Voilà qui pourrait contribuer à atténuer la fracture sociale aux États-Unis. Outre-Atlantique, 62,8 millions de personnes de personnes sont affiliées au Medicare. Créé en 1965, ce programme dont bénéficient tous les Américains de plus de 65 ans après avoir cotisé ne permet pas l’accès aux soins dentaires. Mais, aujourd’hui, les démocrates parlementaires au Congrès étudient un nouveau budget de 3,5 milliards de dollars dans lequel ils voudraient intégrer, entre autres, prestations dentaires, optique et audition. Cette proposition a été acceptée par la chambre des représentants au Capitole et a recueilli un soutien quasi absolu de la part des démocrates et de nombreux groupes de consommateurs et de l’industrie de la santé. Elle doit toutefois encore être approuvée pour le Sénat et convaincre la résistance de nombreux dentistes qui craignent que cela ne leur rapporte trop peu.

Selon les Centers for Disease Control and Prevention, près de la moitié des Américains de 65 ans n’ont pas consulté de dentiste au cours de l’année écoulée et près d’un sur cinq a perdu toutes ses dents naturelles. Qui plus est, à échelle nationale, environ la moitié des 65 ans et plus n’ont pas d’assurance dentaire. Et si Medicare ne permet pas l’accès aux soins dentaires, Medicaid, programme géré par les États qui le subventionnent avec le gouvernement fédéral et ayant pour but de fournir une assurance maladies aux individus aux plus faibles ressources, a beau payer les soins préventifs et jusqu’à 1 000 dollars pour ses bénéficiaires, il n’aide en rien en ce qui concerne les prothèses dentaires. Or ces dernières peuvent coûter des milliers de dollars.

Pour rappel, à la création de Medicare en 1965, l’American Dental Association avait fait en sorte que les soins dentaires ne fassent pas partie du programme. Elle se positionne aujourd’hui en faveur d’une prestation gouvernementale limitée pour les Américains âgés et les plus pauvres. Il faudrait selon elle que les prestations dentaires de Medicare soient proposées par des assureurs privés et qu’elles soient incluses dans une partie spécifique de Medicare. « Nous nous concentrons sur les personnes qui ne vont pas du tout chez le dentiste », déclare Michael Graham, premier vice-président des affaires gouvernementales et publiques de l’association. Car selon lui, de nombreux patients éligibles à Medicare et disposant de revenus plus élevés ont déjà les moyens de se rendre chez le dentiste.

« Les soins dentaires sont des soins de santé »

Et si Medicare pouvait finalement permettre à certains patients d’accéder aux soins dentaires, rien ne garantit que les praticiens l’accepteraient partout. Alors que tous les médecins et les hôpitaux du pays acceptent cette couverture médicale, les dentistes ont construit leur activité sans dépendre de ce programme ces cinquante dernières années. À l’heure actuelle, de nombreux dentistes libéraux refusent d’ailleurs Medicaid, les paiements étant trop faibles pour eux et la charge administrative trop lourde.

Aux États-Unis encore plus qu’ailleurs, les soins de la bouche ont été séparés des autres pendant des décennies. Mais il est de plus en plus prouvé à quel point la santé bucco-dentaire est liée à la santé générale. Les problèmes dentaires et les inflammations et bactéries qui les accompagnent peuvent aggraver d’autres maladies chroniques comme le diabète ou les afflictions cardiaques, extrêmement onéreux à prendre en charge. C’est fort de cet argumentaire que le sénateur Bernie Sanders, indépendant du Vermont qui préside la commission du budget du Sénat, a porté ce projet. « Les soins dentaires sont des soins de santé, et les soins dentaires doivent faire partie de tout programme de soins de santé sérieux aux États-Unis », déclare-t-il.

Rappelons toutefois que la prestation dentaire serait particulièrement coûteuse. L’estimation du coût d’une version adoptée par la Chambre en 2019 était en effet de 238 milliards dollars sur cinq ans. Malgré tout, d’après Melissa Burroughs, directrice associée de l’association de consommateurs Families USA, tous les législateurs avec lesquelles elle a échangé souhaiteraient que la couverture dentaire fasse partie du paquet actuellement étudié.

Rien n’est assuré

Outre les prestations dentaires, les parlementaires espèrent ajouter une couverture pour les yeux et les oreilles à Medicare et voudraient proposer Medicaid aux adultes en situation de pauvreté dans les États qui ne l’ont pas adopté. Ils prévoient notamment d’étendre les subventions rendant l’assurance Obamacare moins chère pour les personnes qui achètent leur propre assurance et voudraient élargir les investissements dans le remboursement des prêts pour les prestataires de soins de santé qui choisissent d’exercer dans des zones mal desservies.

Le budget de 3,5 milliards de dollars servirait également à financer d’autres nouvelles mesures priorisées par le président américain Joe Biden, parmi lesquelles des congés parentaux payés ou encore des investissements pour des logements abordables. Pour financer tout cela, l’administration envisage d’augmenter les impôts des Américains les plus riches et des grandes entreprises. Mais rien n’est encore fait. Le budget doit être validé par le Sénat et pour l’heure, aucun républicain ne l’a approuvé. Les législateurs démocrates ne sont par ailleurs toujours pas accordés puisqu’ils en sont encore à détailler le plan. En cas d’égalité après le vote, la vice-présidente Kamala Harris devra trancher.