Des boxeurs…

Le protège-dents vient probablement de la boxe, bien que son origine demeure floue. Dans les années 1800, les boxeurs se façonnent des protège-dents rudimentaires avec du coton, des petits morceaux de bois, de l’éponge ou encore du ruban. Ils coincent ces matériaux entre les dents, mais ils avaient le plus grand mal à combattre et à garder leurs dents serrées dans le même temps. Quand il a été reconnu que ces pratiques étaient inefficaces, un dentiste anglais, Woolfe Krause, a commencé à façonner, en 1892, des protège-dents pour les boxeurs.

Pour cela, il place des bandes de gutta-percha sur les incisives maxillaires avant que le boxeur n’entre sur le ring. Ces dispositifs tenaient en serrant les dents. Son fils, Phillip, est crédité du premier protège-dents réutilisable. Son invention connaît son apogée lors du combat de championnat entre « Ted » Lewis et Jack Britton en 1921. Lewis est champion du monde à deux reprises : le manager de Britton a qualifié cette invention d’illégale !

C’est en 1927 que le protège-dents est reconnu comme indispensable aux boxeurs. Dans le combat de boxe qui oppose Jack Sharkley et Mike McTigue, ce dernier domine pendant la majeure partie du combat jusqu’à ce qu’une dent ébréchée lui coupe la lèvre… le forçant à l’abandon. En 1930, la littérature dentaire mentionne pour la première fois la description des protège-dents. Le Dr Clearance Mayer, dentiste et inspecteur pour la section boxe de la New York State Athletic Commission, les dépeint person- nalisés, fabriqués à partir d’empreintes à base de cire et de caoutchouc, renforcés avec des ressorts.

En 1947, le dentiste américain Rodney O. Lilyquist utilise une résine acrylique transparente ajustée sur les dents du maxillaire et sur celles de la mandibule qui rend la prothèse discrète et permet au boxeur de parler. C’est une vraie avancée et un succès phénoménal. Le Dr Lilyquist est reconnu comme le père du protège-dents moderne. Le premier sportif à le porter est Dick Perry de l’équipe de basket d’UCLA. Frankie Albert des 49ers de San Francisco sera aussi un adepte.

… aux footballeurs américains

Entre 1940 et 1950 les blessures dentaires représentent 24 à 50 % de toutes les blessures reçues sur les terrains par les pratiquants de football américain. En 1952, Life Magazine établit un compte rendu précis sur les joueurs de football de Notre Dame qui ont perdu des incisives. L’émotion suscitée par l’article est si importante que le protège-dents devient obligatoire dans ce sport. À partir de 1950, l’American Dental Association (ADA) promeut la recherche sur les protège-dents et l’étude sur les nouveaux matériaux. En 1960, elle recommande l’emploi de protège-dents en latex dans tous les sports de contact.
Le nombre de blessures dentaires a depuis considérablement diminué. Au début des années 1990, les dentistes américains assistent au développement de la technologie de fabrication des protège-dents à haute température et à haute pression, en plastique dentaire (éthyle acétate de vinyle). Aujourd’hui, le protège-dents est utilisé systématiquement dans tous les sports de combat, ainsi que dans de nombreux sports collectifs engendrant des contacts physiques avec l’adversaire.