Comment les Français prennent-ils soin de leur bouche et de leurs dents ? À l’occasion de la Journée mondiale de la santé bucco-dentaire qui s’est tenue le 20 mars, Doctolib et l’UFSBD ont interrogé les Français sur leurs habitudes d’hygiène buccale. Résultats : « Quand les messages de prévention sont bien acquis, les réflexes profitables pour la santé bucco-dentaire sont bien là : 72 % des Français que nous avons interrogés au travers de notre sondage disent se brosser les dents au moins deux fois par jour et 70 % déclarent rendre visite à leur chirurgien-dentiste annuellement », explique le rapport. Ce dernier propose également les analyses des Docteurs Samy Dubois et Christophe Lequart, chirurgiens-dentistes experts de l’UFSBD.

Sans surprise, la majorité des Français se brosse les dents deux fois par jour (56 %). Mais ils sont tout de même 25 % à ne se les laver qu’une seule fois par jour. A contrario, 14,5 % des sondés poussent le zèle jusqu’à trois fois par jour et 1,5 % à plus de trois fois tandis que 3 % avouent ne pas se brosser les dents quotidiennement. Concernant les méthodes de lavage, on apprend que la plupart des personnes interrogées privilégient un dentifrice pour les gencives sensibles (34 %). Ils sont 24 % à préférer un dentifrice anti-caries et 19 % un spécial blancheur.

Et en complément ? Force est de constater que, contrairement aux Américains, l’usage du fil dentaire et des brossettes n’est pas vraiment intégré dans le quotidien des Français. 38 % n’en utilisent jamais, 30 % très rarement et 16 % respectivement une à deux fois par semaine et tous les jours.

40 % des Français disent accorder une « grande importance » à leur santé bucco-dentaire

Autre question posée dans le sondage : quelle importance les Français accordent-ils à leur santé bucco-dentaire ? « 46 % y accordent une grande importance, 40 % une certaine importance, 3 % peu d’importance, 1 % pas du tout d’importance, 10 % ne se prononcent pas ». 81 % d’entre eux en prennent soin pour être en bonne santé de manière globale, 54 % pour avoir une bouche saine, 52 % pour ne pas avoir mal aux dents, 39 % pour avoir une bonne haleine et 28 % pour avoir un bon sourire.   

Fort heureusement, deux ans après la fermeture des cabinets dentaires pendant le premier confinement, force est de constater que la consultation annuelle chez le dentiste fait toujours partie de la routine de la majorité des Français en matière de prévention et de santé bucco-dentaire. Sur les répondants, 70 % a vu un praticien au cours des douze derniers mois. Parmi eux, 50,5 % se sont rendus au cabinet pour un détartrage, 44 % pour une visite annuelle de contrôle, 22,5 % pour une prothèse ou un implant dentaire, 21 % pour une carie ou un soin dentaire, 17 % pour une douleur, 6,5 % pour une urgence et 5,5 % pour un plan de traitement.  

Quant aux Français qui ne consultent pas annuellement (trois sur dix datent leur dernière visite au cabinet au-delà de l’année écoulée), ils avancent diverses raisons. Ces dernières « peuvent-être classées en quatre grandes catégories : un accès au chirurgien-dentiste difficile : manque de professionnels présents sur un territoire donné, impossibilité de prendre de nouveau patient, délais de rendez-vous à rallonge ; une culture de la prévention encore faible : on ne consulte qu’en cas de douleur ; une certaine peur du dentiste ; un problème d’organisation personnelle : oubli de prendre rendez-vous, cabinet fermé… ». Mais la pandémie et la peur de la contamination sont également évoqués, ainsi que, malheureusement, les mauvais souvenirs du fauteuil.

Quels freins à la consultation ?

« Les freins à la consultation peuvent être très variables selon le lieu où vous exercez. Il y a les patients qui n’arrivent pas à trouver un rendez-vous, en raison du manque de praticiens sur le territoire où ils vivent, ceux qui se disent que la douleur passera toute seule ou bien n’éprouvent pas le besoin de consulter car ils n’ont pas mal aux dents, et il y a ceux qui ont peur du dentiste », détaille le Dr Christophe Lecquart.  

« La situation s’est compliquée depuis 2 ans, avec l’épidémie de Covid-19. Certains se sont dit qu’il n’était pas utile d’aller encombrer les salles d’attente dans ce contexte, ou ont eu peur d’être contaminés, notamment à travers un détartrage. Ceux-là ont préféré ne plus venir nous consulter », analyse-t-il.

Quelles pistes pour y remédier ?

Au niveau des chiffres, 41 % des sondés expliquent qu’ils ne sont pas suivis régulièrement par un dentiste, 22 % qu’ils n’ont pas eu le temps de s’y rendre récemment, 19 % qu’ils ont oublié, également 19 % qu’ils ont peur, 17 % qu’ils n’ont pas les moyens financiers. Mais l’absence de consultation est également dû à un problème de déserts médicaux. En effet, 13,5 % des patients disent ne pas avoir réussi à trouver de rendez-vous près de chez eux et 12% dans le délai désiré.

« Toutes les synergies doivent pousser les Français à prendre soin d’eux, de leur santé orale bien sûr, mais aussi de leur santé tout court. On peut imaginer que les applications qui rendent les patients acteurs de leur santé pourront de plus en plus aider dans ce sens. La sensibilisation et la prévention sont les enjeux majeurs », déclare le Dr Samy Dubois. Et le praticien de s’exprimer sur la peur du dentiste. « Cela doit nous interroger quand il n’y a pas un suivi régulier. Pour certains, la peur est due à une mauvaise expérience antérieure, remontant le plus souvent à l’enfance. C’est une dimension que nous devons prendre en considération. »

Il avance alors plusieurs idées pour essayer de rassurer le patient : « un premier contact facilité avec une prise de rendez-vous simple, des indications claires pour trouver le cabinet, un bel accueil, une salle d’attente agréable, une bonne ambiance d’équipe… Instaurer un climat détendu est très important pour mettre le patient dans de parfaites dispositions. Afin de favoriser l’écoute et créer une véritable relation avec lui, la gestion de l’agenda est primordiale. Un écran, une musique de fond (je trouve que le jazz s’y prête très bien) peuvent l’aider à gérer son stress en trouvant des éléments positifs auxquels s’accrocher. Je propose aussi parfois un casque de réalité virtuelle, en général pour toujours connecter le patient positivement à ce qu’il peut aimer. Cela nécessite de vouloir et savoir faire évoluer sa pratique avec agilité ».