Indépendentaire : quelle est la genèse de cet ouvrage ?

Philippe Bouchard : Celle-ci date d’il y a 4 ans environ. Nous avons réfléchi à cet atlas en collaboration avec l’équipe de l’Hôpital de Rothschild à Paris avec laquelle nous travaillons. Nous nous sommes interrogés sur l’importance d’un livre de ce type en France car il n’en existait pas en français. L’idée était bel et bien de combler un vide bibliographique. Pour ma part cela faisait 40 ans que je travaillais sur le sujet et je souhaitais en faire un point, toutefois, seul c’était une entreprise totalement impossible à réaliser. Ma participation à l’ouvrage d’Arnaud Badevan intitulé « La Médecine et la chirurgie de l’obésité » a constitué pour moi le facteur déclenchant. En effet, ce livre traite de façon quasi exhaustive des traitement de l’obésité et comporte de nombreux collaborateurs. Alors, je me suis dit pourquoi pas nous ? Un autre ouvrage, « Implant dentistery at a glance » que nous avons rédigé avec Francis Mora et Jacques Malet m’a également aidé à appréhender la mise en oeuvre de cette somme sur la parodontologie et de dentisterie implantaire. J’espère que je montre ainsi le chemin à d’autres car écrire à plusieurs est une magnifique aventure !

Pourquoi avez-vous choisi de traiter de la parodontologie via les connaissances et les questionnements de 115 experts ?

P. B. : À ma connaissance, cette démarche est unique en France, alors qu’on la rencontre assez souvent en Europe et ailleurs à l’étranger. L’idée était de recueillir le meilleur de chacun. Cela a demandé un important travail de sélection : tout le monde a répondu présent. Nous avons travaillé dans une atmosphère de détente et d’approche scientifique interactive où chacun était, en effet, dans son sujet. Tous ces auteurs sont unanimement reconnus sur le plan national et international dans leur domaine. Au final, nous avons donc mis quatre ans, pour écrire plus de 1200 pages en deux volumes sur la parodontologie et la dentisterie implantaire.

Quel a été le rôle du comité scientifique ? Comment avez-vous coordonné tous les spécialistes ?

P. B. : Chaque membre du comité scientifique a eu la responsabilité de réaliser une partie de l’ouvrage en particulier. Le secrétaire Mathieu Frémond avait en charge la partie logistique de l’ouvrage qu’il a matérialisé via un site Web : celui-ci a fait office de colonne vertébrale. À l’intérieur, il était possible d’y trouver toutes les instructions aux auteurs. Il y avait également un blog où ceux-ci pouvaient communiquer entre eux afin qu’il n’y ait pas de répétition au sein de l’ouvrage. Enfin, il y avait également une banque de cas cliniques et cela a été une vraie plate-forme d’échanges. Il a fait un travail très important que je tiens à saluer. Personnellement, je me suis occupé de coordonner les différentes parties de l’Atlas. Les spécialistes à qui nous nous sommes adressés sont d’éminents enseignants-chercheurs ou des conférenciers internationaux de renom, souvent les deux.. Nous les avons donc sollicités et choisis pour leurs compétences et leur sens du travail en commun. Et nous sommes d’ailleurs très fiers du résultat ! À savoir, un atlas qui présente ce qu’il y a de mieux en France à propos de la parodontologie et de la dentisterie implantaire.

À quel public s’adressent vos ouvrages ?

P. B. : Au départ, l’idée était de pouvoir s’adresser à la plus large audience possible. En définitive, Parodontologie & Dentisterie implantaire peut intéresser à la fois les étudiants, les enseignants, les chercheurs ou encore les chirurgiens-dentistes en exercice. En le lisant, ils vont pouvoir se pencher sur des points cliniques et pratiques mais aussi approfondir des points plus fondamentaux pour ceux qui sont par exemple en master et en spécialité. Pour mieux découvrir l’ouvrage, il y a des points clés au début de chaque chapitre et des implications cliniques à la fin de chacun d’entre eux. Puis, tout à fait après celles-ci, il y a trois articles bibliographiques maximum intitulés « pour en savoir plus ». Ces différents niveaux ont été pensés pour aider à la lecture. Par exemple, les lecteurs n’étant pas en master ou en spécialité, peuvent accéder à l’essentiel du contenu via les points clés sans pour autant devoir prendre connaissance de la totalité du chapitre. Ils peuvent aussi s’informer sur ce qu’il faut faire dans leur pratique. Les chercheurs disposent de tableaux synoptiques sur les indices courants, de références bibliographiques classiques et avancées et de la plupart des «guidelines» européens. Notre objectif était de rendre la lecture de l’ouvrage la plus fluide possible via notamment un système d’iconographies. Pour plus de clarté, l’éditeur a fait également l’effort d’inclure de nombreux dessins remarquablement réalisés par l’illustrateur médical Cyril Martinet ainsi que des cas cliniques richement iconographiés. Le livre est donc remarquablement illustré et comprend également des tableaux et des arbres de décisions afin d’être le plus synthétique possible et ne pas avoir à entrer systématiquement dans le texte. C’est comme cela que le lecteur peut ainsi avoir deux niveaux de lecture : une approfondie et une plus rapide, pour avoir directement une réponse à la question qu’il se pose.

Quelle a été votre démarche dans la création de ce double ouvrage situé entre médecine parodontale (vol.1) et thérapeutiques chirurgicales (vol.2) ? Et notamment au niveau pédagogique ?

P. B. : Ma démarche a été très pragmatique. En effet, quand nous avons mis l’ouvrage bout à bout, article après article, il y avait plus de mille pages. Ce n’était donc pas du tout raisonnable. L’éditeur m’a ainsi dit nous allons faire deux tomes qui présentent une première partie très fondamentale et sur les techniques non chirurgicales puis une deuxième partie sur les thérapeutiques chirurgicales ainsi qu’un aspect fondamental sur la cicatrisation. Outre mon travail d’auteur, l’essentiel de mon intervention a concerné l’homogénéisation de l’ouvrage pour éviter les redondances et les contradictions. Le choix des termes en particulier était important.. Par exemple : quel choix faire entre « lésion osseuse » ou « défaut osseux » sachant que les deux termes n’ont pas exactement la même acception ? Ou encore quel terme choisir entre lésion « intra » ou « infra » osseuse ? C’est un réel travail de fourmi.

Les deux volumes peuvent-ils être appréhendés séparément ?

P. B. : Oui, il est tout à fait possible de lire l’un sans l’autre. En effet, il est possible pour le lecteur de se contenter de l’aspect technique chirurgical sans les techniques non chirurgicales et réciproquement. Toutefois, je conseille de lire le volume I avant de faire de la chirurgie car celui-ci répond à la question : pourquoi est-ce que j’accomplis le geste chirurgical ? D’autre part, le volume II renvoie quant à lui à l’interrogation : comment vais-je les traiter ? Au final, lors de la rédaction, comme le marque-page entre les deux volumes s’est fait de façon naturelle ; je me suis effectivement dit que les deux tomes pouvaient s’appréhender de façon indépendante. Car, après tout, les lecteurs peuvent ne pas être intéressés par le volume I et le volume II et vice et versa.

Quelle est votre approche des maladies parodontales dont vous traitez dans le volume I? Pouvezvous nous parler de l’une d’entre elles à titre d’exemple ?

P. B. : Dans le volume I, il y a des thèmes qui ont été très rarement développés dans ce type de littérature ; comme la partie VIII qui concerne l’association entre les maladies parodontales et autres maladies telles que par exemple les maladies cardio-vasculaires. Cela place ainsi les maladies parodontales au coeur de la médecine en général. C’est en effet un traitement de l’information qui n’a pas forcément été appréhendé dans ce type de littérature scientifique. Puis, au sein du chapitre XV, nous y traitons également du handicap, des addictions, des boulimies et des anorexies. À ma connaissance, ceci n’a jamais été traité dans aucun livre de parodontologie , en France comme à l’étranger. Et, notamment concernant les troubles neuro-moteurs et les troubles cognitifs. C’est un chapitre qui est tout simplement inédit. Nous souhaitions ainsi apporter de la nouveauté. Enfin, il est à noter également que le traitement mécanique des poches parodontales est très bien développé avec notamment une illustration de schémas et de photos. On y donne une évaluation des résultats ce qui n’est pas toujours le cas dans ce type d’ouvrage. Il est important de savoir ce qu’il est possible d’attendre d’un traitement vous ne croyez pas ?

Quelles sont les nouvelles techniques inhérentes à la pose des implants dont vous parlez dans le volume II ?

P. B. : Nous parlons notamment des nouvelles techniques de micro-chirurgie et de chirurgie sous-microscopique. Cette partie met en relief le fait qu’avant une certaine évolution de notre discipline les chirurgiens- dentistes « ouvraient très grand pour bien y voir tandis que maintenant nous n’avons plus besoin d’ouvrir grand, nous pouvons opérer en incisant petit ». Et cela, grâce au progrès de l’imagerie tri-dimensionnelle tel que le Cone Beam. En effet, cela nous permet de prévisualiser ce que nous pouvons faire. Par conséquent, le temps de cicatrisation est raccourci de même que les suites opérationnelles. Dans ce deuxième tome, nous parlons également de « chirurgie guidée » car celle-ci est tout simplement l’avenir de la chirurgie ! Puis, enfin nous abordons, les techniques pré-implantaires. À ce sujet, ce qui est novateur, c’est qu’auparavant sans os nous ne pouvions pas poser d’implant dentaire. Désormais, grâce aux implants courts ou à ces techniques avancées de greffe et de comblement, il est possible de poser des implants dans presque toutes les situations.

DÉCOUVREZ LES OUVRAGES DU DR PHILIPPE BOUCHARD

Parodontologie & dentisterie implantaire : Volume 1 & Volume 2
Sur notre Librairie Garancière : www.librairie-garancière.com