Les règles de protection et décontamination appliquées dans les établissements de soins n’ont pas failli en général. C’est si vrai que pratiquement aucune contamination n’a été reportée dans des cabinets dentaires, sinon celles qui ont enflammé la presse d’actes criminels, mais issus de décision délibérée de nuire. Reste que dans l’inconscient collectif, cette pathologie demeure auréolée d’un nuage sulfureux, et que cette aura maléfique n’a pas épargné un certain nombre de praticiens. C’est ce qui peut expliquer la réticence, ou le refus qui incite ceux-ci à écarter de leurs officines les porteurs de la maladie quand elle est annoncée. Il va de soi que si un tiers des cabinets répond négativement à une demande de rendezvous, c’est matière à scandale, puisque le métier médical devrait être par définition non-discriminatoire, et pas seulement dans le cas précis que nous évoquons.

Le Conseil de l’ordre a bien compris la portée dévastatrice du « testing », et réagi simplement en évoquant avec des associations de malades les sanctions qui attendent les contrevenants, lesquelles sont prévues par la loi. En ne retenant finalement que l’aspect répressif, l’institution ne se pose même pas la question fondamentale, qu’une une part si considérable d’une population prétendument éduquée demeure figée dans sa représentation d’une maladie ; et ne cherche pas comment en éradiquer l’image.

Le pire, dans le cadre des actions pénales envisagées contre les intéressés, et en préalable à celles-ci, est que le représentant d’une de ces organisations ose proposer de modifier une écriture juridique qui « renverserait la charge de la preuve afin qu’il incombe aux médecins de prouver qu’ils n’ont pas refusé de soigner ». Que devant des refus de soins inacceptables on puisse revendiquer une approche dont l’inquisition avait fait son miel, et que même l’administration fiscale française a abandonnée, n’est-ce pas là un terrorisme au moins aussi insupportable ? Et que l’Ordre puisse le répercuter sans commentaires ?

C’est ce qui se réalise au laboratoire de métagénomique canadien (Oral Microbiome and Metagenomics Research Lab (OMMR) de la Faculté Dentaire de Toronto) :les gènes 16S rRNA de chacun des composants bactériens est reconnu, analysé et décompté, au sein même d’une gouttellette de salive de la taille d’une tête d’épingle. La répartition des souches communes deviennent significatives de santé ou de pathologie : chaque groupe d’ARN est en sorte un biomarqueur devenu spécifique. Sur ces bases théoriques, les chercheurs pensent élaborer une bouche artificielle, nantie d’un microbiote théorique sain ou pathologique, et d’en modifier le contenu, comme relevé dans les dysfonctionnements ou maladies. Ce modèle de travail reconstitue en amont les pathologies, ouvrant un nouveau livre de projets thérapeutiques.

Lettre CNOCD, août 2015 « Intolérables refus de soins aux patients VIH »