« Nous sommes profondément choqués ». Dans une lettre datée du 17 avril, adressée au ministre de la Santé Olivier Véran et publiée sur Facebook, le syndicat national des internes en odontologie (SNIO) fait part de son indignation de ne pas avoir été convié à une réunion organisée deux jours plus tôt avec les internes en pharmacie et médecine. Celle-ci faisait suite à l’alerte lancée par l’Intersyndicale nationale des internes en médecine (ISNI). D’après elle, cinq internes se sont suicidés depuis le début de l’année 2021 pour cause d’épuisement professionnel, de harcèlement et de violences.

« Dois-je vous rappeler l’existence de notre spécialité résultant de la réforme des études de troisième cycle instituant un internat en odontologie ? », s’indigne Sarah Gomulinski, la présidente du SNIO. « Cette situation est d’autant plus injuste et choquante que les internes en chirurgie dentaire ont été en première ligne face à la pandémie », rappelle-t-elle. En effet, en mars dernier, quand tous les cabinets dentaires libéraux étaient fermés lors du premier confinement, les 335 internes en odontologie « ont assuré les urgences bucco-dentaires dans tous les services hospitaliers de France parfois sans les protections indispensables alors même que notre spécialité est l’une des plus exposées ».

« Vos services semblent avoir ignoré notre existence et notre rôle au sein du service de santé des hôpitaux. Nous vous demandons instamment de prendre acte de notre représentativité de la spécialité », conclut le SNIO.

« Trop souvent, la situation est considérée comme désagréable mais normale »

Selon l’Intersyndicale nationale des internes en médecine, les suicides des internes seraient notamment dus à « un temps de travail hebdomadaire absurde » : « 58 heures en moyenne, 70 heures en chirurgie, 40 % travaillent plus que 60 heures par semaine, certains rapportent même des pics au-delà de 120 heures, pas de possibilité de récupération ». D’après l’Isni, à la fatigue s’ajoutent harcèlement et violences. « Trop souvent, la situation est considérée comme désagréable mais normale », dénonce-t-elle sur son site Internet et sur les réseaux sociaux.

En effet, si l’on en croit une enquête de l’Association nationale des étudiants en médecine (ANEMF) de mars 2021, 40 % des étudiants ont déjà été victimes de harcèlement sexuel, 15 % d’une agression sexuelle, 2,8 % d’un viol. Malgré tout, l’omerta règne : « les plaintes ne sont pas traitées, voire même pas formulées », s’indigne l’Isni qui détaille : « le Centre National de Gestion qui gère les 60 000 praticiens hospitaliers et hospitalo-universitaires publics montre que la chambre disciplinaire n’a été saisie que de 5 cas en 2018″.

En conclusion, l’Intersyndicale, qui rappelle au passage le piteux état des locaux, — « internats délabrés et insalubres, bureaux exigus voire inexistants, insuffisance des équipements numériques, vétusté des hôpitaux… » — , réclame le décompte horaire du temps de travail. Sont également demandés au plus vite le signalement des délits et crimes et de justice, l’instauration de « mesures conservatoires immédiates en cas de maltraitances » et la mise en place « d’une cellule indépendante de signalement et de traitement des violences ».