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Des recherches dentaires dans l'espace 

Début juin, des scientifiques ont lancé des recherches bucco-dentaires dans l'espace. L'expérience, parrainée par le laboratoire national américain de la station spatiale internationale et mené avec la NASA et Colgate-Palmolive, durera deux mois.

Par Raphaëlle de Tappie, publié le 01 juillet 2021

Des recherches dentaires dans l’espace 

L’objectif est de “repousser les limites de la compréhension de la manière dont on traite la santé bucco-dentaire”. Pour la première fois, des scientifiques ont lancé une expérience bucco-dentaire dans l’espace. Le but : “déterminer comment l’apesanteur pourrait affecter la croissance et la réponse des bactéries buccales aux agents de traitements” existant sur Terre et mettre aux point de nouveaux traitements, qui pourraient également fonctionner dans l’espace. Le projet, parrainé par le laboratoire national américain de la station spatiale internationale et mené en collaboration avec la NASA et Colgate-Palmolive, durera deux mois.

Pour leur expérience, les ingénieurs de l’université du Nevada à Las Vegas (États-Unis) ont créé des nouveaux dispositifs de pompe microfluidique imprimés en 3D qui fonctionnent automatiquement. Le 3 juin, ils les ont envoyés à la station spatiale dans 25 kits contenant la salive et les bactéries buccales de trente patients de la clinique dentaire de l’université.

Dans l’espace, les astronautes cultiveront les bactéries sur des puces d’hydroxyapatite de 5 mm dans des dispositifs de pompage à 37 °C. Soit la température typique du corps humain. Les appareils distribueront continuellement les nutriments liquides à l’origine de la croissance bactérienne sur les puces d’hydroxyapatite. Et ce, à un débit très faible dans le but d’imiter les conditions buccales. Chaque test se déroulera sur 48 heures.

 

“Il n’y a aucune garantie que les méthodes terrestres fonctionneront en apesanteur”

 

Afin faciliter la manipulation des astronautes, qui se doit d’être minimale, chaque kit a été organisé avec des sacs de fluide à code couleur et tubes assortis. Ils sont contenus dans des sacs à fermeture éclair de 10 pouces x 10 pouces approuvés par la NASA.

“C’était l’un des plus grands défis que nous avions à relever : comment faire cela en dehors de notre environnement de laboratoire standard, l’emballer en toute sécurité, et rendre l’expérience aussi simple que possible pour l’équipage, explique le professeur Jeffrey Ebersole, doyen associé pour la recherche à l’école de médecine dentaire de l’UNLV, collaborateur du projet, dans un communiqué de presse paru sur le site de l’université. Par exemple, une goutte de liquide qui s’échappe en gravité zéro flotte sans que rien ne puisse l’arrêter et pourrait finir dans l’œil d’un membre de l’équipage, il fallait donc réfléchir à tous ces différents processus expérimentaux.”

Et de poursuivre : “Il existe de nombreux produits d’hygiène bucco-dentaire formidables. Mais si vous pensez aux voyages spatiaux à long terme, il n’y a aucune garantie que les méthodes terrestres fonctionneront en apesanteur. Cette expérience permettra de repousser les limites de la compréhension de la manière dont on traite la santé bucco-dentaire – à la fois le maintien de soins bucco-dentaires de qualité et le traitement des maladies – dans l’espace.”

 

Pousser encore plus loin

 

Deux mois plus tard, le vaisseau spatial SpaceX Dragon renverra les kits sur Terre. Les chercheurs pourront alors examiner les effets de l’environnement de microgravité sur les bactéries buccales et l’efficacité des agents antibactériens dans les produits contre la métabolisation des nutriments et la formation de biofilms qui pourraient détruire les tissus gingivaux et l’émail des dents. Après quoi, ils pourront comparer les données issues des bactéries cultivées à bord de la station spatiale avec celles extraites de bactéries similaires cultivées sur Terre.

“L’objectif est de réimaginer un avenir plus sain pour toutes les personnes, leurs animaux domestiques et la planète. Nous nous efforçons constamment de repousser les limites de la recherche et du développement – et maintenant nous poussons encore plus loin, dans l’espace”, commente le Dr Patricia Verduin, directeur de la technologie chez Colgate-Palmolive.

 

Un “rêve d’enfant”

 

“Avec le pompier et le chasseur de dinosaures, l’astronaute semble figurer sur la liste des métiers de rêve de tous les enfants, se félicite quant à lui le Dr Shengjie Zhai, collaborateur du projet, chercheur au département de génie mécanique de l’université de Las Vegas. Maintenant, mon rêve d’espace s’est réalisé d’une autre manière.”

À terme, le but est d’essayer de mettre au point de nouveaux moyens pour lutter contre les maladies bucco-dentaires. “Notre partenariat unique avec le [laboratoire] national de l’ISS et [l’UNLV] nous aidera à aller au-delà de ce qui est attendu, au-delà de ce qui est connu et même au-delà de notre planète pour tester et accélérer la science de la santé bucco-dentaire”, conclut le Dr Patricia Verduin.