Ce cas expose le traitement et la restauration de trois dents cariées avec un nouveau matériau de restauration dentaire possédant les caractéristiques à la fois des CVIMAR et des CBR (composite à base de résine). Les produits de restauration présentés sont, selon le fabricant, les premiers matériaux dentaires bioactifs combinant une matrice de résine ionique, une résine composite absorbant les chocs, et des fillers bioactifs qui imitent les propriétés physiques et chimiques des dents naturelles. Le matériau de restauration et de fond de cavité dispose de trois mécanismes de polymérisation. Il pourrait offrir un progrès notable dans la continuité des matériaux de restauration. Il peut sembler curieux de désigner un matériau de restauration dentaire comme un « composite bioactif ionique à base de résine et de verre ionomère modifié par adjonction de résine », mais il y a des raisons de croire que cela soit scientifiquement exact. Les trois dents cariées qui ont été traitées dans ce cas clinique ont été restaurées avec ce nouveau matériau de réparation dentaire qui dispose des caractéristiques des verres ionomères modifiés par adjonction de résine (CVIMAR) et des composites à base de résine (CBR).

En 2013, le laboratoire Pulpdent a obtenu l’approbation de pré-commercialisation de la part de la Food and Drug Administration (FDA) des États-Unis pour deux matériaux qui allaient devenir Activa Bioactive-Restauration et Activa Bioactive-Fond De Cavité. Une approbation (510 k) fondée sur le fait que ces nouveaux produits ont été considérés comme équivalents aux verres ionomères modifiés par adjonction de résine déjà commercialisés en dentisterie. Cependant, bien que ces nouveaux matériaux contiennent des particules de verre et des composants polyacides de CVIMAR, et par conséquent subissent la réaction de neutralisation acide/base lors de la polymérisation comme tous les verres ionomères, ils contiennent aussi une «matrice de résine bioactive ionique, ayant la possibilité d’être à la fois auto et chimiopolymérisable. Ce matériau possède trois types de polymérisation (photo, auto et chimio).

Qu’est-ce que le matériau de restauration idéal ?

Burgess et al. [1] et Berg [2] ont décrit le matériau de restauration d’adhésion dentaire « continuum », basé sur un ensemble d’avantages, d’inconvénients et de...

propriétés physiques et chimiques. Le meilleur produit serait celui qui possède tous les avantages des verres ionomères (par exemple, la libération et « recharge » de fluor, une liaison chimique à la structure de la dent, un coefficient de dilatation thermique similaire à celui de la structure de la dent, une biocompatibilité) combinés à ceux des composites à base de résine. Ceux-ci présentent une résistance élevée à la rupture, une excellente résistance à l’érosion et adhésion en utilisant la technique de mordançage, et une haute polissabilité. En outre, un tel produit permettrait d’éliminer les inconvénients des verres ionomères (plus faible résistance à la fracture et à l’érosion que les composites) et des composites à base de résine (à savoir l’hydrolyse éventuelle de l’adhésion composite/dentine, la sensibilité postopératoire des dents traitées et la rétraction à la polymérisation).

Les caractéristiques du matériau de restauration dentaire idéal ont été succinctement décrites [3]. Il devra se lier chimiquement à l’émail et à la dentine. Il devra également être thérapeutique en libérant des ions de fluor qui sont incorporés dans la dentine et l’émail adjacent, ce qui rend cette structure dentaire moins soluble aux attaques acides. Il devra également avoir un effet antimicrobien du fait de sa teneur en fluor et un coefficient de dilatation thermique équivalent à celui de la dent de sorte que la structure du matériau ait une stabilité dimensionnelle suffisante, ce qui minimise la formation de limites. En outre, ce matériau ne doit pas se rétracter ou se dilater lors de la polymérisation. Il doit être insoluble aux contacts des fluides et denrées alimentaires (par exemple, résistance à l’érosion). Le matériau idéal de restauration dentaire doit aussi avoir une haute résistance aux impacts et pressions lors de l’occlusion et la mastication, avec une résistance à l’usure et aux effritements lors du brossage des dents. Une force élevée de cohésion est une autre caractéristique, résistance à la fois à la fracture initiale et la propagation de la fracture.

Enfin, il devrait être de la teinte des dents, très polissable, et avec des caractéristiques de manipulation facile, y compris une polymérisation à la demande (telle que la photopolymérisation). Selon le fabricant ce sont les premiers matériaux dentaires bioactifs possédant une matrice de résine ionique, une composante de résine absorbant les chocs, et  des charges bioactives qui imitent les propriétés physiques et chimiques des dents naturelles. Ils sont résistants à l’usure et à la fracture, se lient chimiquement à la dent en formant un joint d’étanchéité contre les micro-fuites bactériennes, et libèrent et rechargent plus de ions de calcium, phosphate et fluorure que les verres ionomères. De plus ils ne contiennent pas de bisphénol A (BPA), de diméthacrylate glycidique de bisphénol A (bis-GMA), ou de dérivés de BPA [4]. Ces produits ont été impliqués dans de nombreux tests internes et universitaires au cours des dernières années dont les résultats ont déjà été publiés dans des revues de dentisterie [5 et 6]. Les études comparant ces matériaux avec les composites et CVIMAR ont évalué

les propriétés incluant la résistance à la compression, diamétrale, à la traction, à la flexion et la résistance à la compression (fond de cavité).

Elles ont aussi mesuré le taux d’usure du matériau de restauration par rapport aux verres ionomères, CVIMAR, et composites Flow, le taux d’usure du produit par rapport à trois autres matériaux, la résistance à la fracture (un test de dureté/ flexibilité nécessaire pour absorber le stress et résister à la fracture), une comparaison du taux d’absorption d’eau, la solubilité dans l’eau, et la radio-opacité (équivalent à 1,5 mm d’aluminium). Les résultats de ces tests montrent que les deux matériaux ont des caractéristiques physiques similaires à la force et à la résistance des composites ; (voir tab).

Propriétés physiques des deux matériaux activa

Les propriétés physiques de ces produits rivalisent avec celles des composites testés, et combinent des capacités bioactives similaires aux systèmes de verre ionomère. Ces nouveaux produits sont  uniques et sans précédent dans le continuum des matériaux dentaires [1 et 2]. Ils sont disponibles en seringue Automix et sont appliqués en utilisant un pistolet ; (Fig.1). L’embout Automix rassemble idéalement les deux pâtes qui sont extrudées à travers une canule métallique orientable.

Fig.1 : Ces produits sont disponibles en seringue Automix et appliqués en utilisant un pistolet.

Cas clinique 1 : carie mésio-occlusale de la deuxième molaire

Un garçon de 10 ans avait une lésion carieuse mésio-occlusale de la deuxième molaire primaire du côté droit maxillaire ; (Fig.2). Après une anesthésie locale standard et l’isolement par la pose d’une digue [7] nous avons procédé à la restauration de la dent selon un protocole précis. Après qu’un wedge en bois a été inséré pour protéger la papille et éliminer le saignement proximal, la forme du contour mésio-occlusal a été préparée en utilisant une fraise  diamantée cylindrique ; (Fig.3). La carie a été éradiquée en utilisant une fraise ronde à rotation lente. Une fois la préparation achevée, une matrice a été placée et stabilisée par l’insertion d’un wedge, ce qui a provoqué une légère séparation des dents, assurant le contact de la dent après le traitement ; (Fig.4).

Le matériau a été injecté lentement, du bas de la restauration vers le haut, en prenant grand soin de couvrir toutes les  surfaces, tout en évitant l’incorporation d’air ; (Fig.5). Seule une partie a été utilisée. Après un délai de 20 secondes pour permettre au composant acide de réagir avec la surface de la dent, un faisceau de lumière visible (1200 mW cm2) a été appliqué pendant 20 secondes. Le matériau de remplissage a été injecté à l’excès, et se chevauche sur toutes les limites de surface ; (Fig.6), puis une fraise diamantée de gros diamètre à vitesse lente a été utilisée afin de sculpter la surface occlusale ; (Fig.7).

Une fraise en carbure (Fraise Fissurotomy, SS white) a ensuite été utilisée pour façonner la surface marginale et couper axiale Flash ; (Fig.8). Un agent de liaison de résine auto-mordançant (Adper Prompt L-Pop adhésif auto-mordançant, 3M ESPE) a été appliqué au pinceau applicateur, puis photopolymérisé pour sceller les limites et recouvrir la surface. Six mois après le traitement, la dent a été photographiée ; (Fig.9) et une radiographie inter-proximale a été réalisée ; (Fig.10). Il n’y avait aucune usure détectable, toutes les limites étaient cliniquement saines, et aucune ligne de fracture n’a pu être détectée dans le matériau de restauration ou aux abords de l’émail associés. La radio du Bitewing a montré la radio-opacité du remplissage à peu près équivalente à celle de l’émail.

Fig.10 : Une radiographie inter-proximale est réalisée.

Cas clinique 2 : carie occlusale de la première molaire

Une fille de 11 ans s’est présentée au cabinet avec une carie occlusale de la première molaire permanente droite du côté mandibulaire ; (Fig.11). Après injection d’une anesthésie et placement d’un wedge, le protocole de restauration a débuté. La dent a été préparée avec une fraise diamantée cylindrique, et la substance carieuse a été enlevée en utilisant une fraise ronde à rotation lente ; (Fig.12).

L’élimination complète de la carie a été vérifiée en utilisant des loupes grossissantes et une sonde exploratrice. Un agent de liaison de résine auto-mordançant (Adper Prompt L-Pop adhésif auto-mordançant) a été appliqué et agité pendant 20 secondes ; (Fig.13). Le matériau a été mélangé et injecté de la même manière que dans le cas 1 ; (Fig.14). Il a également été polymérisé pendant 20 secondes ; (Fig.15). Une fraise diamantée à gros grain a été utilisée pour enlever l’excès de matériau  et sculpter la forme de la surface occlusale. L’excédent de matériau de restauration chevauchant les marges et les rainures occlusales a été retiré. L’adhésif Prompt a été placé sur la surface et polymérisé pendant 20 secondes.

 La figure16 ; (Fig.16) représente la dent immédiatement après le traitement. Une lésion de la carie est visible sur la surface mésiale de la première molaire du maxillaire supérieur ; (Fig.17).

La dent a été anesthésiée et un cordon de rétraction placé. La substance carieuse a été retirée avec une fraise ronde à rotation lente ; (Fig.18) et la préparation de la cavité a été remplie avec le matériau de restauration. Celle-ci a été achevée et polie avec des disques d’oxyde d’aluminium. La vue quatre mois après le traitement montre une restauration idéale de la surface mésiale à la forme et à la brillance originelles ; (Fig.19). La molaire mandibulaire restaurée est également photographiée à nouveau quatre mois après le traitement ; (Fig.20).

Discussion

Les auteurs ont utilisé les matériaux de restauration moins d’un an, et sont donc incapables de prédire leur durabilité et longévité chez les enfants et  les adolescents à long terme. Toutefois, l’auteur principal Theodore P. Croll a réalisé plus de 210 restaurations de dents primaires et plus de 180 restaurations de dents permanentes en utilisant ce matériau de mars à novembre 2014 et a fait une série d’observations. Le matériau se comporte comme la plupart des composites à base de résine injectable. Aucun agent de liaison n’est nécessaire lors de la réparation des dents primaires. Le matériau est laissé seul pendant environ 20 secondes après l’injection pour permettre au composant polyacide de mordancer la structure de la dent. Comme dans la plupart des préparations de cavité, un marquage augmente la rétention mécanique. Les « lignes blanches », typiques des restaurations fraîchement réalisées des composites sont aux abonnés absents, ce qui est probablement attribuable à la faible rétraction à la polymérisation. Un protocole de mordançage d’acide phosphorique standard ou l’utilisation d’un agent de liaison auto-mordançant a été utilisé pour la restauration de dent permanente. Les auteurs recommandent un mordançage afin de minimiser les limites. D’avantage de recherches sont nécessaires pour révéler si un mordançage à l’acide phosphorique, ou un agent de liaison auto-mordançant améliore de manière significative la liaison du matériau à la dentine et à l’émail des dents permanentes. La composition chimique de ces produits est rassurante pour le chirurgien-dentiste.

Si l’orientation du faisceau de la lampe à polymériser n’est pas idéale, la polymérisation est complétée par la réaction de durcissement chimique dû à la réaction de l’acide et à la base des composants du verre ionomère. Les auteurs n’ont reçu aucune plainte de sensibilité dentaire postopératoire avec ou sans mise en place d’un CVIMAR fond de cavité standard ou un ACTIVA fond de cavité. Les résultats observés dans ce rapport à court terme sont typiques de toutes les autres restaurations réalisées avec le même matériau. Nous considérons que ces matériaux pourraient se révéler comme des avancées majeures en dentisterie adhésive en matière de matériaux de restauration continuum [1 et 2]. Des études indépendantes, en continu in vitro et in vivo pourraient vérifier ou réfuter la première moitié de nos observations cliniques. Celles-ci pourraient être suivies pendant des années, afin d’offrir un éclairage supplémentaire sur ces produits prometteurs.

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