurs dents et cela leur procure différents avantages tels que ne pas avoir à se déplacer car un trajet peut générer une angoisse ou occasionner une fatigue. C’est d’ ailleurs également apprécié des familles et des médecins coordinateurs » selon Sarah Lucato, infirmière au centre hospitalier d’Uzès. Ce type de consultation devrait connaître dans le futur une évolution tant au niveau des populations que de la pratique.

A l’avenir, 5 chirurgiens-dentistes libéraux devraient s’ajouter au staff médical du CHRU de Montpellier, déjà opérationnel en termes d’analyse et de diagnostic des images. Cet agrandissement de l’éventail professionnel est rendu possible grâce à l’URPS (Union Régionale des Professionnels de Santé).

Autre point : l’éventail de population qui pourra accéder gratuitement aux téléconsultations via un dossier validé auprès de l’ARS (ce qui est également le cas pour ceux qui en ont déjà bénéficié) devrait être également élargi. Les enfants en situation de handicap, le pôle psychiatrie du CHU de Montpellier , les employés sur les plates-formes pétrolières, les médecins qui vont dans les stations d’étude sur le pôle sud, certains pays asiatiques comme notamment la Chine pourront mettre en place des téléconsultations gratuites. Celles-ci permettront notamment de réduire la distance entre le dentiste et le patient : certaines provinces étant très éloignées de certaines mégalopoles chinoises par exemple. C’est notamment un directeur d’usine chinoise qui a contacté directement les membres du projet e-santé pour voir ce qu’il était possible de faire pour son entreprise.

Enfin, le temps de téléconsultations qui oscille actuellement entre 15 et 30 minutes devrait être également réduit. Et, ce pour une meilleure hygiène bucco-dentaire car c’est ce qu’a notamment démontré cette phase d’expérimentation : « une meilleure prise de conscience » de la nécessité des soins bucco-dentaires et une réduction de l’angoisse ou de l’anxiété que peut générer ce genre de déplacement pour certains patients et leurs familles. Le risque de malnutrition dont les conséquences peuvent être notamment : plus de chutes, plus d’hospitalisation, plus d’escarres est également évité.

A ce jour en France, les téléconsultations sont gratuites mais ne sont pas prises en charge. L’ARS a financé le projet e-santé à hauteur de 110 040 euros et le CHU de Montpellier : 13 000 euros. Elles sont le nouveau point de rencontre entre des chirurgiens-dentistes professionnels et des populations qui n’avaient pas ou peu accès aux soins. La technologie utilisée en télémédecine, elle aussi, fait avancer la médecine. La phase d’expérimentation du projet e-santé prendra fin en octobre-novembre 2015.

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