L’addiction aux smartphones n’est pas sans risque. Elle serait notamment responsable d’une augmentation des blessures à la tête et au cou (utilisateurs distraits sur la voie publique) et d’hémorroïdes (!) (trop de temps passé sur les réseaux sociaux aux toilettes). Il a également été prouvé qu’une interaction excessive avec ces appareils pourrait affaiblir l’activité de certaines zones cérébrales ou encore que les personnes utilisant leur smartphone au moins cinq heures par jour couraient un risque d’obésité accru de 43 %. Aujourd’hui, une nouvelle étude met en lumière une corrélation entre utilisation excessive, médias sociaux, et maux buccaux. Les chercheurs se sont intéressés au phénomène du FOMO (fear of missing out) qui se manifeste par la tendance à fixer son smartphone de peur de manquer des messages ou des notifications. Selon leur papier, à paraître dans la revue Quintessence International, le stress provoqué par cette dépendance entraînerait un grincement des dents et des douleurs maxillaires. Mais aussi des troubles du sommeil.

En Israël, des chercheurs de la faculté dentaire de l’Université de Tel Aviv ont examiné le comportement de 600 participants âgés de 18 à 35 ans. Ils les ont partagés entre groupe laïc, utilisateur de smartphones, et groupe ultraorthodoxe où la plupart des gens utilisaient un mobile dépourvu de connexion internet. Résultats : 54 % des utilisateurs laïques de smartphone se réveillaient régulièrement dans la nuit pour regarder leur téléphone, contre 20 % des ultraorthodoxes. Qui plus est, 50 % du premier groupe ressentaient un niveau de stress modéré à élevé en raison de leur téléphone contre seulement 22 % des ultraorthodoxes. Les chercheurs ont également noté que 45 % des répondants laïques disaient ressentir un besoin modéré à élevé d’être joignable à tout moment, contre seulement 20 % chez les autres.

Concernant les manifestations physiques, 45 % des laïcs ont déclaré grincer des dents (24 % le jour, 21 % la nuit) et 29 % d’entre eux ont dit souffrir de douleurs dans les muscles de la mâchoire, contre seulement 14 % des ultraorthodoxes. Aussi, pour les chercheurs, l’utilisation du smartphone pendant la nuit et le stress qu’elle engendre, pourraient contribuer à l’apparition de douleurs musculaires et à l’usure des dents.

Des crispations de la mâchoire pendant la journée

« L’étude actuelle a démontré un lien entre l’utilisation excessive de smartphones permettant de surfer sur des applications sociales et une augmentation significative des réveils nocturnes (qui entraînent une fatigue pendant la journée), des douleurs au visage et à la mâchoire, des crispations de la mâchoire pendant la journée et des grincements de dents pendant la nuit – des symptômes physiques qui sont souvent le résultat du stress et de l’anxiété et qui peuvent même entraîner des lésions physiques telles que l’érosion dentaire et les lésions articulaires, commente le Dr Pessia Friedman-Rubin qui a dirigé l’étude. Nous avons effectué un travail statistique très complexe et nous avons vu que, si l’on sépare les autres facteurs, l’utilisation du téléphone portable est le plus susceptible d’expliquer les schémas de comportement que nous avons observés.  »

« Nous pensons que ces symptômes sont liés à la FOMO, la peur de manquer quelque chose, poursuit-elle. Les gens utilisent constamment leur téléphone parce qu’ils ont peur de manquer quelque chose, et vérifient WhatsApp, Facebook et d’autres applications. Cela crée un cycle de dépendance croissante aux téléphones portables, qui entraîne des sentiments de stress et d’anxiété, et le sentiment que quelqu’un pourrait écrire quelque chose sur les réseaux sociaux et qu’on va le manquer et ne pas être dans le coup. En bref, les téléphones sont en fait la cause du stress de nombreuses personnes, et nous en voyons des manifestations physiques. »

Un besoin d’être constamment disponible toxique

« Bien que la révolution des smartphones présente de nombreux avantages en termes d’accessibilité et de disponibilité de l’information, le désir d’être informé de chaque nouveau post qui apparaît sur les médias sociaux ou de chaque nouvel article publié sur tel ou tel site, et le besoin d’être constamment disponible, créent des sentiments de stress et d’anxiété », conclut l’étude.

En octobre 2019, des chercheurs américains avaient déjà épinglé l’addiction aux smartphones comme annonciatrice de dépression, chez les adolescents du moins. « Si la dépression et la solitude conduisent à la dépendance aux smartphones, nous pourrions réduire la dépendance en ajustant la santé mentale des gens […] Mais si la dépendance au smartphone précède la dépression et la solitude, qui est ce que nous avons constaté, nous pouvons réduire la dépendance au smartphone pour maintenir ou améliorer le bien-être », expliquaient les auteurs de l’étude, parue dans le Journal of Adolescent Health.