Le dispositif EXPRESO (Expérimentation prévention en santé orale) vient d’être autorisé par un arrêté du 15 mars 2021. Il repose sur la « forfaitisation d’un ensemble d’actes dont la mise en œuvre permettrait de prévenir la très large majorité des lésions de la sphère orale, et donc d’intervenir avant que les soins classiques (restaurations, onlays, couronnes, bridges, implants) ne soient nécessaires », stipule le cahier des charges relatif à l’expérimentation, publié au Journal officiel du 20 mars 2021.

L’EXPRESO sera dans un premier temps testé durant trois ans sur 15 000 patients âgés de 18 à 21 ans dans les régions Bretagne et Pays de la Loire. Si l’évaluation est concluante, elle vise à être généralisée à l’ensemble du territoire.

« Bien que la quasi-totalité des pathologies bucco-dentaires puisse être prévenue, mis à part quelques exceptions, seuls les actes dits « invasifs » sont actuellement rémunérés dans le système de soins français. Il n’y a pas d’incitation pour le praticien à analyser la cause de ces pathologies, et à prodiguer les soins préventifs permettant d’empêcher leur initiation et leur progression », indique en préambule le cahier des charges du projet.

L’arrêté précise que « avec ces soins préventifs, le chirurgien-dentiste permet au patient de ne pas entrer dans le « cycle restaurateur » à vie, qui se traduit quasi systématiquement par une augmentation du coût des soins, de plus en plus invasifs avec l’âge ». Il s’agit d’amorcer une chirurgie dentaire qualifiée « d’intervention minimale ». Cette expérimentation vise à « modifier de manière durable la prise en charge en santé orale », affirment les Chirurgiens-dentistes de France (CDF) dans un communiqué.

Le chirurgien-dentiste sera « rémunéré par capitation pour une prise en charge globale du patient, en fonction de ses facteurs de risques, impliquant le patient dans son parcours de santé orale, et en lien avec les autres professionnels de santé ».

Association Expreso fondée par les CDF

Pour le directeur scientifique du projet, le Dr Marco Mazevet, il s’agit d’un véritable changement de paradigme. « Nous allons enfin pouvoir amorcer le virage attendu par la profession depuis plus de 20 ans et basculer vers une approche préventive de la santé orale qui s’intègre dans l’équilibre économique du cabinet dentaire. »

Cette expérimentation sera portée par l’association Expreso fondée par les CDF, syndicat signataire de la convention dentaire. « Les échanges constructifs avec les différents partenaires conventionnels (Assurance-Maladie, UNOCAM et Union Dentaire) ont permis de mettre sur pied une stratégie innovante et ambitieuse », souligne le Dr Thierry Soulié, président des CDF.

« Faire évoluer la pratique des chirurgiens-dentistes français »

Deux universités ont participé au développement du projet. Le Pr Sophie Doméjean de l’université de Clermont Auvergne, responsable de l’adaptation des recommandations pour la France, souligne « l’importance de cette expérimentation pour faire évoluer la pratique des chirurgiens-dentistes français. »

Le Pr Nigel Pitts, du King’s College de Londres, est l’auteur des recommandations de bonnes pratiques du projet. « L’expérimentation française est le fruit de plus de 20 ans de recherches sur l’intégration de la prévention au sein des cabinets dentaires. Elle est précurseur pour le changement et nous pouvons espérer qu’elle devienne un modèle international ».