Indépendentaire : Quelle est votre analyse concernant les maladies parodontales ?

Julien Laupie : Désormais, tout le monde a conscience que les praticiens ne doivent plus seulement faire face à la pathologie carieuse. Et ce, particulièrement chez les adultes. Nous constatons un véritable essor des maladies parodontales depuis plusieurs années dans les pays industrialisés, au sein desquels il doit y avoir une prise de conscience collective et individuelle. Il est important de prendre en charge ces maladies en essayant d’adopter une attitude conservatrice mais plus encore de les prévenir.

Et pour les maladies péri-implantaires ?

J. L : Avec l’essor des solutions implantaires, nous avons la chance d’avoir de plus en plus de patients qui bénéficient de ce type de traitements. Si nous voulons qu’ils soient pérennes, nous savons qu’il faut un suivi spécifique afin d’éviter l’apparition de pathologies péri-implantaires et, là aussi, cela nécessite une prise de conscience et une formation de tous les praticiens pour prévenir ces pathologies, et pas uniquement de la part de ceux qui posent des implants.

En effet, la fiabilité des traitements implantaires est très élevée, notamment lorsqu’on se focalise sur la pose de l’implant et les quelques mois qui la suivent. Mais si on observe les études scientifiques le tableau est plus sombre avec des chiffres alarmants : 80 % des patients et 50 % des implants présentent une mucosite péri-implantaire et la même publication indique 56 % des patients et 43 % des implants affectés par une péri-implantite.

En tant que vice-président de l’UFSBD, avez-vous pris des engagements concernant ces pathologies ?

J L. : Nous avons voulu au niveau de l’UFSBD participer à cette prise de conscience, aussi bien au niveau du grand public, des patients que des professionnels. Nous avons notamment élaboré un programme d’amélioration des pratiques pour les praticiens sur ces sujets. Si on se focalise sur les maladies péri-implantaires les causes sont connues : manque d’efficacité du contrôle de plaque par le patient, de régularité dans les contrôles de suivi, mais aussi déficit d’informations du patient ou parfois de formations des professionnels sur ce sujet. Il faut absolument informer les patients et former les praticiens aux traitements préventifs et prophylactiques des maladies péri-implantaires. Il y a là un travail très important à réaliser.

Pouvez-vous nous parler de l’arsenal thérapeutique à disposition du praticien pour prévenir ces risques ?

J. L : À ce jour, quand on pense prophylaxie parodontale, on y associe comme par réflexe le détartrage, et principalement les ultrasons qui présentent un certain nombre d’avantages et d’efficacité, mais aussi certaines limites, notamment en focalisant les praticiens uniquement sur le tartre sans considérer forcément le biofilm. Si on analyse les pratiques actuelles, nombreux sont les praticiens qui utilisent, après le détartrage, des cupules, des brossettes avec des pâtes de polissage, qui elles aussi rendent des services, mais qui ont un certain nombre de limites. Notamment le temps pris pour les utiliser sur l’ensemble des arcades, mais aussi le fait qu’elles ne permettent pas d’accéder à toutes les zones où le biofilm a pu se fixer, particulièrement en interproximal et en sous-gingival. Or, nous parlons de pathologies où il faut éliminer le biofilm partout où il se forme et notamment au niveau sulculaire, voire autour de col implantaire. En conséquence, nous avons besoin de solutions spécifiques, adaptées, précises. Grâce à l’aéropolissage, nous pouvons désormais avoir une élimination du biofilm la plus efficace et complète possible.

L’aéropolissage permet d’éliminer efficacement le biofilm selon vous ?

J. L : Naturellement. Nous savons aujourd’hui parfaitement le rôle joué par le biofilm dans les maladies parodontales et péri-implantaires, sa composition et surtout l’importance de l’éliminer ou au moins le désorganiser pour prévenir ces pathologies. De ce fait, il y a déjà un travail important qui doit être réalisé en amont par le patient pour empêcher sa formation, avec notamment le brossage, le fil dentaire voire les brossettes. Mais ensuite, il y a besoin de l’action du praticien par un nettoyage prophylactique complet. Et, nous voyons désormais qu’une des techniques les plus efficaces pour y parvenir est l’aéropolissage. Celui-ci présente plusieurs avantages. C’est une technique qui est douce, rapide à mettre en place et efficace. Elle élimine efficacement le biofilm quand elle est bien réalisée et ce, partout où il s’est formé, ne lèse pas les tissus parodontaux ou dentaires traités, et laisse un état de surface lisse empêchant une fixation bactérienne rapide. En plus, nous avons désormais différents types de poudres à notre disposition pour réaliser un aéropolissage de qualité en fonction des effets recherchés et des zones traitées. C’est une technique intéressante qu’il faut diffuser le plus largement possible auprès des praticiens, aussi bien pour la prophylaxie parodontale qu’implantaire. Une technique qui devrait être reconnue par les pouvoirs publics.

D’après vous, à quel moment faut-il parler au patient de maintenance implantaire ? Après la pose de l’implant, de la prothèse sur implant, lors du consentement ou au moment de la signature du devis ?

J. L : La maintenance implantaire est quelque chose qui doit être porté à la connaissance du patient dès la proposition même du traitement et encore plus au moment du consentement : c’est-à-dire qu’il faut qu’il y ait une vraie prise de conscience lorsqu’un patient s’engage dans ce type de traitement. Et plus précisément, de sa responsabilité dans son suivi. Sinon, patient et praticien iront ensemble à l’échec. Il est nécessaire que le praticien propose un plan de maintenance intégré dans sa proposition thérapeutique en disant : « Voilà j’ai une solution qui est sans doute la meilleure par rapport à votre cas : l’implant. Notre objectif est que la restauration prothétique qui sera posée sur cet implant dure dans le temps et pour cela, il y a un certain nombre de choses à réaliser de votre part : brossage, nettoyage interproximal, etc. Mais aussi un suivi régulier à mon cabinet pour une élimination du biofilm et un nettoyage qui doit être fait avec efficacité. Cela doit être votre engagement pour que nous obtenions une ostéo-intégration de l’implant et ensuite une pérennité de la prothèse ». Il est important d’en parler à son patient très en amont et l’intégrer par écrit dans le consentement.

Dans cette démarche l’UFSBD et EMS ont choisi de collaborer. Pouvez-vous nous expliquer ce partenariat ?

J. L : C’est assez simple : au sein de l’UFSBD nous cherchons depuis toujours à sensibiliser et à former les praticiens en valorisant l’approche préventive. En travaillant sur cette prise de conscience concernant ces pathologies, sur l’importance de la prophylaxie et l’efficacité d’un certain nombre de traitements, nous avons été sollicités par EMS pour élaborer avec eux un programme de formation associant théorie et pratique. En effet, c’est important de comprendre les risques, les pathologies mais l’objectif est l’amélioration des pratiques d’où l’organisation de formations pratiques pour passer à une application immédiate en maîtrisant notamment ces techniques d’aéropolissage. Nous avons ainsi collaboré en intégrant leurs innovations technologiques pour monter nos programmes de formation. Nous avons proposé aux praticiens, au cours de ces trois dernières années, des sessions sur la prévention des maladies parodontales et péri-implantaires qui ont connu un vrai succès. Nous avons également ensemble conçu un document d’information en direction des patients sur les maladies péri-implantaires. Nous allons continuer dans cette direction car il y a, en effet, encore beaucoup de choses à faire. C’est un travail de longue haleine pour que les praticiens assimilent ces nouvelles missions, que les pouvoirs publics intègrent ces nouveaux défis de santé publique. De plus, nous parlons de traitements sans prise en charge par les organismes sociaux pour le moment. Il faut arriver à intégrer le concept global d’explication au patient, de motivation, de présentation d’honoraires spécifiques dans des programmes de maintenance parodontale ou dans des programmes de suivi de traitement implantaire. Cela nécessite un accompagnement et des formations.