Les patients sont demandeurs

Depuis les années quatre-vingt, l’implantologie s’est considéra­blement développée dans les pays occidentaux, mais la France restait à la traîne. « Les Espagnols, les Italiens n’hésitent pas à demander des implants, les Français ont longtemps été plus réticents« , constate le Dr Patrice Margossian, implantologue à Marseille. À quoi cela tient? Sans doute à plusieurs facteurs à la peur de la chirurgie, au coût élevé et tout simplement au fait qu’on ne leur proposait pas. Mais les temps ont changé … La perspective de chausser un dentier chaque matin et de le mettre à tremper chaque soir dans un verre à dent, sur le bord du lavabo, en effraie plus d’un. Les Français refusent de se voir édentés dans le miroir, ils ont envie de pouvoir sourire à tout moment mais aussi de croquer dans une pomme et de manger de la viande.

Le meilleur traitement

Poser un implant, c’est donc la solution la plus moderne et la plus satisfaisante pour remplacer une dent quand sa racine est absente ou a été extraite, afin de pouvoir ensuite fixer dessus une coiffe. Le patient retrouve une dentition robuste et durable, une efficacité masticatoire et parfois même une amélioration de l’élocution. La pose d’un implant permet de préserver le capital osseux, l’os qui avait fondu à la perte de la dent retrouve une stabilité. Ce traitement détrône les fameux dentiers ou prothèses amovibles de nos anciens, qui n’apportent pas le même confort en termes de sensation en bouche, de mastication et d’esthétique.

Quant à la pose de bridge, elle reste l’alternative qui a l’avantage d’être remboursée mais l’inconvénient d’abîmer les dents voisines sur lesquelles il repose. Résultat: vous êtes aujourd’hui un dentiste sur trois à poser des implants, à raison d’une centaine par an. Et vous êtes nombreux à avoir un exercice exclusif en implantologie, tant la demande est importante. C’est le cas du Docteur Thomas Séris qui, après avoir travaillé dix ans à l’étranger, en particulier en Angleterre, s’est installé à La Rochelle. « Dans notre cabinet, dit-il, nous observons une croissance de 5 à 10 % du nombre d’implants posés par an. »

Le coût n’est pas un obstacle

Force est de constater que les patients acceptent de mettre la main au porte-monnaie pour bénéficier d’un implant, considéré comme un soin hors nomenclature. Ils estiment que ce type de traitement en vaut la peine. « Nous essayons de proposer des implants au même prix que le bridge, témoigne le Dr Fabrice Evrard, omnipraticien à Martigues (Bouches-du-Rhône). Ainsi, les patients peuvent présenter des devis identiques aux mutuelles, et elles sont de plus en plus nombreuses à prendre en charge une partie du coût. »

Vous n’avez pas besoin de qualification spécifique

Tout chirurgien-dentiste peut développer cette activité. Il y a bien la spécialité de chirurgie orale (trois ans d’études) qui donne une expertise mais le nombre de places réservées à cet internat à l’université n’excède pas quelques dizaines par an. C’est le parcours du Dr Séris qui a poursuivi ses études à l’étranger, en Suède et aux USA et obtenu de surcroît un master de l’université de Francfort puis plus tard un diplôme universitaire de chirurgie maxillo-faciale à Paris. Mais le par­cours le plus classique reste la formation continue.

Pratiquer l’implantologie demande de l’organisation et le respect de normes de sécurité, d’hygiène et de stérilisation draconiennes

De multiples possibilités pour la formation à l’implantologie

L’implantologie a le vent en poupe. Résultat: l’offre de forma­tion à l’implantologie est pléthorique, de la part des universités, des fabricants de matériel ou de chirurgiens-dentistes de terrain devenus experts. Avant de faire votre choix, disséquez les programmes de formation à l’implantologie, activez votre réseau pour recueillir des avis, veil­lez à ce que la formation à l’implantologie proposée ne soit pas que théorique ! En effet, en tant que chirurgien-dentiste, vous pouvez vous au­toproclamer implantologue, personne ne viendra vous deman­der de présenter un diplôme ou une attestation de formation à l’implantologie , sauf peut-être le jour où vous serez confronté à une plainte d’un patient ! « La formation dans le domaine chirurgical et prothétique post-universitaire est fortement recommandée pour être en mesure de dispenser les meilleurs soins pos­sible à nos patients« , estime le Dr Patrice Margossian.

Après avoir enseigné plusieurs années à l’université de Marseille en tant que maître de conférences, celui-ci propose aujourd’hui un programme de formation à l’implantologie à ses confrères et a aménagé 100 m2 de son cabinet pour cela. « Le cursus de base consiste en quatre fois deux jours, les praticiens s’exercent sur des modèles en plastique ou des têtes animales. Il s’ensuit une période d’accompagnement, ils viennent avec leurs patients poser leurs premiers implants. Je propose aussi des cursus plus spécialisés, des master class sur la greffe osseuse, la chirurgie muco-gingivale ou la prothèse numérique. »

Le Dr Paul Mattout, parodontiste exclusif, qui organise – éga­lement à Marseille – un cycle de quatre séminaires, insiste sur la nécessité impérative de se former à la parodontologie en même temps qu’à l’implantologie, « pour proposer des implants durables et efficaces, il est impératif de prendre en compte l’état des tissus de soutien de la dent et de maîtri­ser les techniques reconstructives en chirurgie parodontale et péri-implantaire« .

Le Dr Evrard a ainsi suivi une formation à l’implantologie auprès du Dr Mattout, à raison de trois jours tous les trois mois pendant deux ans : « Poser un implant, c’est de la chirurgie, on anesthésie, on décolle la gencive, on incise, on implante, on fait des points. Ça impressionne mais ce n’est pas si compliqué, c’est moins difficile que d’extraire une molaire inférieure qui présente deux racines et cinq canaux à désinfecter. Une fois que le geste est acquis, cela se fait en un quart d’heure. »

Adapter son cabinet pour pratiquer l’implantologie

Pratiquer l’implantologie vous demandera une certaine organisation pour respecter des normes de sécurité, d’hygiène et de stérilisation draconiennes… et c’est tout à fait réalisable. La particularité d’un cabinet dentaire, en médecine libérale, est justement d’être un mini-bloc opératoire ! Si vous êtes omnipraticien, vous pouvez consacrer un temps hebdomadaire à l’implantologie. « Au début, raconte le Dr Evrard, je réservais une demi-journée par semaine à cette activité mais, depuis l’agrandissement du cabinet, j’ai une salle dédiée à l’implantologie. »

Vous aimez le travail en réseau

Pour les omnipraticiens, pratiquer l’implantologie, c’est ajouter une corde à son arc et répondre aux besoins des patients. À une époque où les praticiens créent des cabinets collectifs, proposer sur place une palette de compétences peut être judicieux. C’est le cas du Dr Christelle André-Mosca, installée à Allauch, collaboratrice du Dr Olivier Laurent qui affiche plusieurs domaines d’expertise dont l’implantologie.
« Je suis jeune collaboratrice et je ne pratique pas encore l’implantologie, mais je compte bien me former, souligne-t-elle. Je constate que c’est un plus pour l’omnipraticien. Certaines personnes, notamment âgées, rechignent à prendre rendez-vous dans un autre cabinet, elles trouvent cela compliqué et craignent aussi l’acte chirurgical. Il ne faut pas oublier que les soins dentaires restent angoissants et le fait de devoir créer un lien de confiance avec un nouveau praticien les décourage. »

Si l’implantologie peut booster votre carrière, sans doute faut-il raison garder et ne pas foncer tête baissée.

Avoir ou faire partie d’un réseau de correspondance

Que vous soyez omnipraticien ou que vous pratiquiez l’implantologie exclusive, il est important de travailler à plusieurs ou en réseau pour se former et pour s’adresser des patients. Avec les avancées de la médecine et des technologies, on peut faire des merveilles en implantologie, redonner le sourire à des personnes édentées malgré un contexte compliqué en bouche. La mise en place d’un implant ne constitue qu’une étape du traitement. « Je ne fais que ce que je maîtrise, fait remarquer le Dr Evrard, s’il y a besoin de greffe osseuse ou de reprise, je renvoie vers un confrère expert. » Le Dr Séris qui exerce l’implantologie de façon exclusive confirme : « La chirurgie pré-implantaire ne s’improvise pas, les omnipraticiens devraient traiter les cas simples et nous adresser les patients dès que la situation est délicate. Ceux qui jouent aux cow-boys s’en mordent les doigts après. » Si l’implantologie peut booster votre carrière, sans doute faut-il raison garder et ne pas foncer tête baissée en pensant que c’est la poule aux œufs d’or. « Un implant ce n’est pas une vis qu’on enfonce dans un bout de bois ! contenue en souriant le Dr Séris. Il faut savoir faire un diagnostic pré-implantatoire et, le cas-échéant, gérer l’échec, qui survient dans 2 à 6% des cas. Cette capacité à trouver une solution quand l’implant ne s’est pas ostéointégré, c’est cela qui fait la différence sur le plan professionnel, on retire, on restaure, on recommence. »