L’articulé inversé antérieur chez l’enfant bloque la croissance du maxillaire. La prise en charge précoce per­met de libérer la croissance du maxillaire et de gagner de l’espace. L’abstention de­vant cette dysharmonie peut évoluer vers une classe III squelettique.

Le diagnostic étiologique permet de gui­der la prise en charge. En effet un articulé inversé peut être dû à une rétroalvéolie maxillaire ou une proalvéolie mandibu­laire. La prise en charge par appareillage diffère selon l’étiologie de l’articulé in­versé, et peut être, selon la dysharmo­nie alvéolaire, maxillaire ou mandibu­laire. Nous avons choisi de présenter des cas cliniques avec articulé inversé, d’étiologie maxillaire ou mandibulaire.

Introduction

L’articulé inversé antérieur est une ano­malie du sens sagittal définie par un rapport vestibulo-lingual pathologique entre les incisives maxillaires et les inci­sives mandibulaires. Cette malocclusion peut intéresser une ou plusieurs dents et peut être d’origine dentaire, fonction­nelle ou bien encore...

squelettique [5-7].

Le diagnostic positif permet de mettre en évidence soit une palato-version des incisives maxillaires, soit une vestibu­lo-version des incisives mandibulaires, soit l’association des deux. La prise en charge précoce de cette malocclu­sion permet d’éviter l’installation d’une dysharmonie dento-maxillaire sévère en libérant la croissance du maxillaire au ni­veau antérieur [1-6]. Afin d’envisager un traitement interceptif efficace, il est pri­mordial de rechercher en premier lieu l’étiologie de cette malocclusion [8-11].

Premier cas clinique

Une patiente âgée de 8 ans consulte pour un motif esthétique. L’examen clinique a montré la présence d’une dysharmonie dento-maxillaire avec un articulé inversé antérieur. L’articulé in­versé est localisé entre la 12 42, la 21 31 et la 22 32 ; (Fig.1a et 1b). L’examen radiologique et l’analyse céphalomé­trique selon Tweed ont permis de poser le diagnostic d’une rétroalvéolie maxil­laire (I/F 101°). Le calcul de l’encombre­ment antérieur a donné 7 mm.

Fig.1a : Moulages maxillaire et mandibulaire de la patiente montrant les rapports en occlusion avec un articulé inversé entre 12 42, 21 22et 31 32. Fig.1b : Morphologie de l’arcade maxillaire. Palatoposition de 12, 21 et 22.

Notre décision thérapeutique pour cette patiente est une plaque maxillaire avec deux ressorts poussoirs sur 21 et 22, un bandeau vestibulaire et une surélévation pour lever l’articulé inversé à ce niveau ; (Fig.2). La prise en charge et la correction de l’articulé inversé à ce niveau a permis l’aménagement de l’espace avec l’appa­rition d’un diastème. Le deuxième temps de la prise en charge est une deuxième plaque maxillaire avec un mésialeur au niveau de la 11 pour fermer le diastème et un ressort poussoir sur la 12 ; (Fig.3). La prise en charge interceptive a per­mis de lever l’articulé inversé antérieur et de corriger la morphologie de l’arcade maxillaire ; (Fig.4 et 5).

Deuxième cas clinique

Un patient âgé de 12 ans nous a été adressé par un confrère pour la prise en charge de sa dysharmonie dento-maxil­laire. L’examen clinique a révélé la pré­sence d’un articulé inversé antérieur lo­calisé ente 11, 21 41, 31 et 32 ; (Fig.6).

Fig.6 : Les rapports en occlusion mettant en évidence l’articulé inversé antérieur entre 11, 21 41, 31 et 32.

L’étude céphalométrique selon Tweed a révélé que le patient est en proalvéolie mandibulaire (IMPA 98°). L’étiologie de l’articulé inversé est donc mandibulaire. Notre prise en charge a consisté en une plaque mandibulaire avec un bandeau vestibulaire pour prendre en charge la proalvéolie mandibulaire ; (Fig.7). Notre appareillage a permis de lever l’articulé inversé et de libérer la croissance du maxillaire ; (Fig.8).

Troisième cas clinique

Une patiente âgée de 9 ans consulte pour un motif esthétique ; (Fig.9 a et b). À l’in­terrogatoire, nous avons posé des ques­tions concernant l’aspect de la classe III squelettique dans la famille et les pa­rents ont confirmé qu’ils n’ont aucun membre de leurs proches présentant cette malocclusion.

L’examen exobuc­cal montre des signes faciaux similaires à ceux de la classe III squelettique à savoir un aspect prognathe. L’examen clinique a confirmé la présence d’une dysharmo­nie dento-maxillaire avec un articulé in­versé antérieur et postérieur unilatéral ; (Fig.10). La manœuvre de Denevreze est positive chez cette patiente. En relation centrée, les incisives sont en bout à bout et les molaires en classe I d’angle. Après analyse céphalométrique selon Tweed, nous avons diagnostiqué une proalvéo­lie mandibulaire (IMPA 97°), normoal­véolie maxillaire (I/F 105°) et classe I squelettique (ANB 1°). L’étiologie de l’ar­ticulé inversé antérieur est donc mandi­bulaire. La patiente présente également un articulé inversé postérieur. Le maxil­laire est donc complètement emboîté dans la mandibule, bloquant ainsi la croissance de ce dernier. Notre décision thérapeutique pour cette patiente est donc une plaque maxillaire avec vérin transversal pour lever l’articulé inversé postérieur et un bandeau d’Eschler pour prendre en charge la proalvéolie mandi­bulaire ; (Fig. 11). L’articulé inversé a été levé après un port régulier de 14 h/jour pendant 10 mois ; (Fig.12).

Conclusion

L’articulé inversé antérieur est une dysharmonie dento-maxillaire consi­dérée comme une urgence interceptive. En effet, une occlusion inversée an­térieure peut avoir des conséquences néfastes, parmi lesquelles nous pou­vons citer la fragilité parodontale qui peut causer la mobilité dentaire ou la perte de cette dent et le passage de l’endoalvéolie à l’endognathie maxil­laire entraînant une anomalie squelet­tique du sens sagittal.

Face à cette pathologie, le chirurgien-dentiste doit passer par une démarche précise en respectant les différentes étiologies pour poser le bon diagnostic et la bonne décision thérapeutique.

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