La surconsommation d’antibiotiques est un problème de santé publique de plus en plus inquiétant dans le monde. D’après une étude parue dans la revue scientifique The Lancet, en 2019, l’antibiorésistance aurait entraîné 1 270 000 décès dans le monde. En France, l’un des plus gros consommateurs d’Europe, le phénomène inquiète également. En 2015, plus de 5 500 décès ont été attribués à des infections aux bactéries multi-résistantes. Sans compter que le mésusage des médicaments coûte lourdement à l’Assurance maladie qui a donc mis en place une Stratégie nationale 2022-2025 de Prévention des Infections et de l’Antibiorésistance. En améliorant les prescriptions, cette dernière estime pouvoir économiser 7 millions d’euros d’économie. D’après un rapport de la CNAM intitulé « Charges et produits 2023 », paru le 13 juillet, les dentistes sont à l’origine de 12% des prescriptions d’antibiotiques en médecine de ville, soit 42 millions d’euros pris en charge par l’Assurance maladie en 2021. Or, « 66 % des prescriptions en odontologie ne sont pas indiquées car elles ne répondent pas à une infection avérée ou à une situation nécessitant une antibioprophylaxie et 19 % des prescriptions sont des molécules peu recommandées en odontologie et génératrices d’antibiorésistance (pristinamycine, doxycycline, spiramycine-métronidazole) », assure le rapport.

L’amoxicilline est le premier antibiotique prescrit par les chirurgiens-dentistes. Après quoi, arrivent les associations spiramycine-métronidazole et amoxicilline-acide clavulanique. « Une analyse des prescriptions montre que les durées de traitement varient beaucoup selon les prescripteurs, alors que les recommandations préconisent 7 jours (sauf pour l’azithromycine) », est-il précisé.

Parmi ses actions visant à lutter contre l’antibiorésistance, l’Assurance maladie prévoit donc, entre autres, de sensibiliser les chirurgiens-dentistes au bon usage des antibiotiques en odontologie. En septembre, elle lancera une campagne spécifique à destination des praticiens avec le soutien des représentants de la profession, parmi lesquels l’Ordre et l’ADF.  Alors que cette dernière a déjà publié un guide sur le sujet, la CNAM enverra à chaque praticien son profil de prescription.

Des premiers résultats encourageants

 « Ce profil permet d’analyser sa propre pratique et de mettre en œuvre les corrections nécessaires pour se rapprocher le plus possible des pratiques recommandées par l’ANSM », explique le rapport. Les chirurgiens-dentistes « ayant un profil atypique » seront accompagnés par un praticien conseil. Une fois cette campagne terminée, on vous proposera une offre de formation et différents outils pour lutter contre l’antibiorésistance. Entre autres, aide à la prescription, ordonnance avec délivrance différence ou encore affiches pour salle d’attente.

Cette campagne nationale est la généralisation d’une expérimentation déployée dans le Grand Est depuis 2020 conçue en multi-partenariat (Ordre des Chirurgiens-dentistes du Grand Est, trois facultés d’odontologie du Grand Est, AntibioEst), explique le rapport. « Les premiers résultats de l’expérimentation sont encourageants : les chirurgiens-dentistes se sentent extrêmement concernés, certains découvrant l’impact de l’antibiorésistance, tous sont unanimes et s’engagent à faire mieux. Après l’envoi des profils individuels en juin 2021, on constate une évolution favorable des comportements. En comparaison avec les autres régions françaises, dans le Grand Est, l’usage de l’amoxicilline progresse et la part des antibiotiques peu recommandés en odontologie diminue. »