Déterminer le pronostic des dents est un défi quotidien et la décision d’extraire est souvent délicate. L’extraction dentaire entraîne systématiquement une résorption osseuse qu’il est opportun d’anticiper, en particulier si un traitement implantaire est choisi. La reconstruction des volumes osseux perdus peut s’avérer alors complexe, chronophage et onéreuse. Une stratégie différente peut alors être choisie : la préservation alvéolaire. Il s’agit d’une approche préventive intéressante permettant de compenser les effets du remaniement osseux post-extractionnel et de grandement faciliter les procédures thérapeutiques en évitant le recours à des thérapeutiques régénératrices plus invasives et diminuant ainsi la morbidité postopératoire. Cet article décrit une technique de préservation alvéolaire modifiée simple, fiable et reproductible, basée sur l’utilisation d’une allogreffe particulaire (Biobank) mélangée à un concentré plaquettaire autologue : le plasma riche en facteurs de croissance (PRGF).

I. De la conservation à la décision d’extraction

Il est souvent utile de se rappeler que 70 % des dents sont extraites pour raison parodontales. Cliniquement, l’accessibilité des surfaces radiculaires à une décontamination efficace par abord non chirurgical ou chirurgical est un élément déterminant de la possibilité de conservation des dents (Fig.1).

Fig.1 : Régénération parodontale sur la 46 présentant un sondage à 12 mm et un défaut angulaire distal important. Après un premier traitement non chirurgical en 2018, le site a été régénéré en 2019 à l’aide de dérivés de la matrice amélaire (Emdogain) associés à de l’os autogène.

En cas de non-réponse au traitement parodontal ou de progression des lésions, le pronostic est réévalué et la décision d’extraction pourra être prise de manière pragmatique si le pronostic de conservation est mauvais (Popelut 2011). Il est cependant capital d’anticiper le phénomène de résorption osseuse post-extractionnelle systématique, à la fois dans le sens horizontal et vertical, pour faciliter la pose d’implants en limitant au maximum le recours à des techniques de reconstruction osseuse pré ou per-implantaire complexes (Fig.2).

Les techniques de préservation alvéolaire, en particulier le protocole décrit dans cet article (allogreffe + PRGF), peuvent permettre de répondre de façon simple et reproductible à cet objectif.

Fig.2 : Options thérapeutiques de régénération osseuse (de gauche à droite) : a) régénération osseuse guidée avec membrane résorbable. b)  » sausage technique  » de Urban. c) régénération osseuse guidée avec membrane non résorbable armée titane. d) sinus lift par voie latérale.

II. Remodelage alvéolaire post-extractionnel et préservation alvéolaire

La cicatrisation des alvéoles après extraction comprend une cascade d’événements biologiques largement documentés dans la littérature (Araujo 2005). Ces événements biologiques sont à la fois médiés par (i) une réponse inflammatoire locale résultant de l’extraction et (ii) l’absence de stimulation du parodonte par la mastication, qui provoquent une altération de l’homéostasie tissulaire et aboutit à une résorption de l’os alvéolaire et une invagination partielle des tissus muqueux dans les premières semaines après l’extraction dentaire. L’étendue et l’ampleur du remodelage osseux peuvent varier en fonction de facteurs locaux et systémiques individuels, mais il se traduit généralement par une réduction des dimensions horizontale et verticale de la crête alvéolaire, affectant principalement le versant vestibulaire (Van der Weijden 2009). La crête alvéolaire peut subir une résorption horizontale moyenne de 50 % au cours des 12 mois suivant l’extraction d’une seule dent (Schropp 2003), et jusqu’à 20 % dans le sens vertical (Hämmerle 2012).

Afin d’atténuer la résorption post-extractionnelle, différentes thérapies interceptives ont été proposées : les protocoles d’extraction partielle « Socket Shield » (Hurzeler 2017), l’extrusion orthodontique forcée ainsi que les techniques de préservation alvéolaire. Concernant cette dernière technique, les résultats obtenus varient en fonction de l’approche chirurgicale (extraction avec ou sans élévation d’un lambeau), du type de matériau de comblement de l’alvéole (greffe autogène, allogénique, xénogénique ou alloplastique) et de l’utilisation ou non d’une membrane. Les biomatériaux à résorption lente d’origine bovine apparaissent efficaces pour maintenir le volume de la crête en 3D (Cardaropoli 2006) (Fig.3).

Dans les régions postérieures du maxillaire, l’extraction des molaires peut accentuer la pneumatisation du sinus maxillaire en plus du remodelage horizontal et vertical de la crête alvéolaire. Dans ce cas, il est parfois nécessaire de combiner la pose de...

l’implant à une technique d’élévation sinusienne, qui augmente la morbidité de la procédure.

Fig.3 Conservation du volume osseux par la technique de la préservation alvéolaire, en particulier dans sa dimension horizontale malgré une corticale vestibulaire très fine.

Les techniques de préservation alvéolaire au contraire peuvent permettre de maintenir cette dimension verticale de l’alvéole et éviter un comblement sous-sinusien (Rasperini 2010) (Fig.4).

Fig.4 : Conservation de la dimension osseuse vertical sous-sinusienne grâce à la technique de la préservation alvéolaire.

Une revue systématique récente montre que la préservation alvéolaire donne systématiquement des résultats plus favorables en termes de préservation osseuse horizontale et verticale par rapport à l’extraction seule (Avila-Ortiz 2019). À l’inverse, en l’absence de préservation alvéolaire, il est souvent nécessaire de recourir à des greffes osseuses lors de la pose d’implant (Barone 2013).

Malgré ces données probantes, la préservation alvéolaire ne fait pas consensus. Le temps de cicatrisation long et le manque de fiabilité de la qualité osseuse obtenue font partie des critiques courantes. La question du choix du matériau pour la fermeture du site se pose également.

Les options classiques sont l’utilisation d’une simple éponge collagénique ou d’un greffon épithélio-conjonctif prélevé à l’aide d’un bistouri circulaire (punch) dont la morbidité postopératoire n’est pas toujours négligeable (Fig.5). Les concentrés plaquettaires, sous la forme de PRF, PRP ou PGRF peuvent représenter une alternative simple et hautement performante à ces solutions.

Fig.5 : Exemple de fermeture des sites d’extraction par un punch épithélio-conjonctif recouvrant une préservation alvéolaire à l’aide d’une allogreffe (BioBank).

III. Rationnel biologique de l’utilisation de la fibrine autologue

L’objectif des concentrés plaquettaires est d’optimiser les processus de cicatrisation en (i) potentialisant la néo-angiogénèse in-situ, (ii) favorisant la prolifération et la migration cellulaire, et (iii) en exploitant les propriétés anti-inflammatoires et antibactériennes du plasma riche en plaquettes. Ces trois effets permettent d’obtenir de manière reproductible une régénération osseuse dans l’alvéole post-extractionelle (Anitua 2011).

1 – Les plaquettes et néo-angiogénèse

Au cours du processus cicatriciel, la revascularisation rapide du site est un élément déterminant de la régénération tissulaire. Les plaquettes, par les facteurs de croissance qu’elles libèrent, jouent un rôle majeur dans la néo-angiogénèse de par leur proximité et leur interaction avec les cellules endothéliales. Par analogie, le protocole de fabrication du PRGF comprend une étape d’activation par le chlorure de calcium pour permettre la libération de l’ensemble des facteurs de croissance sur le site. On observe alors une potentialisation de la néoangiogénèse par concentration in situ des facteurs angiogéniques contenus dans les plaquettes (Anitua 1999).

2 – Prolifération et migration cellulaires

En plus du relargage des facteurs angiogéniques, l’activation des plaquettes entraîne la libération de lipides bioactifs ayant un rôle très actif dans la régulation mitotique. Des effets positifs du PRGF sur l’accélération de la migration cellulaire ont été observés in vitro (Anitua 2011), ainsi que sur la survie, la prolifération, le retard de la sénescence et de l’autophagocytose de cellules souches adipeuses et mésenchymateuses (Melado Lopez 2017).

3 – Effet antibactérien et anti-inflammatoire

Les plaquettes contiennent un ensemble de protéines antibactériennes appelées thrombocidines appartenant à la famille des défensines qui ont la propriété de se lier aux membranes bactériennes et de les altérer. Les thrombocidines 1 et 2 sont létales pour une grande variété d’espèces bactériennes comme Bacillus subtilis, Escherichia Coli, Staphylococcus aureus, Lactococcus lactis et même certains champignons tels que Cryptococcus neoformans (Anitua et coll 2012). Par ailleurs, la cicatrisation est un processus très complexe qui fait entrer en jeu de nombreuses cytokines et autres médiateurs de l’inflammation. Certains d’entre eux pourraient être inhibés par la présence de certaines molécules libérées au cours de l’activation plaquettaire. Le plasma riche en facteurs de croissance aurait effectivement une activité anti-inflammatoire par le biais du facteur HGF (Hepatocyte Growth Factor) présents en quantité significative dans le PRGF.

4 – Élimination de la phase leucocytaire

Une des caractéristiques essentielles du fractionnement du prélèvement selon le procédé PRGF qui le distingue d’autres protocoles de centrifugation est de permettre d’isoler et par conséquent d’éliminer la phase leucocytaire (buffy coat). En effet, dans les phases initiales de la cicatrisation, l’inflammation locale favorise le recrutement des cellules leucocytaires mais dans un deuxième temps l’adhérence des leucocytes à l’endothélium vasculaire entretient cette inflammation. L’absence de phase leucocytaire dans le PRGF pourrait limiter ainsi considérablement la réaction inflammatoire locale à proximité de la lésion osseuse à régénérer (Anitua 2012).

IV. L’usage des concentrés plaquettaires dans les alvéoles d’extraction

Le comblement de l’alvéole post-extractionnelle à l’aide de concentrés plaquettaires a un objectif double : stimuler la régénération des tissus mous et du tissu osseux et améliorer la qualité de vie des patients en réduisant la morbidité postopératoire. Selon les procédés de fabrication, il existe plusieurs types de concentrés plaquettaires : le PRP, le PRF, et le PRGF. Tous diffèrent au niveau du temps, de la vitesse de centrifugation ainsi que des additifs éventuels (anticoagulant et activateur). Les études cliniques randomisées ont montré que ces trois types de concentrés plaquettaires permettaient de réduire significativement les douleurs et œdèmes postopératoires, d’accélérer la qualité et la vitesse de cicatrisation des tissus mous, d’accélérer la formation osseuse au sein des alvéoles avec une meilleure densité osseuse, et de réduire les complications post-extactionnelles (Del Fabbro 2017). Dans cet article nous décrivons uniquement l’utilisation du PRGF systématiquement associé à un substitut osseux allogénique particulaire (BioBank) pour la préservation des alvéoles d’extraction.

1 – Protocole PRGF-Endoret

Le principe de fabrication de la fibrine autologue est basé sur le fractionnement du sang en plusieurs phases après centrifugation. En fonction de leur poids moléculaire respectifs, les différents éléments du prélèvement se séparent en couches distinctes et successives. Le protocole débute par le prélèvement de quatre à huit tubes de sang contenant un anticoagulant (citrate sodique) (Fig.6).

Fig.6 : Kit complet PRGF-Endoret comprenant une aiguille de prise de sang, 4 tubes bleus de prélèvement, un plasma transfer device, 2 tubes blancs sous vides, une solution de CaCl2 avec sa pipette de dosage.

Le prélèvement est ensuite immédiatement centrifugé de façon automatisée (580 G pendant 8 minutes à température ambiante) pour permettre le fractionnement du sang en différentes phases (Fig.7).

Au fond du tube, la « phase rouge » contenant les éléments de haut poids moléculaires : les érythrocytes.

Juste au-dessus la « phase blanche » ou buffy coat contenant les leucocytes.

Au-dessus de la phase leucocytaire, la « phase jaune » de PRGF proprement dit, elle-même divisée en deux fractions :

> F1 qui est la fraction de surface composée du plasma riche en fibrinogène avec une concentration de plaquettes équivalente à celle trouvée dans le sang total. Sa quantité varie en fonction de l’hématocrite du patient.

> F2 qui est la fraction située entre la phase leucocytaire et la fraction F1. Elle présente une concentration plaquettaire 2 à 3 fois supérieure à celle du sang total. Cette fraction F2, une fois activée par le calcium, permet de délivrer sur le site l’ensemble des facteurs plaquettaires favorables à la cicatrisation.

Fig.7 : Fractionnement du sang en plusieurs phases après centrifugation selon le protocole PRGF-Endoret. Les fractions F1 et F2 représentent le plasma riche en facteurs de croissance.

Les fractions F1 et F2 sont prélevées des tubes à l’aide d’une pipette (Plasma Transfer Device) et recueillies séparément dans un tube sous vide. L’étape suivante consiste à activer les plaquettes contenues dans le PRGF et lancer le processus de coagulation. Pour cela, le PRGF Activator (Chlorure de Calcium – CaCl2) est injecté dans les tubes (la quantité de chlorure de calcium dépend du volume des fractions F1 et F2 obtenu). Concernant la fraction F2, il est nécessaire d’y ajouter le biomatériau, ici un substitut osseux allogénique (BioBank) pour obtenir une mixture gélatineuse (jelly bone) qui servira au comblement de l’alvéole. Les fractions F1 et F2+Biobank (jelly bone) activées sont ensuite placées dans un four spécifique à une température constante de 37°C (PlasmaTherm), pendant au moins 20 minutes pour la fraction F1 et 10 minutes pour la fraction F2. Cette étape permet donc d’obtenir une membrane de fibrine épaisse et le « jelly bone » (Fig.8).

Fig.8 : Obtention des fractions activées F1 et F2+Biobank dit  » jelly bone « .

Lors de l’extraction, et afin de préserver au maximum l’intégrité des tables osseuses, une attention particulière est apportée afin d’être le plus atraumatique possible. Le recours à la séparation radiculaire, l’utilisation de périotomes, ou de la piézochirurgie permettent de parvenir à cet objectif. L’alvéole est soigneusement curetée et le tissu de granulation éventuel totalement éliminé. Le jelly bone (F2 activé + substitut osseux allogénique) est fractionné à l’aide d’une paire de ciseaux en de petits morceaux délicatement introduits et foulés dans l’alvéole. Le comblement de l’alvéole s’arrête à environ 2 mm du rebord gingival. Le matériau de comblement est alors protégé par la « membrane de fibrine » obtenue à partir de la fraction F1. Celle-ci est découpée en petits morceaux aplatis au fur et à mesure au sommet de l’alvéole. Enfin, une suture continue permet de stabiliser la fraction F1 (Fig.9).

Fig.9 : Étapes cliniques de préservation alvéolaire modifiée d’une molaire mandibulaire. La dent est extraite, puis l’alvéole est comblée avec la fraction  » jelly bone  » F2 + Biobank. L’ensemble est recouvert par la fraction F1 de fibrine. Des points de sutures immobilisent la fraction F1.

Le patient est revu à 15 jours postopératoires pour le contrôle du site et la dépose des points de suture puis à 4 mois pour un contrôle radiographique (cone beam) et de la maturation des tissus mous. La planification implantaire est alors réalisée et le rendez-vous implantaire positionné.

2 – Étude de cas

Les cas cliniques suivant illustrent cette technique de préservation alvéolaire modifiée. Les patients ont systématiquement bénéficié d’un examen cone beam pré-implantaire réalisé 4 mois après la procédure de préservation alvéolaire.

Cas n°1: molaire mandibulaire

Une patiente de 51 ans, en bonne santé générale et non-fumeuse, consulte en urgence pour une douleur et tuméfaction en regard de la 46. Au sondage, nous relevons une poche profonde de 12 mm au niveau de la racine distale présentant un screw post. L’examen CBCT révèle une lésion endo-parodontale avec une suspicion de fracture radiculaire verticale. Le pronostic de conservation est mauvais, l’indication d’extraction est posée. La radiographie met aussi en évidence la grande finesse de la corticale vestibulaire (Fig.10) qui nous amène à poser l’indication d’une technique de préservation alvéolaire modifiée pour éviter une reconstruction pré ou per implantaire plus complexe avec une morbidité élevée.

Fig.10 : Situation radiologique initiale révélant une perte osseuse péri-radiculaire importante associée à une très grande finesse de la corticale vestibulaire.

Quatre tubes de sang sont prélevés, centrifugés et associé à 0,5 CC de BioBank. La dent est extraite après séparation radiculaire et le tissu de granulation est méticuleusement retiré de l’alvéole. Le matériau « jelly bone » est introduit par petits apports successifs sans pression excessive. Le site est recouvert par la membrane de fibrine F1 obtenue. Cette dernière est stabilisée par une suture continue.

À 15 jours, à la dépose des points de suture, la fermeture de l’alvéole est encore partielle ce qui est normal à ce stade (Fig.9). La patiente est revue en contrôle pré-implantaire à 4 mois. À l’examen radiologique (CBCT), nous constatons une bonne préservation du volume osseux permettant la mise en place d’un implant de diamètre standard sans régénération osseuse (Fig.11).

Fig.11 : Conservation quasi  » ad integrum  » de la dimension horizontale du volume osseux grâce à la préservation alvéolaire modifiée.

Nous observons une perte osseuse horizontale de 2 mm, vraisemblablement liée à la résorption physiologique de la corticale vestibulaire très fine au départ. Cliniquement, les tissus mous ne présentent aucune déhiscence ou concavité. Un implant Nobel Biocare Parallel CC 4,3 x 10 mm est placé à 35 Newton, associé à un pilier de cicatrisation large de 6 de diamètre et 5 mm de hauteur (Fig.12). Lors du forage, l’os est de très bonne densité et aucun sous-forage n’est nécessaire. Un saignement du site de forage est également observé, qui pourrait indiquer la vitalité du tissu osseux néoformé. Lors du contrôle implantaire à 2 mois, l’aspect et la quantité des tissus mous au niveau du profil d’émergence implantaire sont très favorables (Fig.12).

Fig.12 : Étapes cliniques de la pose de l’implant sur site régénéré. Nous observons une conservation des volumes des tissus durs et des tissus mous.

Les enseignements à tirer de ce cas

La technique de préservation alvéolaire utilisée a permis de compenser la quasi-totalité de la résorption post-extractionnelle et, par conséquent, de simplifier la gestion d’un cas potentiellement complexe. Si une approche plus « conventionnelle » avait été retenue, la reconstruction osseuse du site aurait a minima nécessité une régénération osseuse per-implantaire plus complexe à réaliser (dans notre pratique, probablement une « sausage technique » décrite par Urban) et dont la morbidité est plus importante. Cette solution aurait également nécessité d’avantage de matériel (membrane, systèmes de fixation, greffes osseuse et/ou matériau de substitution) augmentant le coût du traitement.

Cas n°2 : molaire mandibulaire

Une patiente de 48 ans en bonne santé générale et non fumeuse consulte pour sa molaire 36 présentant deux volumineuses lésions apicales (Fig.13).

L’extraction/implantation immédiate semble délicate et notre choix s’oriente vers une préservation alvéolaire modifiée. La dent est extraite après séparation radiculaire, l’alvéole méticuleusement curetée et comblée avec le jelly bone, puis recouverte par la membrane de fibrine F1 (Fig.14).

Fig.13 : Situation radiologique initiale exposant les conséquences osseuses des lésions endodotiques et endoparodontales, avec une corticale vestibulaire fine.

Fig.14 : Étapes cliniques de préservation alvéolaire modifiée d’une molaire mandibulaire.

À 4 mois, un implant Nobel Biocare Parallel CC de 4,3 x 10 mm est placé avec un torque de 35 Newton. Un pilier de cicatrisation de 6 x 5 mm est positionné (Fig.15). Nous constatons à 3 mois l’absence de concavité vestibulaire des tissus mous et un beau profil d’émergence nous permettant de réaliser la couronne céramo-céramique transvissée.

Fig.15 : Pose de l’implant en site régénéré, cicatrisation des tissus mous à 3 mois et mise en place d’une couronne transvissée.

Cas n°3 : molaire maxillaire

Une patiente de 38 ans en bonne santé générale et non-fumeuse consulte pour le remplacement de sa molaire 26 extraite 3 semaines auparavant. L’examen CBCT initial révèle une hauteur osseuse sous-sinusienne réduite (7,18 mm) associée à une perte partielle de la corticale palatine sur la moitié de sa hauteur (Fig.16).

Fig.16 : Situation radiologique initiale avec une hauteur osseuse sous-sinusienne réduite et une perte partielle de la corticale palatine.

Compte tenu de l’extraction très récente, nous posons l’indication d’une préservation/régénération du site afin d’optimiser le volume osseux. Le protocole utilisé est identique aux cas précédents et l’intervention est réalisée 3 semaines après la consultation.

Le comblement est réalisé au maximum de la hauteur des pics osseux en mésial et en distal. Une membrane de fibrine est placée et entièrement recouverte par le lambeau de pleine épaisseur (Fig.17).

Fig.17 : Étapes cliniques de préservation alvéolaire modifiée d’une molaire maxillaire et reconstitution du pan osseux palatin.

À 4 mois postopératoires, l’examen CBCT révèle une préservation des volumes osseux très satisfaisante et même un gain vertical de 2 mm (Fig.18).

Fig.18 : Conservation des dimensions horizontale et verticale sous-sinusienne grâce à la préservation alvéolaire modifiée.

Un implant Nobel Biocare Parallel CC 4,3 x 8,5 mm est placé avec un pilier de cicatrisation large de 6 de diamètre et 5 mm de hauteur. Comme dans le cas précédent, la quantité et la qualité des tissus durs et mous apparaissent optimales (Fig.19).

Fig.19 : Pose de l’implant en site régénéré et cicatrisation des tissus mous à 3 mois.

Les enseignements à tirer de ce cas

Ce cas illustre la mise en œuvre de la préservation alvéolaire à distance de l’extraction mais dans un délai court. La procédure a permis ici de restaurer une paroi osseuse palatine et d’augmenter la hauteur osseuse sous- sinusienne sans recourir à des techniques plus invasives et plus complexes.

Cas n°4 : incisive centrale maxillaire

Un patient de 36 ans, en bonne santé générale et non- fumeur, consulte pour la dent 21 fracturée à la suite d’un traumatisme. L’examen CBCT initial montre un volume résiduel après extraction difficilement compatible avec une implantation immédiate (Fig.20).

La finesse de la corticale vestibulaire nous incite à opter pour une préservation alvéolaire modifiée afin d’éviter une régénération osseuse guidée bien plus complexe. La dent est donc extraite de la manière la plus atraumatique possible et l’alvéole est comblée avec du « jelly bone ». Ce dernier est recouvert d’une membrane de fibrine et la temporisation est assurée par un bridge collé provisoire (Fig.21). À 4 mois, l’examen CBCT montre un volume osseux parfaitement conservé (Fig.22), permettant la pose d’un implant dans des conditions optimums.

Fig.20 : Situation radiologique initiale mettant en évidence la fracture de la dent 21 avec perte partielle de la corticale vestibulaire fine ainsi qu’une atteinte de la corticale palatine.

Fig.21 : Étapes cliniques comprenant l’extraction, la préservation alvéolaire modifiée et la temporisation par bridge collé.

Fig.22 : Situation radiologique 4 mois après la préservation alvéolaire modifiée. Le volume osseux a bien été conservé, permettant la planification implantaire.

Les enseignements à tirer de ce cas

Le remplacement d’une incisive centrale par un implant est un acte complexe et préserver l’architecture des tissus est l’enjeu majeur. Dans ce cas, l’extraction simple de la dent, sans préservation alvéolaire, aurait conduit à un effondrement tissulaire important nécessitant le recours dans un deuxième temps à une régénération osseuse guidée par une membrane (possiblement armée titane). L’élévation d’un lambeau en secteur esthétique est souvent fatale pour les papilles qui sont très difficiles à reconstruire. En optant pour une préservation alvéolaire, l’approche est minimalement invasive et les tissus sont figés dans leur configuration initiale.

V. Discussion

La préservation alvéolaire modifiée procurerait des résultats cliniques et radiographiques très favorables. Elle permet de conserver tout ou partie du volume osseux initial, favorisant la pose d’implants dans des sites de largeur vestibulo-linguale optimale. L’analyse clinique montre à la réouverture des tissus mous parfaitement refermés et un os complètement cicatrisé. L’allogreffe utilisée sous forme particulaire possède d’après notre expérience clinique une bonne capacité d’intégration à l’os natif, sans effet « pop corn » (particules qui se détachent), contrairement à certaines xénogreffes. Après un délai de cicatrisation de seulement 4 mois, nous avons systématiquement observé une densité osseuse au forage très satisfaisante, sans nécessité de « sous-forer » pour compenser un manque de densité osseuse du site régénéré. Les sites de forage présentent un saignement abondant qui sont de notre point de vue un indicateur de la bonne vascularisation du greffon.

Cette technique nous a permis à la fois de préserver la largeur de la crête osseuse, y compris dans des situations où la finesse de la corticale vestibulaire est un facteur de risque de résorption osseuse importante, et de conserver la hauteur sous-sinusienne de manière prédictible. Néanmoins, d’après notre expérience clinique, certains cas peuvent nécessiter en complément un comblement sous-sinusien par voie crestale au moment de la pose de l’implant. Cependant, le recours aux techniques de préservation alvéolaire permet systématiquement d’éviter un comblement sous-sinusien par voie latérale (Rasperini 2010) et réduit par conséquent la morbidité postopératoire de façon considérable. Enfin, bien que reproductible et fiable, le protocole proposé peut s’avérer chronophage et nécessite une bonne organisation afin de coordonner l’ensemble des étapes et mettre à profit le temps nécessaire à la préparation du matériau.

Conclusion

Il est indispensable d’anticiper les conséquences physiologiques lors des extractions, en particulier en présence de corticales osseuses très fines ou d’une proximité sous-sinusienne. La technique de préservation alvéolaire basée sur l’utilisation de concentrés plaquettaires PRGF et d’un substitut osseux allogénique permettrait de limiter la résorption osseuse post-extractionnelle et de simplifier grandement la thérapeutique implantaire faisant suite. La procédure est simple, fiable, reproductible, et efficace en termes de conservation des volumes osseux initiaux. Elle améliorerait significativement l’expérience patient de par sa faible morbidité par rapport aux autres techniques de régénération osseuse. Ainsi, préserver les tissus c’est saisir l’opportunité de transformer un cas complexe en un cas plus simple et de préparer la pose implantaire de façon plus sereine.

Auteurs

Dr Guillaume ANDUZE-ACHER

Ancien interne des hôpitaux de Paris

Ancien assistant hospitalo-universitaire en parodontologie

Post Graduate in Periodontics and Implant Dentistry (Paris VII)

Dr Antoine SANCIER

Ancien interne des hôpitaux de Toulouse

Ancien assistant hospitalo-universitaire en parodontologie

Diplôme universitaire en parodontolgie (Toulouse)

Bilbiographie

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