Ces dernières années nous avons vécu une période de modernisation des techniques orthodontiques. Ces avancées sont le résultat d’un vaste effort de recherche fondamentale et clinique. Les progrès de la métallurgie, au service de nos dispositifs mécaniques, font partie des premières innovations qui ont transformé notre exercice. Ils ont permis de répondre à des défis esthétiques tout en améliorant confort et facilité d’utilisation. Conjuguées à de nouvelles demandes de nos patients ces nouveautés ont appuyé l’essor de l’orthodontie adulte et des collaborations interdisciplinaires qu’elles impliquent.

Nouveaux référentiels de traitement

De nos jours, il est impensable dans les disciplines médicales d’appliquer des thérapeutiques insuffisamment validées, même si elles sont préconisées par des courants de pensée réputés. Toute thérapeutique destinée à traiter l’Homme doit avoir fait la preuve de sa supériorité et ne doit être appliquée qu’après prise en considération de l’ensemble des caractéristiques éthiques, techniques et cliniques. Les recommandations thérapeutiques actuelles s’appuient sur des revues systématiques fondées sur les preuves. Ces méta-analyses fournissent de nouveaux référentiels de traitement. Ces changements techniques, philosophiques et les progrès diagnostiques ont amélioré la prédictibilité et la qualité de nos traitements. La révolution numérique en cours a profondément modifié notre exercice et transformé notre approche diagnostique. Cependant, malgré tous ces progrès, innovations et nouvelles connaissances, l’odontologiste, seul face à son patient, se trouve parfois démuni et confronté à des interrogations lors de l’établissement du plan de traitement. Seules les collaborations interdisciplinaires permettent de dépasser ces situations de blocage et de prendre en charge sereinement les patients, enfants, adolescents, ou adultes qui nous consultent. De nouvelles possibilités orthodontiques, peut-être insuffisamment diffusées auprès des odontologistes des autres disciplines, existent. Inversement les chirurgiens oraux et les parodontistes n’ont pas été en reste et ont, eux aussi, amélioré leurs thérapeutiques, modernisé leurs conceptions et profondément muté.

Les dernières avancées de la chirurgie orale et parodontale

Pour que cette collaboration interdisciplinaire ait un sens, elle doit permettre à nos patients de bénéficier des progrès actuels dans tous les domaines de l’odontologie. C’est pourquoi nous devons nous ouvrir les uns et les autres aux conceptions modernes des différentes disciplines. La séance que je supervise dans le cadre du prochain congrès de l’ADF a pour objectif de servir la clinique quotidienne en présentant les dernières avancées de la chirurgie orale et de la chirurgie parodontale, susceptibles d’apporter de réels progrès, et de permettre à nos patients d’accéder au meilleur de nos thérapeutiques orthodontiques. Les conférenciers qui interviendront à mes côtés sont tous des cliniciens chevronnés, praticiens de centres hospitalo-universitaires ou libéraux, membres actifs d’associations renommées pour la promotion de la chirurgie orale et de la parodontologie. Leurs propos s’appuient sur les fondamentaux et les aspects cliniques novateurs de leurs disciplines qu’ils pratiquent tous de façon exclusive. Sur un plan préventif cette coopération cherche à établir une normalisation anatomique indispensable à l’établissement de fonctions matures gage d’une croissance harmonieuse et d’une stabilité post-orthodontique.

Freinectomies labiales et linguales

Vivien Moll (AHU dans le service de Parodontologie de l’UFR d’odontologie de Marseille) présentera les indications, le Timing, les moyens et les techniques chirurgicales adaptées à la réalisation des freinectomies labiales et linguales ; (Fig.1).

Fig.1 : Frein de lèvre.

La réalisation pas à pas de ce type d’intervention codifiée sera présentée. Forte de son expérience, Sylvie Boisramé (chirurgien oral, MCUPH de l’UFR d’odontologie de Brest) nous rappellera les fondamentaux des techniques d’extractions. Elle nous présentera les évolutions technologiques permettant de préserver l’alvéole et de prévenir les complications cicatricielles. A l’image des traitements d’avulsion-implantologie immédiate, elle proposera un protocole d’avulsions orthodontiques. Lors de l’existence de canines en position retenue, cette coopération interdisciplinaire est indispensable, même en l’absence de dysmorphoses. Julien Bally (chirurgien oral à Nancy) exposera, du diagnostic au plan de traitement, la prise en charge chirurgicale de ces anomalies fréquentes ; (Fig.2).

Fig.2 : Canine incluse.

Techniques d’ancrages squelettiques temporaires

Enfin Geoffroy Renaud Peuch-Lestrade (chirurgien oral à Boulogne-Billancourt) ouvrira de nouvelles perspectives en présentant les techniques d’ancrages squelettiques temporaires ; (Fig.3). Ces dispositifs étendent considérablement le champ des possibilités orthodontiques. Il devient possible d’envisager les traitements orthodontiques sous un nouveau jour en facilitant la coopération du patient et en limitant les effets secondaires. Les techniques de poses et les champs préférentiels d’insertions de ces dispositifs seront discutés.

Fig.3 : Distalisation à l’aide d’ancrage squelettique.

Si tous les chemins mènent à Rome, et si de nombreux dispositifs orthodontiques permettent d’obtenir des résultats similaires, ceux-ci nécessitent tous les mêmes coopérations interdisciplinaires. Face à une situation complexe, le clinicien se pose toujours les mêmes questions :

  • « Comment permettre la normalisation ou la réhabilitation occlusale ?
  • Où se situe la limite de nos traitements ?
  • À quel moment doit-on envisager des coopérations interdisciplinaires ? ».

Cette séance devrait être source d’enrichissement mutuel et nous espérons que nombre de praticiens viendront participer à cet échange.