« L’accessibilité aux soins dentaires des personnes en grande dépendance est une réelle problématique et est très souvent négligée, préoccupante et source de maux généraux plus importants », alertait l’ARS de Bretagne fin 2019. C’est pourquoi, dans le Finistère, département qui souffre cruellement d’un manque de chirurgiens-dentistes, la fondation Ildys a mis en place un « Bucco bus » pour soigner les seniors dans les Ehpad et les établissements dédiés aux personnes en situation de handicap. L’expérimentation devrait durer jusqu’à 2024.

Objectif de cette dernière : « améliorer l’état de santé des résidents personnes âgées et personnes handicapées et diminuer des hospitalisations dues à un motif odonto-stomatologique ou à une pathologie influencée par la mauvaise santé dentaire et l’absence de soins bucco-dentaires », explique l’ARS, qui finance le projet en partie.

 «  L’idée n’est pas de remplacer les libéraux mais de compléter l’offre. Le bus n’intervient que pour les personnes qui n’ont pas de solution en libéral », explique au quotidien régional Ouest France Sandrine Honnorat, responsable de son déploiement et directrice de l’Ehpad de Brest. En effet, « pour le commun des mortels, il est parfois difficile d’avoir rendez-vous chez le dentiste. Et c’est encore plus compliqué pour les personnes âgées et les personnes en situation de handicap », souligne-t-elle.

« La santé bucco-dentaire des  personnes  âgées  et  des  personnes  en  situation  de  handicap  est déficitaire  alors  que  les  besoins  sont  importants.  En Ehpad, un  résident  sur  deux  est  concerné par  le  manque  de  soins  bucco-dentaires », insiste sur son site la Fondation Ildys qui « accompagne chaque année 6 500 personnes dans le Finistère ».

L’importance de la prévention

Concrètement, le bus devrait s’installer plusieurs jours dans les parkings des établissements ayant signé la convention. Dans le véhicule, une lumière naturelle a été installée pour mettre les patients à l’aise, ainsi qu’un fauteuil à roulettes qui pourra être remplacé par une plateforme pour ceux à mobilité réduite. À côté de l’espace de consultation est installé le laboratoire de stérilisation du matériel.

Ce projet s’est développé à partir de 2019, en partenariat avec le CHU de Brest, le Conseil de l’Ordre, les associations et des usagers. Il est l’aboutissement d’une « une réflexion entre les différents directeurs d’établissements médicaux sociaux qui en sont venus à la conclusion de la nécessité d’une réponse adaptée », explique à Ouest France Michel Morgan, directeur général délégué au parcours. Outre l’ARS de Bretagne, ce Bucco bus est en partie financé par du mécénat, des dons et la Fondation Crédit agricole.

En plus des soins, le dispositif s’occupe également de la prévention bucco-dentaire en formant des référents en la matière. A l’heure actuelle, 91 personnes ont déjà été formées pour les 34 Ehpad et établissements pour personnes en situation de handicap du Finistère ayant signé la convention. D’après Ouest France, 60 nouveaux référents devraient être formés chaque année et d’autres établissements devraient rejoindre le dispositif au fil de l’expérimentation.  

Un concept qui existait déjà ailleurs

Le Finistère n’est pas le premier département à tester le bus bucco-dentaire. En 2017, un « Bus Social Dentaire » avait été créé à l’initiative du Conseil national de l’ordre des chirurgiens-dentistes. Sillonnant dans les rues de Paris, des Hauts-de-Seine, du Val-de-Marne et de la Seine-Saint-Denis, il proposait des soins bucco-dentaires d’urgence entièrement gratuits aux patients en situation de précarité, sans couverture sociale ou en fin de droits ne pouvant pas se faire soigner dans les structures classiques.

Concernant l’accès aux soins des personnes en situation de handicap, le gouvernement avait proposé fin 2016 de déployer 100 Bucco bus d’ici 2020 avec deux dispositifs par région dès 2018. Il prévoyait alors d’y allouer un budget de 25 millions d’euros.