La doxa qui habite les esprits est volontiers preneuse de cette image rêvée de l’homme préhistorique, tout à une nourriture « bio » et à l’abri des pathologies que développerait la civilisation, en particulier la carie. Le régime de nos ancêtres avant et après la césure que la culture céréalière a impliqué par ses apports amylacés devait être reconnu comme une frontière. Les chasseurscueilleurs, même en consommant du miel, étaient moins affectés des hydrates de carbone et la flore bactérienne commensale a été bouleversée par la suite.

L’analyse des squelettes de la Grotte des Pigeons, au Maroc, appartenant à des sociétés de cueilleurs remontant environ à 15 000 ans, indique toutefois que le taux de caries s’élevait à 51 % des dents, et que la parodontopathie était présente. C’est que les choses sont moins simples, et que la cueillette s’exerçait aussi à l’égard de graminées, de pignes, de noix, de châtaignes… l’ensemble largement pourvu d’éléments amylacés.

Streptococcus mutans serait donc un très vieux compagnon. L’observation d’un ensemble plus tardif, correspondant à l’âge du fer, c’est-à-dire du plein épanouissement de la houe et du soc, dans le cimetière du Mausolée de l’Empereur Quihisuang (2200 av JC), ne donne pas des indications foncièrement différentes, en dépit de l’éloignement spatio-temporel des deux entités étudiées (Meng Y, et al. Archives of Oral Biology, 9/1/2014 To assess the prevalence, distribution, and intensity of dental caries in the Iron Age population of northern China in order to increase knowledge about the type of food, dietary habit, and social stratification in this Iron Age people). En réalité, on peut toujours rêver et faire toutes les hypothèses que l’on veut sur la réalité des phénomènes du passé lointain… Proceedings of the National Academy of Sciences, Jan 6, 2014).

Excavations in a cave in Morocco have revealed early evidence of tooth decay in a nut-harvesting hunter-gatherer society, according to a new study