Affublés depuis presque 40 ans d’un masque chirurgical, ils se pensaient efficacement protégés de tous les miasmes voltigeant dans l’environnement de soins. Personne n’est venu les contredire, alors que le taux de fuite d’un masque est de 20 % et que l’efficacité de sa filtration n’est évaluée que dans le sens de l’expiration du porteur.

Un coronavirus des plus vicieux sera venu remettre (heureusement ?) les pendules à l’heure. Dans des conditions très dégradées d’approvisionnement en dispositifs de protection, la reconnaissance des actes dentaires comme producteurs d’aérosols (liste AGP *) se sera faite à marche forcée auprès des autorités ministérielles. On peut dire que l’usage de l’APR ** FFP2 s’est imposé in extremis pour les chirurgiens-dentistes, les protégeant ainsi valablement contre les risques d’inhalation d’agents infectieux en période pandémique (communiqué de presse d’Olivier Véran du 16 mars 2020). Le FFP2 deviendra-t-il pour autant la norme pour l’avenir ?

Si on interroge les chirurgiens-dentistes et leurs personnels sur le confort du FFP2, on est frappé par l’unanimité de leurs réponses. Alors que, dans le cadre des mesures de déconfinement, l’efficience hygiénique et aseptique (et économique…) dicte des séances de soins plus longues, les praticiens en ressortent totalement essoufflés et ruisselant de sueur. On décrit même des malaises pour certains d’entre eux (retours d’enquête de l’Union Dentaire). Le confinement derrière un FFP2 n’est donc pas une partie de plaisir ! Cette importante augmentation de l’inconfort d’exercice est sans doute le prix à payer pour une meilleure sécurité du soignant et de son personnel au fauteuil (herméticité avec taux de fuite de seulement 8 %). Mais jusqu’où faire durer le supplice ?…

Un exercice prolongé dans ces conditions d’apnée ne pourra que détériorer la santé cardio-respiratoire de toute une profession. Il faut d’ores et déjà s’en préoccuper en prodiguant quelques conseils essentiels aux chirurgiens-dentistes (exercices de relaxation respiratoire à la faveur de la pause de 15 min entre chaque patient, activités sportives de plein air…). Au-delà du surcoût engendré par une consommation augmentée d’EPI *** et de l’inflation de leurs prix, les représentants syndicaux doivent également dénoncer une pénibilité aggravée. Conscients des réalités de terrain dans toutes leurs dimensions, les experts en charge de la qualité-sécurité des soins réfléchissent déjà aux meilleurs remparts de protection quand la situation reviendra à la « normale ».

D’ici là et plus que jamais il nous faut aérer autant les locaux que nos poumons et nos esprits ! Prenez soin de vous !

* Aerosol generating procedures.

** Appareil de protection respiratoire.

*** Équipement de protection individuelle.