Selon le groupe, la pandémie aurait pris naissance à Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo (RDC) – alors le Congo belge – au cours des années 1920. « L’étude que nous publions précise la dynamique d’évolution du virus dans la ville de Kinshasa avec un niveau impressionnant de détails. Elle permet également de mieux cerner la progression de la maladie dans l’espace et dans le temps », explique le Pr Pépin. Selon la publication, plusieurs facteurs, dont l’urbanisation rapide et le déploiement d’un réseau de chemins de fer, ont favorisé l’émergence du virus dans la capitale du Congo belge et sa dissémination sur son territoire entre les années 1920 et 1960.

Le virus aura donc été confiné à cette région de l’Afrique pendant presque cinq décennies avant de se propager dans le reste du monde à la fin des années 1970. Rappelons que le VIH a été détecté pour la première fois aux États-Unis en 1981. Outre l’obligation morale, quel intérêt y a-t-il à retracer les origines de ce virus dévastateur ? Selon le professeur Pépin, il est important de mieux comprendre les mécanismes de propagation de la pandémie de VIH afin de mieux se prémunir face au développement d’éventuelles épidémies virales. « Cette tragédie a été facilitée, voire peut-être précipitée, par des interventions humaines, la colonisation, l’urbanisation et même des campagnes de santé publique bien intentionnées. Nous devons apprendre de ces actions, en espérant que ceci nous donne la sagesse et l’humilité nous permettant d’éviter un désastre aussi grand dans les prochaines décennies », précise-t-il. D’autres questions continuent d’habiter les chercheurs. Il reste à déterminer avec précision le lieu d’origine du patient zéro. L’hypothèse qui prévaut actuellement est celle d’un chasseur de brousse qui se serait contaminé en dépeçant un chimpanzé infecté. Une visite ultérieure dans un hôpital ou un centre de santé aurait alors été l’élément déclencheur de la vaste épidémie qui allait suivre. Le Pr Pépin travaille à confirmer les facteurs qui ont permis l’accélération de la propagation du VIH dans les années 1950- 1960, en particulier la transmission iatrogène du virus, c’est-à-dire celle faite accidentellement lors du traitement d’autres maladies.