Dans l’imaginaire collectif, dents et argent vont de pair. D’après un sondage mondial mené par la plateforme d’études de marché DentaVox auprès de 2 582 personnes, 55% des personnes interrogées estiment qu’avoir un bon statut social limite la perte de dents.

Interrogés sur les facteurs sociaux ayant le plus d’influence sur la perte de dents, 21 % des sondés ont indiqué le niveau de revenu. « Ensuite viennent l’éducation (8 %) et le lieu de vie (6 %). Le statut d’handicapé et la génération ont également été classés parmi les cinq premiers », développe le sondage. Pour les personnes interrogées, les propriétaires d’entreprises sont ceux à qui il manquerait le moins de dents. Et si l’intitulé du poste n’est pas mentionné parmi les cinq principaux facteurs sociaux affectant la perte de dents, quand on leur demande directement, 53% des participants au sondage le jugent pertinent.

« Compte tenu des résultats susmentionnés, il n’est pas surprenant que le fait d’être propriétaire d’une entreprise soit lié au fait de jouir du moins grand nombre de dents manquantes dans la vieillesse » pour 16% des sondés, analysent les auteurs de l’étude. Arrivent ensuite le poste de PDG (15%) et de directeur (7%). « Ces trois postes sont très bien rémunérés, ce qui correspond directement à la perception que le revenu est le principal facteur de perte de dents », expliquent-ils.

Une corrélation prouvée dans le passé

Si cette corrélation entre revenus et pertes de dents est aujourd’hui établie dans un sondage, elle a déjà été prouvée par la science à maintes reprises. En 2014, une étude britannique publiée dans le Journal of Dental Research avait notamment montré que la santé bucco-dentaire était nettement moins bonne chez les personnes les plus pauvres.

En examinant 6 000 participants, les chercheurs ont découvert que ceux ayant un revenu plus faible, appartenant à une classe professionnelle moins élevée ou ayant fait moins d’études, avaient les moins bons résultats cliniques. Ils avaient tendance à souffrir davantage de caries, de maladies des gencives et d’une plus grande perte de dents du bas (moins huit dents en moyenne).

« Ce n’est probablement pas une grande surprise que les personnes les plus pauvres aient une moins bonne santé dentaire que les plus riches, mais la surprise est de voir à quel point les différences peuvent être importantes et comment cela affecte les gens. Huit dents de moins en moyenne, c’est énorme et cela aura eu un grand impact pour ces personnes. D’après nos données, il est difficile de dire quels sont les facteurs spécifiques à l’origine de chacune des différences que nous constatons ici, mais il y a probablement un véritable mélange de raisons et il ne s’agit pas seulement, par exemple, de la disponibilité des traitements », explique le Pr Jimmy Steele, directeur de l’école dentaire de l’université de Newcastle.

« Les inégalités en matière de santé bucco-dentaire nécessitent une action urgente de la part d’organisations telles que Public Health England. En particulier, il faut faire davantage pour s’attaquer aux causes sous-jacentes des maladies bucco-dentaires », interpellait quant à lui le professeur Richard Watt, chef du département d’épidémiologie et de santé publique de l’University College London.

Et la France dans tout ça ?

En France, on estime à 11,1 milliards d’euros les coûts directs des soins dentaires et à 6,3 milliards d’euros les coûts indirects. En 2019, l’État français a demandé à la Drees (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques) d’étudier la mise en place de dispositifs de prévention (Bilan Bucco-Dentaire) et de soins aux personnes fragiles. Conclusion : de nombreux pays européens tels que l’Allemagne, la Suède et les Pays-Bas ont des politiques sanitaires bucco-dentaires plus efficaces.