Parler de productivité au sein de nos cabinets dentaires est-il synonyme de comportements contraires à l’éthique ? Parler de gestion et d’équilibre financier est-il amoral et anti-déontologique ? Présenter des plans de traitements partiels afin qu’ils ne soient pas trop coûteux est-il forcément la preuve d’un comportement éthique ? Envisager de s’organiser afin d’être le plus productif possible dans sa vie professionnelle habituelle ou pour faire face à des épisodes de crises sanitaires et économiques peut-il être choquant ? Les chirurgiens-dentistes doivent-ils forcément faire un choix entre la productivité et l’éthique au cabinet, ou au contraire peuvent-ils allier les deux ? Pour essayer de répondre à ces problématiques, nous nous attacherons tout d’abord à définir ce que sont la productivité et l’éthique au cabinet. Puis, notamment au travers d’exemples concrets, nous verrons comment ces notions peuvent nous permettre de maîtriser au mieux nos rapports avec nos patients, la présentation de nos plans de traitement, et les discussions financières. Ce, afin de pouvoir travailler efficacement...

en nous concentrant vraiment sur l’objectif thérapeutique. 

La productivité

En économie, la productivité est définie comme le rapport en volume, entre une production et les ressources mises en œuvre pour l’obtenir. La production désigne les biens et/ou les services produits. Les ressources mises en œuvre, dénommées également facteurs de production, désignent le travail, le capital technique (installations, équipements du cabinet dentaire), les capitaux engagés (crédits, immobilier), les consommations (consommables, petits outillages, etc.), ainsi que des facteurs moins faciles à appréhender bien qu’extrêmement importants, tel le savoir-faire accumulé (l’expérience, compétence). On peut parler de triangle de la productivité.

Ethique et productivité au cabinet

Triangle de la productivité.

L’éthique

L’éthique vise à étudier le comportement humain au sens de ses conduites, attitudes, mœurs. L’éthique n’est pas la déontologie. Elle est la mère de la déontologie, elle va au-delà des devoirs professionnels, elle touche à la moralité de l’individu. Dans notre profession, évoquer la productivité est souvent tabou. La raison principale se trouve dans une interprétation erronée du serment d’Hippocrate devenue depuis de nombreuses années « le serment médical » dont deux paragraphes énoncent : « Je donnerai mes soins à l’indigent et à quiconque me les demandera ». « Je ne me laisserai pas influencer par la soif du gain ou la recherche de la gloire ».

Le défi de nos jours est de trouver l’équilibre entre productivité et éthique. Jusqu’où peut-on aller dans la notion de productivité sans entacher l’éthique ? Le secret de ce juste équilibre réside dans l’idée que l’on se fait des soins dentaires et du service rendu. Est-ce que je me contente de l’absence de symptomatologie pour ne pas traiter un kyste apical ? Est-ce que je rends service au patient lorsque j’extrais une 6 que je ne prévois pas de remplacer ? Toutes ces questions font partie de notre quotidien, à quel niveau « mettre la barre » ? Suis-je éthique en taisant les problèmes présents simplement « pour rendre service » ? Parce que c’est moins cher ? Le moins cher est-il une vertu ?

Ethique et productivité au cabinet dentaire
Ethique et productivité cabinet dentaire
Ethique et productivité au cabinet

La réponse se trouve en fait dans le « serment médical » : « J’informerai les patients des décisions envisagées, de leurs raisons et de leurs conséquences. Je ne tromperai jamais leur confiance et n’exploiterai pas le pouvoir hérité des circonstances pour forcer les consciences. »

Tout est question d’éthique, pour cela il faut établir pour chaque patient un plan de traitement clair avec différentes solutions alternatives. Lui laisser le choix et le temps d’accepter notre plan de traitement, de prendre sa décision sans contraintes en toute liberté. Tout en lui laissant la possibilité de consulter ailleurs.

Sommes-nous éthiques lorsque nous imposons un traitement complet (traitement global) à un patient qui n’était pas en demande lors de la première consultation ? En d’autres termes doit-on répondre uniquement à sa demande initiale (en dehors d’un acte d’urgence médicale) ?

La productivité n’a rien à voir avec l’éthique. Mais la productivité et l’éthique au cabinet peuvent être parfaitement compatibles. La productivité dépend de l’organisation du cabinet dentaire. Elle sera au rendez-vous en regroupant les actes et en effectuant des rendez-vous longs quel que soit le plan de traitement choisi par le patient.

Il n’y a pas qu’une seule vérité, et il n’y a pas qu’une seule méthodologie, mais pour notre part, en ce qui concerne la prise en charge des patients nécessitant des soins, notre façon de procéder est de faire un bilan initial global (BIG).

1/ Qu’est-ce que le bilan initial global ? 

2/ Comment le mettre en pratique ? 

3/ N’est-il pas contre-productif ? 

4/ L’intelligence artificielle peut-elle nous apporter de l’efficacité ?

Lors de sa première visite au cabinet, le patient doit être soumis à un examen complet, sémiologie :

entretien et confirmation des raisons de sa venue qui ont été enregistrées lors de sa prise de rendez-vous, symptômes et signes cliniques,

examen clinique soigneux, prise de notes,

radiographie avec dans l’ordre d’un gradient thérapeutique : rétro- alvéolaire, bitewing, panoramique, 3D,

photographies extra et intraorales, références médicolégales,

moulages d’études si nécessaire, optiques (ou physiques),

prélèvement à l’aide d’une sonde parodontale si nécessaire.

Débriefing rapide avec le patient et programmation d’un rendez-vous de présentation du plan de traitement, soit au cabinet soit par vidéo-entretien. Faut-il le systématiser ? Première objection : « J’ai trop de monde et trop d’urgences qui appellent et veulent prendre rendez-vous et je n’ai pas le temps de faire le BIG ». Deuxième objection : « J’ai le sentiment de perdre du temps lors du BIG ». Quelle est la juste mesure ? Nous aborderons ce sujet ensemble lors de la conférence et nous discuterons des différentes possibilités.

Auteurs

Drs Florence DEMES et Jacques VERMEULEN

Chirurgiens-dentistes

Florence Demes
Dr Jacques Vermeulen

Congrès ADF

Séance Points de vue A4

Mardi 23 novembre – 9 h – 12 h

Responsable scientifique : Geneviève Wagner

Intervenants : Florence Demes et Jacques Vermeulen

Références bibliographiques 

Bernard Feltz, La science et le vivant : philosophie des sciences et modernité critique, De Boeck, 2014.

Andrea Catellani, Eric Cobut et Christine Donjean, Vers davantage d’éthique en communication, Liège, Edipro, 2017.

Pierre-Olivier Monteil, Éthique et philosophie du management, Érès, 2016.

Michael Sandel, Ce que l’argent ne saurait acheter : les limites morales du marché, Paris, Points, 2016. 

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