L’offre en matière d’em­preinte optique est au­jourd’hui pléthorique, chacun étant persuadé de posséder le meilleur des systèmes. Pourtant, les différences sont encore nombreuses et le résultat peut, si l’on ne prend pas la peine de dégager ses priorités, devenir fort décevant. Ce tra­vail est le fruit d’une expérience per­sonnelle et n’a d’autre vocation que de la faire partager. En effet, confronté à ces multiples possibilités commerciales, il a fallu choisir…

Quels avantages pouvons-nous tirer de l’empreinte optique ? pour quel usage ? dans quel but ? avec quel budget ?

Quels sont les défauts de nos empreintes classiques (que François Duret appelle chimico-manuelles) ?
Depuis de très nombreuses an­nées, les laboratoires n’ont cessé de faire évo­luer les techniques d’empreintes chimiques. De nombreux élé­ments pertur­bateurs ont ainsi été amé­liorés : précision, thixotropie, stabi­lité dimensionnelle dans le temps… Mais plusieurs facteurs ne sau­ront jamais être corrigés : le coût de l’empreinte, l’inconfort pour les patients (réflexes nauséeux, toux…), les multiples traite­ments et interventions humaines augmen­tant les risques d’erreurs.

Que peut apporter l’empreinte optique ?

SUR LE PLAN TECHNIQUE
En tout premier lieu, ce que l’empreinte optique apporte indéniablement chez le praticien, c’est la précision : 30 microns au niveau de la préparation (1). À l’ab­sence d’intervention de l’homme qui limite les erreurs s’ajoute le gain de temps pour le technicien de labora­toire. Pourtant, sur ce point, les der­nières études sont contradictoires et ne retiennent pas de différences significatives entre la pré­cision d’une empreinte optique et d’une empreinte en Polyvinyl Siloxane (2).

Fig.8 et 9 : Essayage des bleus que l’on règle au niveau occlusal et que l’on reprend en empreinte numérique pour permettre au prothésiste de modéliser les nouvelles couronnes zircones.

SUR LE PLAN DE LA PATIENTÈLE
L’étude précédemment citée (J Prosthet Dent.) nous in­dique par contre très clairement que les patients préfèrent l’empreinte numérique. Que ce soit par son faible encombrement, sa courte durée ou encore son image de modernité.

SUR LE PLAN ÉCONOMIQUE
Il est compliqué de donner un éclairage clair de l’as­pect économique, tant les possibilités et les tarifs vont varier d’un type de caméra à l’autre, d’un type de prati­cien à l’autre et d’une utilisation à une autre. Bien sûr l’économie sera réalisée sur l’achat des matériaux d’im­pression, mais en contrepartie il faudra amortir le coût encore élevé de la caméra. Ensuite, c’est en fonction de votre prothésiste, de ses équipements et du maté­riau de votre prothèse (céramo-métallique, céramo-céramique, full zircone…) que vous aurez la possibilité de voir les prix augmenter ou diminuer. Soit vous aurez besoin d’un modèle im­primé en 3D générant un surcoût, soit vous passerez en usinage direct, pou­vant ainsi générer une économie… Enfin, ultime étape de l’empreinte numérique permettant de réaliser l’économie maxi­male : la possibilité d’usiner au cabinet…

CONCLUSION
L’empreinte numérique est en passe de devenir indispensable : les perspectives d’évolutions sont innombrables, les techniques en perpétuelles évolutions et les coûts par conséquent en baisse, avec une précision et une fiabilité accrues. Il serait illusoire de penser à un phénomène de mode et lorsque l’on connaît la rapi­dité d’évolution des nouvelles technolo­gies, il vaut mieux ne pas louper le train qui est en marche… Pour vous permettre de comprendre cette fulgurante évolu­tion, il vous est présenté ici, au travers de cas cliniques, les deux différentes versions de caméras intra-buccales à empreintes optiques commercialisées par la société Carestream Dental: la CS 3500, première génération de caméra intra-buccale à empreinte optique de la marque (prise d’empreinte de type photo) et la CS 3600, dernière évolution de la firme.

Qu’implique le passage à l’empreinte numérique ?

Passer à l’empreinte numérique induit un changement de comportement de la part de son utilisateur. Si l’on veut profiter des avantages du numérique, il faut en­visager d’adapter le type de matériau uti­lisé : il faut pouvoir usiner les prothèses en limitant l’intervention manuelle du prothésiste : full zircone, céramique ou composite chargé.

Il n’y a plus de support matériel, seu­lement du numérique. Dans cet objec­tif, il est parfois judicieux d’utiliser des matériaux transitoires permettant ainsi de faire des réglages de formes, de points de contacts et d’occlusion qui seront renumérisés afin d’obtenir une prothèse définitive parfaitement adap­tée. Mais attention, une fois que vous aurez pris l’habitude de la précision du numérique, il sera bien difficile de re­venir aux empreintes classiques et à leurs défauts persistants…

Conclusion

À l’heure où nos politiques cherchent à faire de la dentisterie une discipline rétrograde, il est plus que jamais temps de leur montrer que nous ne pratiquons plus le même métier que nos aînés.  Nos cabinets ont considérablement évolué, notre matériel aussi: passer au tout numérique est aussi une pos­sibilité non négligeable de maîtriser la chaîne prothétique de A à Z et de ne plus subir la discrimination (injuste) de simple « revendeur de prothèse », mais ici désormais de fabricant.

Les possibilités semblent infinies et les techniques ne font qu’évoluer à grande vitesse : en témoigne cette fulgurante évolution qui existe en si peu de temps auprès de la marque Carestream. Le train du numérique est en marche… Je vous conseille de le prendre avant que vous ne puissiez plus monter à bord, car il ne va ces­ser d’accélérer. À bon entendeur, salut.

Histoire

Née de François Duret
L’empreinte optique est née dans l’esprit génialement avant-gardiste du célèbre Dr François Duret dans les années 1970. En effet, alors âgé d’une vingtaine d’années, celui-ci va proposer de réaliser une thèse d’État à ses professeurs, sur le thème de l’empreinte optique, basée sur l’holographie. L’idée de l’empreinte optique dentaire était née. Les recherches et les avancées technologiques vont alors se succéder, jusqu’au début des années 80. Plusieurs laboratoires s’intéresseront alors à ce concept, envisageant ainsi la possibilité d’usinage immédiat de la pièce prothétique : Bego avec le Stéréolithographie, Procera et Cerec (Sirona) feront progresser la technologie dans les années 80. Mais c’est au cours des années 2000 que les choses vont s’accélérer, avec l’entrée en jeu de géants du secteur de l’imagerie numérique Carestream Dental ou des sociétés comme 3Shape ou iTero. La diversification des offres commerciales, des systèmes de prises d’images et la baisse des tarifs va amener progressivement le plus grand nombre à s’y intéresser.