L’histoire est pour le moins romanesque. Mostafa Azimitabar, un Kurde ayant fui l’Iran, a appris le 5 mai qu’il était finaliste du prix Archibald du portrait, décerné depuis 1921 aux meilleurs peintres en Australie. Son œuvre : un autoportrait peint à la brosse à dents alors qu’il était détenu dans un camp pour immigrants illégaux.

L’épopée de Mostafa commence en 2013 quand il décide de fuir l’Iran et ses répressions. Il débarque en Australie mais, l’homme qui pensait trouver une terre d’accueil où démarrer une nouvelle vie, se retrouve interné dans un des camps de détention pour immigrants illégaux gérés par l’Australie sur l’île de Manus, en Papouasie Nouvelle-Guinée. Son tempérament d’artiste l’aide à tromper l’ennui et à se protéger de la violence qui l’entoure. Il écrit, des chansons, des poèmes…et, en 2014, décide de se mettre à la peinture.

Il en demande alors à ses gardiens. Ses derniers refusent, craignant qu’il ne l’avale pour se faire du mal. Mostafa retourne dans son dortoir, regarde autour de lui et aperçoit une tasse à café contenant une brosse à dents. « Je ne sais pas ce qui s’est passé… C’était un moment spécial. J’ai saisi la brosse à dents, je l’ai trempée dans du café et je l’ai passée » sur du papier, raconte-t-il, décrivant cet instant comme une « victoire ».

« La souffrance, la tristesse » mais aussi « la force »

« Quand je peins, je ne ressens plus aucun traumatisme », raconte aujourd’hui à la presse celui qui, huit ans durant, dessine les paysages dont son enfermement le prive. Il peint la montagne, les habitants des campagnes et un autoportrait qu’il baptise « KNS088 », son numéro de matricule.

Après 2 737 jours de détention, Mostafa est finalement libéré en janvier 2021, sans préavis ni explication. Depuis, libre et doté d’un visa australien, il a refait sa vie et travaille désormais pour une organisation caritative. Il s’est notamment mobilisé pour les réfugiés et demandeurs d’asile du Park Hotel de Melbourne.

Le 5 mai 2022, il déclare sur son compte Instagram « Je suis fier d’annoncer que j’ai été sélectionné en tant que finaliste du Prix Archibald 2022 ». À la presse, il déclare vivre « un des meilleurs moments de (sa) vie » et explique avoir vouloir faire passer dans son autoportrait son ressenti de réfugié, « la souffrance, la tristesse » mais aussi « la force ».

Mostafa saura en fin de semaine s’il remporte le prix Archibald. Arrivé les mains vides en Australie il y a huit ans, ill pourrait bien empocher 100 000 dollars australiens, soit environ 70 000 euros. De quoi enfin commencer la nouvelle vie dont il rêvait…