« Chère Lin, Outre le plaisir de voir surgir un message de Chongqing, je note que tu m’as posé la question la plus embarrassante, celle qui me trouble et perturbe le fragile édifice de ce personnage parisien qui me côtoie jour après jour : moi. Je reprends tes termes : « Que se passe-t-il, demandes-tu, dans votre tête, à vous Occidentaux, et en particulier à vous, Français ? »

L’interrogation était brutale, directe, sans détour. Et tu continues : « Vous vous interrogez si visiblement, si profondément ! Vous semblez perdus, déboussolés, frustrés aussi – alors que rien ne vous manque, à première vue. Votre problème, est-ce la crise économique ? La crise de civilisation ? La perte des repères ? Est-ce chronique, depuis l’époque où vous mangiez sans couverts, alors que nous, au même moment, nous utilisions déjà des baguettes ? Dans la manière dont vous regardez votre propre monde, que vous avez façonné pourtant à votre image, il y a quelque chose d’inquiet, qui se colore de déception et d’amertume. Je ne comprends pas… »

À travers l’échange de courriers d’un publicitaire et d’une amie chinoise se dessine le contraste entre deux sociétés toutes deux tournées vers le profit mais appuyées sur des traditions opposées. C’est aussi le réquisitoire contre des « années pub » qui ont réussi en usant de ficelles marketing fondées sur la naïveté du client alors qu’aujourd’hui le consommateur exige un message vrai, porteur de valeurs, privilégiant l’écologie, l’avenir, la consommation durable.

Vendre des salades sans en raconter de Vincent Leclabart, éditions du Rocher, novembre 2011, 200 pages, 18 euros