Déjà mis en cause dans l’apparition de cancers hormonaux-dépendants (cancer du sein, de l’utérus, de la prostate et des testicules), les perturbateurs endocriniens sont une nouvelle fois dans le viseur…

Selon une étude française parue le 22 juin dans la revue Environmental Health Perspectives, ces substances chimiques qui interfèrent avec le fonctionnement du système endocrinien pourraient, même à faible dose, endommager les dents — en particulier celles des jeunes enfants. « L’originalité de nos travaux est de montrer que les dents aussi sont sensibles à l’environnement. Il s’agit d’un concept relativement récent », a déclaré à Libération Sylvie Babajko, directrice de recherche à l’Inserm et auteure principale de l’article.

Après avoir démontré en 2013 les effets délétères du bisphénol A sur le développement des dents (hypominéralisation des molaires et des incisives), l’équipe de Sylvie Babajko pointe aujourd’hui le DEHP, un perturbateur endocrinien de la famille des phtalates utilisé pour assouplir les plastiques. Bien que fortement réglementé, le DEHP peut encore être retrouvé dans certains contenants alimentaires et dispositifs médicaux utilisés à l’hôpital (poches de sang, matériel de dialyse et de perfusion).

Retards de minéralisation et altérations de l’émail

Pour mener à bien leur étude, les chercheurs de l’Inserm, de l’Université Paris Cité et de Sorbonne Université, ont exposé des dents de souris à des doses de DEHP correspondant au niveau estimé d’exposition environnementale quotidienne d’un enfant (5 microgrammes par kilo / jour) et d’un adulte hospitalisé sous perfusion ou dialyse (50 microgrammes par kilo / jour).

Après douze semaines, les incisives des rongeurs présentaient des lésions dose-dépendantes telles que des « opacités, des égratignures et une dégradation de l’émail ». Les scientifiques ont ensuite observé aux niveaux cellulaire et moléculaire les effets de l’exposition au DEHP. Résultat sans appel une nouvelle fois : retard de minéralisation de l’émail associé à une altération de l’expression des gènes clés dans sa formation, « avec une prévalence et une gravité plus élevées chez les mâles que chez les femelles ».

Pour Sylvie Babajko, ces données doivent être consolidées « mais suggèrent que le DEHP, comme le bisphénol A, pourrait également contribuer aux pathologies hypominéralisantes de l’émail telles que la MIH ».