Dentoscope : Quels sont les choix scientifiques qui guident vos offres de formation ?

Elsa Morrier : Lorsque j’ai réalisé les premières vidéos, nous avons communiqué sur les réseaux sociaux et bâti une communauté. Au départ, c’est avec elle que l’on choisissait les thèmes des vidéos. À présent ce sont les abonnés qui peuvent choisir les thématiques. Celles-ci sont élaborées par un comité scientifique et les membres de mon réseau. Les utilisateurs de la plateforme choisissent les thèmes des vidéos cliniques et ensuite nous déterminons les référents pour aborder les sujets de la meilleure manière.

Quelles sont les préoccupations cliniques des chirurgiens-dentistes aujourd’hui ?

Elsa Morrier : Durant le premier confinement, pendant six mois, les praticiens avaient beaucoup de questions sur la stérilisation, la désinfection, les aspects réglementaires et comment protéger son équipe au maximum. Maintenant nous sommes revenus à des préoccupations cliniques habituelles comme le collage ou les implants. L’implantologie, la parodontologie et l’esthétique sont des thèmes tout autant demandés par les praticiens.

Nous proposons des mois à thématiques, ou des quinzaines à thématiques. Lorsque l’on fait une quinzaine collage, on a beaucoup de questions les semaines suivantes sur ce thème. Nous développons à présent également l’orthodontie, catégorie ouverte aux orthodontistes comme aux omnipraticiens. Nous voulons qu’avec leur abonnement les praticiens puissent accéder à toutes les vidéos. C’est un peu comme lorsqu’on est abonné à Netflix, on peut tout regarder, il n’y a pas de restriction. Nous avons le même objectif. Toutes les spécialités sont rassemblées, ciblant aussi bien le spécialiste que l’omnipraticien.

Comment créez-vous votre contenu scientifique sur le plan pratique et technique ?

Lodoïs de Roumefort : Nous collaborons avec une centaine de mentors avec lesquels nous travaillons régulièrement pour créer des vidéos de protocoles. Ce sont des vidéos filmées en bouche. Nous nous déplaçons partout en France, mais également en Europe, avec notre équipe de cadreurs-monteurs.

Quelle est votre touche personnelle en matière de vidéo ?

Elsa Morrier : Nous avons été les premiers à faire de la vidéo en dentaire, il y a trois ans, lorsque le domaine était très peu développé. En photo, si on demande à son assistante de bien préparer, on peut être autonome. Mais la vidéo demande une équipe et un équipement particulier. Le montage est extrêmement long. Nos monteurs, qui sont des professionnels, mettent une semaine à dix jours pour réaliser le montage d’une vidéo.

Nous essayons de travailler sur l’esthétique afin qu’elle soit moderne et dynamique. Nous portons une attention particulière à la pédagogie avec nos équipes. Nous avons d’ailleurs une responsable pédagogique qui nous aide à mettre en place des modalités afin que les chirurgiens-dentistes puissent apprendre de la meilleure façon possible.

Nous travaillons sur les objectifs pédagogiques, le programme et les étapes. Le motif de la consultation, les contre-indications, ce sont les étapes de diagnostic qui ne sont pas faciles à aborder car elles sont assez théoriques. Ensuite, on filme au bloc toutes les étapes, les trucs et astuces, les gestes, tout ce qui peut aider le praticien dans l’intervention et dans la prise en charge du patient de la façon la plus optimale. Nous filmons en bouche, mais aussi les étapes de prothèse au laboratoire, ou le travail de l’assistante. Nous avons aussi des vidéos portant sur la gestion du cabinet. Comment manager son équipe est également une question importante.

Lodoïs de Roumefort : La vidéo est associée à un article écrit que le praticien peut relire indépendamment de la vidéo. Pour le live, on met aussi à disposition des documents téléchargeables à consulter.

Comment vos « mentors », cliniciens experts, vous ont-ils rejoints ?

Elsa Morrier : Pour certains, nous avons eu la chance de tisser des liens d’amitié avec eux. C’est au départ un réseau personnel ; et après un réseau de réseau. Entre praticiens, on se rencontre, on sympathise et on échange cliniquement, ce qui permet de nouer des liens.

Quels sont vos projets cliniques ?

Elsa Morrier : Nous voulons proposer un projet de box par mois afin de pouvoir offrir un catalogue pour former à distance à partir de travaux pratiques avec des praticiens référents. Nous venons de lancer une nouvelle box sutures. Pour le moment, nous avons deux box. Parmi les nouveaux projets, nous lançons les catégories orthodontie et maxillo-facial, et prothésistes et assistantes que l’on souhaite proposer dans une seconde partie de l’année.

Lodoïs de Roumefort : Nous mettons à disposition des utilisateurs une rubrique appelée agenda de publications dans laquelle on peut consulter toutes les vidéos cliniques et les conférences en live. Nous avons aussi ouvert une catégorie vidéo, salle d’attente. Des vidéos sont téléchargeables pour mettre à disposition de ses patients dans la salle d’attente, portant par exemple sur la motivation à l’hygiène.

Elsa Morrier : Nous avons filmé un praticien et son patient qui montre comment se brosser les dents, chez l’enfant, l’adulte ou le patient parodontal. Nous avons prévu d’enrichir cette catégorie cette année afin que l’on puisse proposer au total une heure de vidéo. Il s’agit d’un service supplémentaire beaucoup téléchargé par les praticiens.

Quels développements de votre start-up prévoyez-vous ?

Elsa Morrier : Nous avons prévu une levée de fonds et nous voulons nous développer à l’international en traduisant la plateforme pour qu’elle sorte en anglais en septembre 2021. Pour le moment, nous faisons intervenir un conférencier anglophone, international, chaque mois. Courant 2022, nous voulons proposer aussi bien des conférences en anglais, traduites en français, mais aussi des conférences en anglais, pour les futurs utilisateurs internationaux.

Lodoïs de Roumefort : Nous donnons la possibilité, lors d’une conférence live, de la visionner en version française ou en anglais. Le but est qu’un dentiste français puisse voir un dentiste allemand, africain ou japonais travailler et inversement, et d’avoir une vision globale du dentaire au niveau mondial.

Esla Morrier : On se dit en effet qu’il est génial qu’un chirurgien-dentiste français puisse voir par exemple un praticien australien ou américain exercer, car on ne travaille pas forcément de la même façon, c’est donc vraiment enrichissant de connaître les philosophies de traitement à l’étranger. Il y a encore peu de plateformes concurrentes à la nôtre, même si à l’international le marché est beaucoup plus large.