Un an de travail balayé en une dizaine de minutes. Cette année, des dizaines d’étudiants en première année de médecine ont été recalés en raison d’un oral sur un sujet qui n’avait rien à voir avec leur champ d’expertise, s’insurgent-ils. Car, depuis la réforme des études de santé, mise en place en septembre 2020, les étudiants dont les notes écrites sur l’année ne permettent pas une admission directe en deuxième année doivent passer par un grand oral dont la note vaut 70 % de leur évaluation finale. Révoltés par ce qu’ils qualifient d’« injustice », de nombreux jeunes ont saisi la justice aux quatre coins de la France.

Interrogée par BFMTV, une jeune fille critique le manque d’informations pour se préparer à cet oral. « On a eu un Powerpoint de 35 diapositives qui nous expliquait les modalités, il nous disait seulement comment ça allait se dérouler, qu’il fallait bien se tenir, qu’il fallait être bien habillé… La seule préparation c’était la lecture de ce document », déplore-t-elle, expliquant avoir perdu « 300 voire 400 places «  et se retrouver  » sans rien, ni dentaire, ni médecine ».

Sur France Info, une étudiante de l’université de Tours raconte quant à elle avoir été interrogée sur la grande barrière de corail. « J’en avais entendu parler, mais je ne m’étais jamais intéressée à la barrière de corail. J’ai lu le texte, je l’ai compris, donc j’ai su l’expliquer. Mais quand l’examinateur me posait des questions sur la barrière de corail, je n’en avais vraiment aucune idée », raconte la jeune fille qui a tenu six minutes au lieu de dix sur le sujet. Résultats : elle qui avait eu de très bonnes notes à l’écrit toute l’année été recalée.

« On nous reproche aujourd’hui l’inverse de ce qu’on nous reprochait hier »

Considérant que « l’année dernière, sans la réforme », ils seraient passés, de nombreux étudiants ont donc décidé de former des collectifs pour faire appel à la justice. « À Marseille et à Montpellier, nous avons désormais un avocat et avons déposé un référé-suspension de toutes les décisions de l’université sur la définition des places. Il devrait être pris en urgence », explique à Télérama un étudiant membre d’un collectif.

Si certaines universités ont finalement réintégré des étudiants bien notés au cours de l’année, de nombreux doyens refusent de changer de position. « On n’attend pas d’un étudiant de connaître la problématique de la barrière de corail, explique à France Info Pierre Diot, président de la faculté de médecine de Tours et des doyens de médecine. On attend de lui qu’il manifeste un intérêt pour l’état du monde dans lequel on vit et dans lequel on va vivre, d’être capable de prendre des positions, d’argumenter, mais pas de connaître le fond (…) On nous reprochait de ne pas prendre en compte les compétences et les qualités humaines dans l’évaluation et dans l’entrée dans les études de santé. C’est vraiment cela, la motivation de la réforme de l’entrée dans les études de santé » . « On nous reproche aujourd’hui l’inverse de ce qu’on nous reprochait hier « , conclut-il.

« Les sujets ne sont pas en lien avec la santé car après un an d’études, ce n’est plus le moment de leur poser des questions et on ne voulait pas non plus avantager les élèves issus d’une famille travaillant dans le milieu médical, argumentait quant à elle Catherine Passirani, enseignante-chercheuse et responsable de l’expérimentation Pluripass qui proposait quatre épreuves orales de dix minutes chacune aux étudiants en PASS et en L.AS à l’université d’Angers, auprès de L’étudiant.fr il y a quelques semaines. On s’est donc appuyé sur ce qui se fait dans d’autres pays où les oraux sont très encadrés et les études montrent que cela fonctionne très bien. »

Contre une « sélection à pile ou face »

Certains professionnels de santé se joignent tout de même aux étudiants pour manifester leur colère. C’est notamment le cas d’un médecin, père d’un étudiant en médecine éconduit, qui dénonce dans le Huffington Post une « absurdité ». « Dix minutes d’interrogation balaieront un an de travail acharné. », s’insurge-t-il, évoquant des « conséquences ubuesques ». « Je me sens aujourd’hui écœuré par la façon dont est gérée l’application de cette réforme et la rigidité qui aura sacrifié cette génération d’étudiants. », poursuit-il.

« Vous êtes peut-être parent ou simplement concerné par la désertification médicale (… ), c’est une véritable course contre la montre », conclut ce généraliste, invitant les lecteurs à signer une pétition pour que l’université de Paris, où étudiait son fils, ne revienne sur sa « sélection à pile ou face ».