« Je vais tout plaquer pour devenir éleveur de chèvres dans le Larzac »

Nous sommes habitués à ce que des personnes de notre entourage nous fassent part de cette drôle de formule, sans forcément y prêter une attention particulière. Sauf que le premier confinement est passé par là, et que les simples remises en question ou projets illusoires ont commencé à prendre un tournant plutôt concret pour certain(e)s.
Ces personnes n’envisagent plus leur emploi de la même façon et vont même jusqu’à s’interroger sur son utilité. Ces manifestations de démotivation, tout comme une perte d’énergie progressive, ne sont pas toujours les signes avant-coureurs d’un manque d’intérêt ou d’une dépression. Le « brown-out » se caractérise par une diminution soudaine de l’envie de s’investir dans son travail. Contrairement au « burn-out », le « brown-out » donne le sentiment que les tâches du quotidien n’ont plus de sens. Cela peut mettre un peu de temps à se traduire dans les faits. On ressent une forme « d’apathie », une diminution de la motivation et, progressivement, une indifférence à ressentir des émotions. Elle est souvent confondue, à tort, avec la paresse ou la déprime. Or, nous sommes aujourd’hui à un moment où les assistantes dentaires (comme n’importe quel salariés) sont en recherche effrénée de sens. Les moments de définition « du sens du travail de l’assistante » sont l’occasion d’accomplir un acte collectif et de souder les rapports humains. Pourquoi mettre de côté nos émotions, puisque cela fait tant défaut dans le monde professionnel ?

Quelle place accordons-nous aux fatigues psychologiques et à l’épuisement physique au cabinet dentaire ?

Au retour du confinement, nous avons découvert de nouvelles procédures à mettre en place, des actes reportés dans des plannings déjà bien remplis… L’écoute des patients est devenue plus difficile. Il nous faut recevoir sans décevoir. Assumer des gestes supplémentaires en assurant une asepsie parfaite, le sourire masqué par nos équipements de protection… Faire et refaire les mêmes gestes, 10, 20, 30 fois par jour avec autant de rigueur et de sérieux à chaque fois.

Le « brown-out » au cabinet dentaire donne le sentiment que les tâches du quotidien n’ont plus de sens.

Il est temps de repenser le « contrat social » créé au sein de nos structures dentaires entre le manager-leader et les assistantes. Identifier les problèmes avant qu’ils ne débouchent sur une crise d’équipe… En donnant par exemple plus d’autonomie, pour impliquer davantage, et responsabiliser… Les assistantes dentaires ont besoin de se sentir utiles, reconnues dans leur rôle de soignant(e)s. Un désir toujours lié à l’« avoir » et au « faire » ; un besoin lié à l’« être ».

Le « faire »et l’«être » rappelle l’importance de se réaliser à travers l’acte professionnel pour s’épanouir dans sa vie personnelle. Ils passent par une certaine gratitude obtenue pour une tâche bien effectuée. Je dirai aussi aux assistantes dentaires d’oser « avoir » : une personnalité, une « couleur » à votre organisation de cabinet, et une culture d’empathie collective qui finira par épandre cette émulsion tant recherchée dans le monde professionnel. Les collègues et les patients vont oublier ce que vous avez dit, chacun oubliera ce que vous avez fait, mais aucun n’oubliera comment ils se sont sentis en votre présence…
Activez le plaisir de se retrouver, suscitez l’enthousiasme d’être ensemble et impulsez un désir d’enrichissement chez vos collaboratrices !


L’auteur

Marilyn Michel

Marilyn Michel, Assistante dentaire qualifiée.
Fondatrice du blog Club Assistante dentaire. Formatrice UFSBD et conférencière SOP.