Il est assez courant de rencontrer des familles de chirurgiens-dentistes : grands-parents, parents, enfants, oncles et tantes, conjoints et conjointes. Il l’est beaucoup moins de rencontrer des “fratries” d’assistante dentaire. On comprend alors pourquoi les frangines Bélot – Stéphanie, l’aînée (45 ans) ; Aurore, la cadette (41 ans) ; et Marie-Élodie, la benjamine (38 ans) toutes trois assistantes dentaires -, piquent la curiosité.

Les « Bélot » sont connues de leurs pairs dans la région, d’autant que Marie-Élodie et Stéphanie administrent la page Facebook “Assistante dentaire Hauts de France”.

Une « notoriété » qui les fait sourire : « lors d’une soirée organisée par un fabricant dans la région, alors que Marie-Élodie nous présentait Aurore et moi, des consœurs se sont exclamées “ah mais c’est vous les sœurs Bélot !”, raconte Stéphanie, amusée. C’est marrant, mais attention, n’allez pas croire que nous sommes des stars », poursuit-elle en riant, convaincue qu’elles ne sont pas les seules sœurs à exercer ce métier dans l’Hexagone.

Un gène de l’assistanat dentaire ?

Cette vocation triplement partagée pour l’assistanat dentaire est d’autant plus curieuse que, dans la famille, personne à part elles n’exerce ou n’a exercé cette profession. Leurs deux frères ont d’ailleurs opté pour une toute autre voie : ils sont (tous les deux !) ingénieurs informatique. Pas d’antécédents familiaux, donc. Mais un terreau indéniablement favorable chez les trois sœurs : toutes avaient un intérêt commun pour les métiers du soin...

et ceux du contact.

Restait à trouver LE métier alliant les deux. Avant d’y parvenir, elles ont beaucoup cherché, expérimenté, sans jamais se décourager. Pour Stéphanie, ce furent des études de maths en vue de devenir prof, en parallèle de boulots alimentaires (surveillante d’externat, restauration), des années dans la restauration, une formation de secrétaire médicale par correspondance.

Pour Aurore : du droit, des concours (sage-femme, infirmière), des emplois à l’usine, dans la restauration. Pour Marie-Élodie : des formations dans le médicosocial, en alternance (négociation immobilière, marketing), un passage en école de notariat, puis un BTS management, de nouveau en alternance, et un court passage dans la pub.

Marie-Elodie Bélot Assistante Dentaire
Marie-Elodie Bélot

Les premiers pas

Aurore est la première à se convertir. Recrutée en 2003 comme secrétaire médicale dans un cabinet dentaire, elle se voit finalement proposer un poste d’assistante dentaire, à l’issue de sa période d’essai. Marie-Élodie est la deuxième à se lancer, en 2008, à la faveur d’une offre sur Pôle Emploi. « Aurore me disait :Fais assistante, moi je m’éclate !, se remémore-t-elle. On sentait que c’était un métier passion, pas de l’alimentaire. »

La contagion aurait pu se limiter aux cadettes. Mais c’était sans compter sur Stéphanie. En 2015, à la quarantaine, considérant qu’elle n’a plus de possibilités d’évolution dans la restauration, elle s’essaye au métier auprès de Marie-Élodie. C’est la révélation : « Je me suis dit : “C’est ce que j’aurais dû faire dès le départ !” ».

Peu importent les contraintes – devoir reprendre des cours, jongler avec les obligations familiales, assurer les rentrées d’argent -, les “Bélot” obtiennent leur diplôme et font leurs premiers pas dans le métier. L’une après l’autre. Et dans trois cabinets différents des Hauts-de-France, car elles n’ont jamais envisagé de travailler ensemble : « Je plaindrais le praticien ! », s’esclaffe Aurore, confessant qu’elle et Marie-Élodie ont un « fort caractère ».

Aurore forme donc un binôme avec un omnipraticien. Marie-Élodie un trinôme avec deux omnipraticiens, après des débuts en binôme avec une orthodontiste. Et Stéphanie un binôme avec un omnipraticien dans une grosse structure (5 praticiens ayant chacun leur assistante dentaire et leur secrétaire).

Aurore Bélot Assistante Dentaire
Aurore Bélot

Une passion croissante

Les trois sœurs accrochent immédiatement. Le métier est varié ?
Tant mieux, « ça égaye le quotidien ». Elles aiment apprendre de nouvelles techniques organisationnelles et cliniques, d’autant que leurs docteurs ont développé des compétences particulières.

Aurore et Marie-Élodie se sont ainsi découvert une appétence pour la chirurgie : la première fois, elles ont toutes deux eu envie « de manger du rôti de bœuf », racontent-elles en riant. Il y a du challenge ? Parfait ! Ce qui a notamment séduit Marie-Elodie, au départ, c’est que « le cabinet étant récent, il y avait tout à faire ! »

Le métier est de plus en plus technique et technologique ? Génial, « cela met un peu de magie », estime Stéphanie. Il y a un côté relationnel ? « C’est épanouissant », jugent-elles. Il faut être débrouillarde ? Pas de problème.

Car leur vocation, c’est de « trouver des solutions », quelle que soit la situation. Lors de son premier jour, Marie-Élodie s’est par exemple muée en pompier, épargnant le cabinet des flammes d’une imprimante en feu. Il ne faut pas rester sur ses acquis ?

Heureusement, font-elles savoir ! Toutes trois sont preneuses d’évolution, à commencer par la benjamine. Marie-Élodie s’est ainsi investie dans l’hypnose, commençant par embarquer l’un de ses praticiens dans une formation commune chez Hypnoteeth, avant de réussir à convaincre le deuxième. Toutes trois militent aussi pour une évolution du statut. Petit à petit, les trois passionnées se sont rendues indispensables. Car pour que le duo fonctionne, elles décrocheraient la lune, comme en atteste le pendentif de Marie-Élodie.

Des mariages professionnels, pour le meilleur…

Si les sœurs ont développé une passion pour l’assistanat dentaire, c’est aussi parce que ça « a matché » avec leurs praticiens respectifs. Leur complicité est avant tout professionnelle : elles sont tombées sur des praticiens acharnés de travail, respectueux, pédagogues, motivés, qui les considèrent.

« C’est ce que j’attends d’un praticien : qu’il voit en moi davantage qu’une assistante dentaire, qu’un troisième bras, qu’il me voit comme une professionnelle de santé », explique Marie-Élodie. Au fur et à mesure, les binômes/trinômes sont rentrés dans une sorte d’osmose professionnelle : « On en arrive à anticiper les pensées de l’autre. Je savais par exemple à quel moment il allait changer de fraise », témoigne Aurore.

On a trouvé nos « maris professionnels », s’accordent-elles à dire, une « deuxième famille ». Mais « pour en arriver là, il faut que de base, il y ait une certaine entente », confie Aurore, car cette complicité professionnelle se nourrit de complicité personnelle. Pour la cadette, l’entente avec son praticien a été immédiate : issue de la même génération (18 mois d’écart), elle a les mêmes références, elle a vu les mêmes films à la télévision, les mêmes dessins animés que lui.

Ils ont aussi partagé des tranches de vie, comme les naissances rapprochées de leurs enfants – deux garçons pour elle, deux filles pour lui. Les années durant, ils ont partagé une certaine intimité : « Il a su des choses sur moi que d’autres ne sauront pas », dit Aurore, la voix teintée d’émotion.

… Comme pour le pire

Qui dit mariage, dit aussi accepter d’affronter les épreuves de la vie “conjugale” : la maladie et le deuil de l’autre. C’est ce qui est arrivé à Aurore et Marie-Élodie. Leurs praticiens, amis dans la vie, et tous deux tout juste quadragénaires, sont décédés de graves maladies.

Le Dr H., le praticien de Marie-Élodie, connu et reconnu au sein de la profession, est parti brutalement en trois semaines, en janvier 2018. Le Dr R., le praticien d’Aurore, a lutté pendant 3 ans contre la maladie, avant d’être emporté en juin 2019. Pour chacune, il a fallu tout d’abord encaisser les mauvaises nouvelles, mais aussi apprendre à fonctionner sans eux, dans un cabinet « plus triste ».

Il leur a fallu, aussi, tordre le cou aux rumeurs : « Ça faisait à peine 15 jours que le Dr R., était malade que j’avais déjà entendu de nombreuses sottises sur son dos, s’indigne Aurore : qu’il avait fait un burn-out, qu’il avait eu un grave accident de voiture, qu’il avait mis la clé sous la porte et était parti vivre au soleil… »

Il leur a fallu aussi faire face aux questions, annoncer a nouvelle. « C’est là qu’on se rend compte que les gens aiment leur dentiste », assure la cadette. Il leur a fallu, enfin, affronter les problèmes de gestion, de financement du cabinet… Quiconque, en l’absence de l’autre, aurait eu tendance à se « laisser mourir ». Mais les sœurs Bélot ont une forte capacité de rebond.

Stéphanie Bélot Assistante Dentaire
Stéphanie Bélot

Se relever des épreuves

Pour Marie-Élodie, le salut est venu de l’hypnose. Après avoir commencé par intervenir ponctuellement chez Hypnoteeth pour faire part de son vécu d’assistante dentaire, la jeune « assistante qui déchire » est devenue une régulière de l’organisme, avant d’accepter, d’un « grand oui », de prendre la gestion administrative en main.

Résultat : en février 2019, après 9 ans au cabinet – dont 1 an de plongée dans l’incertitude -, elle décide d’en partir. « On a tous pleuré, c’était un déchirement, se rappelle-t-elle. Mais il a fallu que je fasse un choix concernant mon avenir. Étant maman célibataire avec deux enfants, rester au cabinet n’était pas faisable. Et puis je voulais continuer le travail entamé à l’organisme de formation.»

Si, pour l’instant, Marie-Élodie a lâché le travail en cabinet, elle ne s’interdit pas d’y retourner. « J’ai besoin d’aller en cabinet dentaire. Je reste assistante dentaire, mais j’envisage de ne reprendre qu’un jour par semaine. » Quant à Aurore, après treize années passées auprès du Dr R., et trois auprès de sa remplaçante, elle a choisi de « changer de crèmerie », conseillée par sa petite sœur.

Depuis septembre 2019, elle a trouvé un nouveau souffle auprès de trois jeunes praticiens. « Je me sens un peu vieille, car ils ont la trentaine. Mais ça ne me gêne pas, car l’ambiance est bonne. J’espère passer ici mes 20 prochaines années. »

Jamais, elle n’a pensé abandonner l’assistanat dentaire : « C’est un métier que j’adore, j’aurais du mal à me projeter dans une autre branche ! » Nul doute que, lors des prochains repas de famille chez les Bélot, ça continuera à parler dentaire. Surtout si Grégory, le petit cousin chirurgien-dentiste, se joint à la fête.

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