A l’heure actuelle, le marché de l’impression 3D dentaire pèse des milliards. Selon Grand View Research, d’ici 2025, il devrait atteindre les 9,7 milliards de dollars (soit près de 8 milliards d’euros). Des gouttières aux implants sur mesure, en passant par les prothèses et les moules, ce procédé permet de fabriquer rapidement de nombreux instruments régulièrement utilisés par les chirurgiens-dentistes. Bien souvent, la technique de la stéréolithographie est employée. Celle-ci s’appuie sur des résines photosensibles, qui servent notamment à fabriquer des moules de gouttière ensuite thermoformées. Et si l’on vante largement la biocompatibilité de ces matériaux, une nouvelle étude vient aujourd’hui questionner leurs bienfaits. En effet, ils pourraient avoir un effet très néfaste sur le système reproductif féminin, révèle un papier paru le 28 janvier dans la revue Chemosphere. De quoi donner du grain à moudre à ceux qui alertent à tout va sur le manque de certification médicale de certains biomatériaux.

Pour leurs recherches, les scientifiques de l’Université de médecine de Northwestern (États-Unis) ont utilisé deux résines biocompatibles afin d’imprimer en 3D des plateformes micro physiologiques pour accélérer la fabrication d’un prototype d’appareil reproducteur.

Les cellules reproductrices étant très sensibles aux composés lixiviables, ils ont étudié la toxicité des résines employées en utilisant un test in vitro de maturation des ovocytes de souris. Résultats : la culture réalisée dans la pièce imprimée en 3D a montré une dégénérescence rapide des ovocytes.

L’impact sur la santé de ces nouveaux matériaux pas encore assez étudiée

« Nos résultats sont importants car ils démontrent que les lixiviats des matériaux couramment utilisés dans l’impression 3D sont considérés comme “biocompatibles” mais peuvent avoir des effets néfastes sur la santé reproductive. Il est absolument nécessaire de mieux comprendre l’identité et l’impact biologique des composés qui s’échappent de ces matériaux », interpelle donc Francesca Duncan, co-auteur de l’étude et professeur adjoint d’obstétrique et de gynécologie à la faculté de médecine Feinberg de l’université Northwestern.

Si, dans le passé, d’autres études avaient déjà examiné les effets toxiques potentiellement engendrés par l’exposition à des matériaux imprimés en 3D, aucune n’avait encore examiné leur incidence sur la reproduction des mammifères.

« Il est encore rare que l’impact potentiel de nouveaux matériaux sur la santé reproductive soit étudié de manière rigoureuse et systématique, malgré leur nature omniprésente dans notre vie quotidienne », déplore Franscesca Duncan.

Comprendre s’il existe des effets in vivo

Mais ces résultats ne fournissent pour l’heure que des preuves de la toxicité de ces matériaux dans un cadre in vitro. Aussi, il faudra désormais essayer de comprendre s’il existe également des effets in vivo. Surtout pour les résines DLT, destinées à la fabrication de dispositifs de rétention orale devant rester longtemps dans la bouche et entraînant ainsi une exposition prolongée dans le corps. Il s’agirait aussi d’établir si la toxicité reproductive diffère en fonction du sexe.

« Les résultats démontrent que la toxicité pour la reproduction devrait être une priorité lors de la caractérisation de tous les matériaux avec lesquels les humains peuvent entrer en contact, que ce soit dans un cadre médical ou dans leur vie quotidienne, s’inquiète Francesca Duncan. Et de dénoncer : Le marché des appareils dentaires, qui utilise des résines comme Dental SG ou Dental LT, est devenu une industrie multi-milliardaire ces dernières annéesCertaines entreprises utilisent les procédés d’impression en 3D à cause de leur capacité à produire vite. »

Mais, à terme, les découvertes de cette étude pourraient aller bien-delà de l’impression 3D ou des applications dentaires. Car ces composés toxiques ne concernaient pas que les matériaux dentaires fabriqués par cette technique. En effet, certains résidus seraient aussi présents dans des produits de consommation courante. Parmi eux, le Tinuvin-292, un additif couramment utilisé dans la production de matières plastiques.