Il a frôlé la mort en mer et pourra désormais le prouver à ses petits-enfants. En Australie, un surfeur qui avait perdu sa jambe après avoir été mordu par un grand requin blanc en 2015, a finalement eu le droit de garder la dent de son assaillant. C’est la première fois que les autorités australiennes accordent une dérogation à la loi qui interdit la possession ou la vente de parties de grands requins blancs dans le pays. D’ordinaire, ceux qui enfreignent cette loi risquent une amende pouvant atteindre 100 000 dollars australiens (environ 64 000 euros) ou deux ans de prison.

En 2015, Chris Blowes, désormais âgé de 32 ans, surfe à Fishery Bay, une station baleinière en Australie du Sud, quand il se fait attaquer par un grand requin blanc. L’animal mesure 5,5 mètres de long. Il le mord. « Il m’a secoué un peu et a joué avec moi. Mais à la fin, il m’a arraché la jambe », témoigne le sportif à BBC World Australia dans un article paru mercredi 5 mai. Fort heureusement pour lui, deux de ses amis l’aperçoivent en train de se vider de son sang au loin et le ramènent sur la terre ferme où il est pris en charge par des ambulanciers avant d’être transporté d’urgence dans un hôpital d’Adélaïde.

« Mon cœur s’était complètement arrêté de battre. Ils ont procédé à une réanimation jusqu’à ce que je montre à nouveau un signe de vie », raconte la victime. Entre la vie et la mort, le jeune homme passe dix jours dans un coma artificiel. Dont, contre toute attente, il se réveille. Une jambe en moins.

« Le requin ne récupérera pas sa dent, et je ne récupérerai pas ma jambe »

Quand la police retourne sur les « lieux du crime » pour investiguer, elle retrouve une dent de requin incrustée dans la planche de surf de Chris Blowes. La loi interdisant de conserver des parties d’espèces protégées, les agents la remettent aux autorités avant d’en informer le blessé.

« Depuis ce moment, je n’ai pas été autorisé à voir la dent”, déclare-t-il à la British Broadcasting Corporation. « Je ne tuerais jamais un requin pour sa dent, mais il m’a pris ma jambe, donc je ne vois pas pourquoi je ne devrais pas avoir la dent », poursuit-il auprès de la BBC. « Le requin ne récupérera pas sa dent, et je ne récupérerai pas ma jambe. »

Fort de cet argument, l’Australien se met alors en tête de récupérer la fameuse dent. Malgré plusieurs demandes auprès des autorités, sa requête reste sans réponse. Jusqu’à ce qu’un politicien local n’entende parler de cette affaire et ne la prenne en mains. Six ans après le drame, une dérogation vient donc de lui être accordée.

Empêcher les braconniers de tuer des requins en masse pour leurs dents

D’après les autorités, c’est la première fois que l’État fait une exception à l’interdiction de possession ou de vente de dents de requins, indiquée dans la loi dite de la gestion des pêches de l’Etat. « Chris a manifestement vécu une expérience extrêmement traumatisante. Je voulais voir s’il y avait quelque chose que je pouvais faire pour aider », explique David Basham, ministre des industries primaires et du développement régional, à ABC.

Cette loi a été créée il y a plusieurs années en Australie avec pour objectif d’empêcher les braconniers de tuer des requins en masse pour leurs dents, qui se vendent à prix d’or. Toutefois, pour Dave Pearson, un lobbyiste qui défend les victimes d’attaques de requins, exception devrait être faite pour les victimes de ces prédateurs. « Cela signifie beaucoup pour le survivant de garder quelque chose comme ça en souvenir. Je pense que c’est une sorte de connexion avec le requin dont on a besoin », développe-t-il auprès de ABC. « Chris a payé un prix incroyable pour une seule dent ; ce n’est pas seulement une dent pour lui, c’est un souvenir de la perte de sa jambe ».

Aujourd’hui, Chris Blowes, qui s’est remis à surfer avec une prothèse et donne des conférences sur comment revivre après une attaque, est heureux de sa victoire. Il garde la dent dans un étui chez lui et l’emmène lors de ses discours. « C’est un beau souvenir à montrer à mes petits-enfants », s’amuse-t-il. Avant toutefois de conclure, amer : « mais ce n’est pas un échange équitable, une dent pour une jambe ».

Pas mangeur d’hommes

Le grand requin blanc ou Carcharodon carcharias est une espèce de requin de la famille des Lamnidae et de l’ordre des Lamniformes. Sa taille peut atteindre plus de six mètres de long, ce qui en fait l’un des plus grands poissons prédateurs vivant actuellement dans les océans. En raison de sa forte diminution depuis les années 70, il fait désormais partie des espèces menacées. Outre l’Australie, sa pêche est notamment interdite en Afrique du Sud ou en Nouvelle Zélande. Malgré tout, des pêcheurs continuent de le pêcher pour sa viande, ses dents, vendues comme souvenirs aux touristes, et aussi ses ailerons.

Le grand requin blanc est considéré comme dangereux pour l’homme puisque responsable d’attaques, la plupart étant toutefois non mortelles. Toutes espèces confondues, entre 2007 et 2016, environ 800 attaques de requins auraient été recensées dans le monde entier. Lors de ces dernières, le grand requin blanc était le plus souvent impliqué, devant le requin-tigre et le requin bouledogue, pourtant réputés plus féroces. Cela peut s’expliquer car le territoire de chasse du requin blanc inclut les rivages côtiers où se concentrent les activités humaines et surtout les sports nautiques. Le grand requin blanc n’étant pas un « mangeur d’hommes », quand il attaque un humain, il confond certainement ce dernier avec ses proies habituelles, les phoques, les tortues de mer ou les pinnipèdes.