Dentoscope (D.) : Quel est votre avis sur la mise en place de la Ccam ?

Lionel Phelipot (L. P.) : Enfin, c’est arrivé. La Ngap était selon moi véritablement obsolète, mais je pense que cette transition avec la Cpam a mal été préparée, d’où les nombreux reports à ce sujet. Même si nous ne sommes pas éditeurs de logiciels, il faut comprendre l’énorme complexité du chantier pour des petites entreprises du dentaire, et pour les PME qui ont peu de moyens.

D. : Comment interprétez-vous le fait que la part la plus importante revienne aux mutuelles actuellement ?

L.P. : Ce que l’État n’arrive plus à gérer, il le délègue, mais attention, car cela donne une vision de profit et la santé n’est pas un domaine comme les autres. On peut légitimement se demander où est la notion de service public ? De plus, la règle du 1 / 3 est certes légèrement déséquilibrée pour des raisons économiques, mais selon moi, le principe reste le même. Il faut de plus accepter que celui qui met le budget le plus conséquent puisse intervenir dans les choix d’exercice sur les équipements, les coûts, les délais et l’organisation. Si le patient paye plus, il va soudain se responsabiliser dans sa prévention, mais aussi dans ses choix de cabinets et de plans de traitement, cela génère donc une concurrence accrue et la nécessité de différentiation et d’investissement pour l’aider à faire ce choix.

D. : De nombreux centres de soins « Low Cost » ouvrent en ce moment : quel est votre avis sur ce sujet dans le contexte actuel ?

L.P. : Ces centres pourraient être synonymes d’abus de confiance, de dissimulation d’activités financières dans des structures associatives, de sur-traitements et de manipulation du personnel et des patients… ou pas. Je pense également que certaines personnes n’ont pas accès aux offres de soins à cause de la diminution des moyens de santé et de la fermeture de centres de soins péri-universitaires, cela me paraît donc inéluctable que des centres « Low Cost » apparaissent.

Enfin, dans la plupart de ces centres, il y a également des plateaux techniques d’excellence, du personnel de qualité, de l’accueil, du service. C’est plus souvent du « Low Price » que du « Low Cost » : cela devrait agacer et faire suffisamment réfléchir tous les cabinets libéraux qui négligent ces aspects. Cela préfigure aussi sans doute de l’ouverture du capital des cabinets aux investisseurs, pour pouvoir se mettre à niveau et exercer une dentisterie « Premium » tout en restant majoritaire, et donc, décisionnaire sur ses choix de soignant si l’on s’y prend bien.

En synthèse, il faut rester vigilants concernant ces trois sujets d’actualité sans pour autant s’empêcher d’avancer. Certains peuvent penser que la Ccam a été inventée pour créer des contraintes supplémentaires et un apprentissage nouveau dont ils n’avaient pas besoin, étant déjà « surbookés » et surstressés, tout en étant désavantagés par un État gourmand. Ceux-là peuvent penser qu’ils seront peut-être un jour salariés de mutuelles, car les moyens financiers de celles-ci peuvent inciter à rentrer dans les réseaux de soins qui créent une concurrence certaine ; le plus communément, par un détournement actif de patients solvables. S’ils échappent à ce premier piège, ils peuvent craindre de trébucher sur celui des centres dentaires « Low Cost ». Dans ce tourbillon de craintes, ces mêmes personnes oublient qu’elles ont des marges de manoeuvre importantes, à condition d’opérer des choix structurants. Entre le salariat obligé et le cabinet « Premium » des quartiers chics, il existe sans doute 50 nuances de gris…