Quel dentiste n’a jamais été confronté au problème du Coca dans le biberons ? En tant que praticien, vous savez pertinemment que cette pratique est une catastrophe pour les enfants mais, malheureusement, en dépit de vos efforts pour avertir les femmes enceintes qui consultent lors de leur EBD, trop de parents continuent à le faire. Aujourd’hui, la presse grand public s’empare du sujet pour tirer la sonnette l’alarme. Le 10 juin, le média d’investigation Médiacités, a publié une une enquête sur les « bébés Coca » dans les Hauts-de-France. Cette dernière fait couler beaucoup d’encre et pourrait, on l’espère, à terme, mettre un terme à cette pratique désastreuse.

« Des bébés aux dents de lait tachées, noircies, dont il ne reste que les racines. Des bambins de trois ou quatre ans exhibant déjà des prothèses dentaires ou des dents de travers, qui poussent trouées comme du gruyère… Ces enfants, les professionnels de santé et de la petite enfance qui les reçoivent ou les côtoient au quotidien les surnomment parfois “les bébés Coca”. Les descriptions qu’ils en font semblent sorties d’un livre de Dickens. Cela ne se passe pas à l’autre bout de la planète mais bien ici, dans la métropole lilloise et toute la région », écrit en préambule de son article la journaliste qui a interrogé pour son enquête le Dr Angéline Leblanc, auteure d’une thèse sur le sujet. 

On parle de caries précoces quand elles surviennent chez des enfants de moins de 6 ans. Nous voyons parfois des patients d’1 an qui ne possèdent que quatre dents, toutes cariées. Il ne reste alors plus que les racines et nous n’avons pas d’autre solution que les extraire”, explique la praticienne.

« Ils pensent bien faire »

Un problème qui dégénère d’autant plus dans les milieux défavorisés, où les parents n’ont pas forcément le reflexe de consulter des les premiers signes alarmants, développent les professionnels de santé et de la petite enfance dans cette enquête. “Nous accompagnons des parents en grande précarité sociale, qui ne savent parfois pas lire. Ils pensent bien faire et n’ont pas conscience que ce qu’ils font consommer à leurs enfants peut être nocif”, déclare notamment Stéphanie Leclerc, responsable du pôle petite enfance de la métropole lilloise au sein de l’Établissement public départemental pour soutenir, accompagner, éduquer (EPDSAE) de Lille.

Car pour son enquête, la journaliste Virginie Menvielle s’est penchée sur la région des Hauts-de-France, particulièrement concernée, semblerait-il. Face à ce phénomène, les professionnels de santé interrogés réclament une interdiction des boissons sucrées aux moins de 6 ans et/ou un étiquetage dissuasif sur ces breuvages. «On essaye d’expliquer aux parents, mais, bien souvent, ils nous répondent qu’eux-mêmes ne boivent pas d’eau et ne voient pas où est le problème», expliquent-ils.

L’importance des 1 000 premiers jours

Pour aider les soignants à sensibiliser les parents sur ce sujet, l’UFSBD a organisé en octobre dernier un colloque sur les « 1 000 premiers jours » de l’enfant et de sa santé bucco-dentaire. Ce dernier, qui réunissait des chirurgiens-dentistes, médecins de santé publique, pédiatres, kinésithérapeutes pédiatriques et sages-femmes abouti à une « feuille de route » sur la question.

Dans le même temps, au sein d’un dossier de Solutions Cabinet dentaire dédié à cette problématique, le Dr Johanna Bartet, auteure d’une thèse sur la prise en charge bucco-dentaire des femmes enceintes, s’exprimait sur le syndrome du biberon.  « Bien souvent, pour calmer un bébé qui pleure, les parents ont tendance à leur donner un biberon sucré en pleine nuit. Parfois même de Coca-Cola. C’est pour ça qu’on voit des enfants de moins de 4 ans avec des dents complètement abîmées à cause du sucre. C’est important d’en parler en prévention avant que la maman n’accouche. C’est pendant la grossesse qu’elle sera le plus à l’écoute. Après l’accouchement, elle sera très occupée et aura peut-être oublié certaines choses. »