Avez-vous déjà entendu parler du requin-lutin ou gobelin ? Avec ses dizaines de dents semblables à des aiguilles et ses mâchoires capables de protrusion, ce requin, scientifiquement nommé Mitsukurina owstoni et unique membre de la famille des Mitsukurinidés, est capable d’envoyer ses mâchoires en avant vers n’importe quelle proie qui passerait dans les parages. Après quoi, ses crocs acérés n’ont plus qu’harponner sa malheureuse cible.

D’après une étude parue en 2016 dans la revue Scientific Reports, la vitesse de projection des mâchoires atteint trois mètres par seconde. Celles-ci peuvent s’étendre à 9,4 % de sa longueur corporelle, qui, elle, avoisine le plus souvent les trois à quatre mètres à l’âge adulte, pour une masse d’environ 200 kg. En 2000, la capture d’un spécimen femelle a toutefois prouvé que l’animal mesurait parfois entre cinq et six mètres.

Comme la plupart des requins, le lutin utilise les ampoules de Lorenzini, des organes sensoriels situés sur son nez pour capter des champs électriques de façon à flairer ses proies dans les eaux sombres. Une fois la cible repérée, il commence à la pister. D’après les scientifiques, cette méthode aurait permis aux requins de s’adapter aux profondeurs où le choix en matière de nourriture est limité. Qui plus est, elle permettrait au requin-lutin, qui se déplace lentement, de s’attaquer à des petits crustacés mais aussi à des poissons ou des céphalopodes.

Timide monstre marin

Pourquoi « requin-lutin » ? Il s’agit d’une traduction de tengu-zame, le nom choisi par les pêcheurs japonais qui l’attrapent de temps à autre dans leur filet. Cette appellation fait référence aux créatures légendaires japonaises qui arborent un long nez et une face rouge. Car, outre sa terrible bouche, le requin-lutin est doté d’un long nez plat et pointu et de petits yeux sombres.

Requin côtier, il vit entre 30 et 1 300 mètres sous les profondeurs (les adultes préfèrent les zones plus profondes aux jeunes). S’il arpente les côtes du monde entier, il se fait rare et discret. Preuve en est : les scientifiques n’ont découvert son existence qu’en 1988. Depuis, on en a tellement peu vus qu’il est impossible de déterminer combien de membres de cette espèce peuplent nos océans.

Il y a quelques années, un documentariste a toutefois réussi à en rencontrer un et l’a sans doute rapidement regretté. Alors qu’il nage de nuit, caméra au bras, il tombe nez à nez avec un requin-lutin. Effectuant un brusque mouvement de détour pour éviter l’appareil, le squale envoie sa mâchoire en avant par réflexe et agrippe la combinaison du nageur par accident. Plus de peur que de mal pour ce dernier qui réussit à s’enfuir sans la moindre blessure. Car, malgré la terrifiante vidéo que vous pourrez visionner ci-dessous, le discret requin-lutin ne veut aucun mal à l’Homme.