Ces résultats publiés le 15 avril 2014 dans Molecular Psychiatry montrent un lien fort, chez la souris, entre les fluctuations de concentration de triglycérides et l’élaboration par le cerveau de la récompense. Le comportement normal d’une souris est de préférer, si le choix se présente, une nourriture riche en graisses à des aliments plus simples. Pour simuler l’action d’un bon repas, les chercheurs ont développé une approche permettant d’injecter directement vers le cerveau de la souris de faibles quantités de lipides. Ils ont alors observé qu’une perfusion de triglycérides dans le cerveau diminue la motivation de l’animal à actionner un levier pour obtenir une friandise. Quant à son activité physique, elle diminue de moitié. De plus, une souris « perfusée » équilibre son alimentation entre les deux sources alimentaires proposées (nourriture riche en graisses et aliments plus simples).

Afin de s’assurer que ce sont bien les lipides injectés qui modifient le comportement de la souris, les scientifiques ont fait en sorte qu’ils ne puissent plus être détectés par le cerveau de l’animal. Ils ont réussi à éliminer l’enzyme spécifique aux triglycérides en réduisant au silence son gène codant, et ce, uniquement au coeur du mécanisme de la récompense. L’animal montre alors une motivation accrue pour obtenir une récompense, et, s’il en a le choix, une consommation de nourriture riche nettement supérieure à la moyenne. Paradoxalement, en cas d’obésité, les taux de triglycérides circulant dans le sang et donc dans le cerveau, sont plus importants que la moyenne. Or, l’obésité est souvent associée à des comportements de surconsommation d’aliments sucrés et gras. Les chercheurs l’expliquent : en cas de fortes et longues expositions aux triglycérides, la souris affiche toujours une activité locomotrice en berne. Par contre, l’attirance pour les friandises n’est plus éliminée ! Les conditions idéales sont ainsi réunies pour la prise de poids.

À taux soutenus de triglycérides, le cerveau s’adapte pour obtenir sa récompense, de façon similaire aux mécanismes observés lors de consommation de drogues. Ces travaux indiquent pour la première fois que les triglycérides d’origine nutritionnelle pourraient agir comme des drogues dures dans le cerveau, sur le système dit « de la récompense », contrôlant ainsi la composante motivationnelle et hédonique de la prise alimentaire.