Aujourd’hui, trois molécules principales (lidocaïne, mépivacaïne et articaïne) sont utilisées pour l’anesthésie dentaire. Compte tenu des diverses concentrations en adrénaline, ce ne sont pas moins de neuf spécialités qui sont à notre disposition, or la plupart des cabinets ne disposent que de deux, voire trois produits qui souvent sont utilisés de façon automatique sans réelle connaissance de leurs caractéristiques.

Il y a peu s’est présenté au cabinet un nouveau patient, chez lequel avait été réalisé par le praticien précédent une avulsion classique. Ce monsieur en avait apporté le compte rendu opératoire, magistralement établi et sur lequel apparaissaient entre autres les heures de début et de fin d’intervention, le descriptif des instruments utilisés avec les numéros de lots de stérilisation ainsi que les dates de péremption, mais la ligne « anesthésie » était complétée par un « verte » laconique !

Ainsi l’acte premier, responsable pour une grande part du succès de la chirurgie en assurant un silence clinique total, était-il réduit à sa plus simple expression, comme relégué à l’arrière-plan et synonyme de banalité.

Quelle technique avait été employée, quel produit injecté, à quelle quantité ? Autant de points demeurés sans précision, alors que ce sont là les éléments indispensables à déterminer pour obtenir une anesthésie de qualité.

L’anesthésie, clef de la confiance

L’anesthésie est pour moi la clef de la confiance que le patient va ou non nous accorder ; elle est au coeur même de cette relation si subtile qui nous lie à lui. « Je viens vous demander de me soigner ou de me soulager et pour cela je m’assois sur le fauteuil de torture ! ». Lorsqu’elle est bien menée elle ouvre un magnifique champ relationnel, permettant le plus souvent de rendre inutiles les approches telles que MEOPA, hypnose ou autres voies de sédation.

Curieusement, tout praticien interrogé individuellement va estimer maîtriser parfaitement ce geste, ce qui est humain, mais force est de constater que la vision des patients n’est pas la même. Ainsi sur un échantillon certes limité mais ô combien instructif de personnes interrogées (hors patients du cabinet) il est impressionnant de noter que nombre d’entre eux appréhendent cette « piqûre » jugée douloureuse et parfois incomplètement efficace ; (Tab.1 à 4).

Anesthésie et endodontie

La question peut se poser de savoir s’il existe une spécificité anesthésique liée à l’endodontie. L’anesthésie vise à supprimer temporairement la conduction de l’influx nerveux sans générer de suite postopératoire et en limitant au maximum la toxicité potentielle de l’anesthésie par l’injection d’une quantité nécessaire mais suffisante d’anesthésique.

Les caractéristiques liées à l’endodontie peuvent être situées à plusieurs niveaux :

  • difficulté à établir le diagnostic de la dent causale du fait de l’irradiation de la douleur en cas de pulpite
  • difficulté de mise en place d’une anesthésie de qualité assurant un silence clinique total compte tenu de l’inflammation
  • difficulté à maîtriser la durée de l’anesthésie en fonction du type d’acte à réaliser ou de la dent à traiter
  • difficulté à obtenir rapidement l’effet recherché, le patient venant souvent en urgence en bousculant l’emploi du temps
  • difficulté à obtenir la coopération d’un patient parfois épuisé par la douleur et appréhendant l’acte sensé lui apporter le soulagement tant attendu

A cela doivent aussi s’ajouter les caractéristiques inhérentes à toute anesthésie :

  • respect d’une quantité injectée compatible avec la santé (notion de seuil de toxicité)
  • limitation des effets secondaires (anesthésiophagie responsable de morsures, hypoesthésie consécutive à une lésion nerveuse, engourdissement plus ou moins marqué et durable des tissus mous, etc.)

Tout le challenge va donc être de réussir à réaliser une anesthésie s’installant rapidement, efficace malgré un terrain souvent inflammatoire, sans douleur pour le patient et ne s’accompagnant pas d’effets secondaires. En endodontie, les soins sont souvent liés à des situations d’urgences associées à des douleurs...

intenses : pulpite suite à une lésion carieuse ou une fracture, nécrose surinfectée avec ou sans lésion apicale, infection secondaire sur une dent déjà dévitalisée. Lorsque la notion d’urgence n’existe pas, c’est celle de la durée du traitement qui peut conditionner le type d’anesthésie, en particulier dans les cas de canaux fins ou de chirurgie apicale. Les deux caractéristiques principales liées à l’endodontie seront ainsi le temps et l’inflammation.

Lors de la mise en place de l’anesthésie, il conviendra donc de choisir :

  • la technique et l’anesthésique les plus adaptés
  • la quantité à injecter

Choix de l’anesthésique

Nombre de praticiens utilisent par habitude un produit, sans en connaître les caractéristiques. Si c’est l’articaïne qui est la plus employée en France, il peut être intéressant d’utiliser une autre molécule. Les anesthésiques dépourvus d’adrénaline ne sont que très peu efficaces, et d’une durée d’action très brève, or certains patients peuvent présenter des allergies à l’un des adjuvants utilisés pour conserver le vaso- constricteur. Dans cette situation, il peut être judicieux de faire appel à la mépivacaïne, dont l’action vasodilatatrice propre à tout anesthésique est légèrement moindre. Chez l’enfant, c’est la lidocaïne qui sera préconisée, alors que pour la femme enceinte l’articaïne sera la plus adaptée ; (Fig.1).

Fig.1: Articaïne, lidocaïne et mépivacaïne.

Or il convient de connaître les concentrations en anesthésique des différentes spécialités, afin de les utiliser judicieusement. L’articaïne est systématiquement concentrée à 4 %. La lidocaïne est toujours concentrée à 2 %. La mépivacaïne est concentrée à 3 % si elle n’est pas adrénalinée, à 2 % autrement. Cette notion est aussi très importante pour connaître les doses maximales admissibles : celles-ci étant de 7 mg par kg de poids chez l’adulte, et de 5 mg par kg chez l’enfant, quelle que soit la technique, le nombre de cartouches injectables variera du simple au double en fonction de la concentration ; (Fig.2 et 3).

Cette notion est particulièrement importante en endodontie, ou l’on rencontre souvent des difficultés pour obtenir le silence clinique dans le secteur molaire inférieur, amenant alors le praticien à multiplier les doses injectées en utilisant soit la même technique, soit une ou des techniques différentes. Certains auteurs ne préconisent-ils pas, en cas de pulpite molaire mandibulaire, de réaliser une anesthésie locorégionale à l’épine de Spix, complétée par une injection en vestibulaire puis d’une injection intra-septale ou intraligamentaire en terminant si besoin par une intra-pulpaire ? Cette multiplication des injections, outre le fait qu’elle amène à se rapprocher de la dose toxique, induit un autre phénomène : la tachyphylaxie ; (Fig.4).

Fig.4 : Notion de tachyphylaxie.

L’anesthésique est injecté sous forme de chlorhydrate au Ph très bas variable selon les laboratoires, ce qui entraîne une acidification du milieu. Dans ces conditions l’anesthésique ajouté dans un deuxième temps sera moins efficace et d’une durée d’action plus brève. Il convient donc, dès le départ, de bien déterminer la quantité à injecter afin de ne pas avoir d’apport complémentaire à faire en cours de séance. Par ailleurs il ne faut pas perdre de vue que le but de l’anesthésie est d’inhiber la transmission de l’influx nerveux, et donc plus l’anesthésique sera déposé près de la « cible », plus l’anesthésie sera performante.

En effet, l’anesthésique va être délivré au sein d’un tissu plus ou moins richement vascularisé, dans lequel il va diffuser. Or cette diffusion dans un espace à trois dimensions fait que, dès que l’on s ‘éloigne du point d’injection, la concentration en anesthésique va baisser très rapidement ; (Fig.5).

Fig.5 : Chute de la concentration en principe actif en fonction de la distance.

Il faut donc, préalablement à la réalisation de l’anesthésie, réfléchir au meilleur point d’impact possible et adapter la quantité d’anesthésique délivré en fonction de la distance estimée entre celui-ci et la « cible » choisie.

Un autre paramètre à prendre en considération est la notion de concentration en adrénaline, qui varie selon l’anesthésique : 1/200 000 (articaïne, lidocaïne), 1/100 000 (articaïne, lidocaïne, mépivacaïne), 1/80 000 (lidocaïne), voire 1/400 000 (articaïne) dans d’autres pays mais non commercialisé sous cette forme en France.

Plus la concentration en adrénaline est élevée, plus longtemps l’anesthésique restera sur place avant d’être repris par la circulation sanguine, limitant ainsi les risques d’accident par diffusion trop rapide vers les organes nobles et augmentant la durée de l’anesthésie. Si, dans les années 1980, l’emploi de l’adrénaline était sujet à caution, il est aujourd’hui conseillé dans toutes les techniques et situations, en respectant toutefois les limitations liées aux différentes concentrations ; (Fig.6).

Fig.6 : Utilisation de l’adrénaline chez le patient atteint de cardiopathie.

Techniques anesthésiques

Il convient de distinguer deux groupes d’anesthésies : loco-régionales, essentiellement représentées par l’anesthésie à l’épine de Spix, et intra-osseuses, qui regroupent l’ensemble des autres techniques à notre disposition. En effet, il faut bien comprendre que si, dans l’anesthésie loco-régionale, l’on cherche à atteindre le tronc nerveux principal en dehors du tissu osseux dans lequel il chemine, il n’en n’est pas de même dans les autres techniques où l’on attend du liquide injecté qu’il parvienne à l’apex. Tous les chemins « menant à Rome », les diverses techniques ne sont qu’autant de voies de pénétration différentes qu’il conviendra de savoir utiliser en fonction du cas clinique.

Anesthésie à Iépine de Spix
C’est sans doute la technique la plus frustrante, car son taux d’échec est important y compris chez les praticiens expérimentés. Selon S. Malamed (Handbook of local anesthesia, 2004) 15 à 20 % des Spix sont des échecs. Souvent, malgré un signe de Vincent marqué, l’anesthésie de la pulpe n’est pas totale, nécessitant, comme nous l’avons déjà évoqué, de réaliser une deuxième anesthésie identique, de la compléter par des infiltrations généralement vestibulaires ou de pratiquer une technique différente pouvant aboutir à une anesthésie intra-pulpaire dont le patient se souvient longtemps !

Hormis des échecs liés à l’opérateur ou à une anatomie particulière du patient, des filets nerveux inconstants, issus en particulier des nerfs lingual et mylo- hyoïdien, peuvent être responsables de ces échecs. Et il convient de compléter l’anesthésie à l’épine de Spix par une infiltration sous muqueuse linguale descendant jusqu’à la ligne oblique interne.

Cette innervation a pu être mise en évidence par injection de liquide coloré dans l’os sec, comme en témoignent les photos suivantes issues d’une thèse en doctorat réalisée à Bordeaux ; (Fig 7).

Avantages :

  • durée d’action de l’anesthésie
  • possibilité de traiter plusieurs dents.
  • bonne efficacité sur les molaires si toutes les conditions sont réunies
Fig.7 : Mise en évidence des émergences nerveuses aléatoires.

Inconvénients :

  • difficulté de réalisation
  • temps de latence pouvant être important (en moyenne 15 min)
  • engourdissement prononcé et durable des tissus mous (plusieurs heures) avec risque de morsure non négligeable surtout chez l’enfant

Anesthésie intra- osseuses
Le but des anesthésies intra-osseuses, quelles qu’elles soient, est de permettre au liquide anesthésique de parvenir jusqu’à l’apex de la dent à traiter. Ainsi, pour une même pathologie, la quantité injectée devra être différente selon le point d’injection choisi et sa distance par rapport aux apex concernés.

Para-apicale
Le principe de l’anesthésie para-apicale consiste à déposer l’anesthésique sous la muqueuse, entre celle-ci et le périoste, puis d’attendre la diffusion d’une quantité non prévisible de liquide au sein du tissu osseux par le biais des canaux de Wolkmann. La quantité à injecter est donc toujours supérieure à la quantité nécessaire et suffisante, et le surplus diffusant dans les tissus muqueux est responsable de leur anesthésie, source d’inconfort pour le patient et non nécessaire sauf en cas de chirurgie endodontique avec réalisation d’un lambeau d’accès.

Avantages :

  • utilisation d’une seringue classique
  • action très rapide
  • simple à réaliser
  • permet l’utilisation de tout anesthésique
  • anesthésie de 1 à 2 dents

Inconvénients :

  • douloureuse dans certaines zones
  • souvent inefficace en regard des molaires inférieures
  • engourdissement des tissus mous inutile

Intra-septale
Le liquide est injecté directement dans leseptum inter-dentaire, grâce à l’utilisation d’une aiguille courte de diamètre 40/100. La muqueuse doit être préalablement anesthésiée au niveau du point de perforation afin d’assurer une anesthésie indolore. Le septum étant très dense, une pression importante est à exercer, d’où l’intérêt d’utiliser des seringues spécifiques (crémaillère, assistée par électronique, avec rotation de l’aiguille).

Avantages :

  • action immédiate
  • anesthésie possible des 2 dents collatérales
  • faible quantité d’anesthésique nécessaire
  • pas d’engourdissement des tissus mous

Inconvénients :

  • nécessite une seringue spécifique (sauf chez l’enfant le plus souvent car faible densité osseuse)
  • risque de torsion ou fracture d’aiguille, voire d’éclatement de la cartouche
  • pas d’utilisation d’adrénaline concentrée à plus de 1/200 000
  • risque de nécrose gingivale ou osseuse

Intra-ligamentaire ; (Fig.8) :
Le ligament alvéolo-dentaire est un tissu fibro-muqueux dense, qui sert alors de voie de passage de l’anesthésique vers l’apex via la lame criblée. Les difficultés inhérentes à cette technique sont liées à la densité même du ligament, qui rend difficile le passage de l’anesthésique et nécessite généralement le recours à une seringue spécifique, et à la faible dimension de l’espace ligamentaire (environ 25/100) en regard du diamètre des aiguilles à notre disposition (30/100 au minimum). Le sulcus, point de départ de la pénétration de l’aiguille, ne pouvant être désinfecté, cette technique est à proscrire chez les patients présentant un risque cardiaque.

Fig.8 : Coupe de l’espace inter-dentaire.

Avantages :

  • • action immédiate
  • • pas d’engourdissement des tissus mous
  • • faible quantité d’anesthésique nécessaire

Inconvénients :

  • nécessite généralement l’utilisation d’une seringue spécifique
  • injection difficile avec une seringue classique
  • pas d’utilisation d’adrénaline concentrée à plus de 1/200 000
  • risque d’arthrite ligamentaire
  • action limitée à une seule dent (ne concerne pas l’endodontie)

Intra-pulpaire
Comme déjà indiqué, cette anesthésie ne devrait à mon sens plus être pratiquée car très douloureuse pour le patient. Pour certains elle rend toutefois encore service en endodontie, quand les autres techniques ont échoué et que le patient, en crise violemment douloureuse, doit impérativement être soulagé. Elle peut ainsi être qualifiée

d’anesthésie « de la dernière chance ». La condition pour la réaliser efficacement est que seule une perforation de la chambre pulpaire existe, permettant d’introduire l’aiguille au contact du tissu pulpaire et d’y maintenir l’anesthésique. Si la chambre est ouverte et le plafond pulpaire détruit, cette technique n’entraînera qu’une douleur vive chez le patient sans permettre d’obtenir l’anesthésie.

Avantages :

  • efficace immédiatement si bien menée
  • simple à réaliser
  • pas d’engourdissement des tissus mous
  • utilisation possible de tout anesthésique

Inconvénient :

  • extrêmement douloureuse pour le patient

Anesthésie diploïque

C’est en 1896 que la première communication sur l’injection diploïque de cocaïne a été présentée en Belgique, puis cette technique a été codifiée par Nogué dès 1904, avant toute autre technique anesthésique ! ; (Fig.9).

Fig.9 : Seringue de NOGUÉ pour anesthésie diploïque.

L’apparition de l’anesthésie para-apicale (alors appelée « sous muqueuse ») quelques années plus tard verra cette dernière se développer – sauf pour les molaires mandibulaires – compte tenu de la difficulté à obtenir une anesthésie de qualité à leur niveau.

Aux premiers temps de l’anesthésie, le seul produit disponible était la cocaïne, extrêmement toxique et difficile à manipuler. L’idée de l’anesthésie diploïque est partie d’un constat simple : pour diminuer les risques liés à cette toxicité, il convenait de déposer la cocaïne au plus près des apex afin d’en utiliser la plus petite quantité possible. Pour ce faire, un trou était réalisé avec un forêt à travers la corticale osseuse, puis l’anesthésique injecté directement à l’intérieur de l’os grâce à une seringue à l’aiguille spécifique (légèrement conique pour assurer l’étanchéité ).

Les difficultés étaient liées à la perforation elle-même, puis à la cathétérisation de l’orifice, et l’accès se faisait en

vestibulaire pour la mandibule et en palatin au maxillaire en débutant en muqueuse attachée afin de retrouver plus aisément l’orifice préalablement réalisé. Les évolutions technologiques permettent aujourd’hui de redécouvrir cette méthode grâce à la mise sur le marché de matériel adapté.

Le principe de l’anesthésie est simple : porter le liquide au plus près de l’apex. Or le diploé est un tissu spongieux plus ou moins dense au sein duquel le liquide injecté va se propager sans difficulté. La pénétration de l’aiguille va permettre de se rapprocher au plus près des apex, et ainsi la totalité du produit injecté va agir.

Une partie de celui-ci sera toutefois repris par les canaux de Wolkmann pour être redistribué au niveau des tissus muqueux attachés tant lingual que vestibulaire. Ainsi une seule infiltration permettra l’obtention de l’anesthésie pulpaire et muqueuse, tant vestibulaire que linguale, autorisant ainsi en cas de pulpectomie la pose d’un clamp de digue sans nécessiter de rappel gingival.

Une technique en trois temps ; (Fig.10)

Fig.10 : Une technique en trois temps. Schématisation des anesthésies muqueuse et diploïque.
  • une anesthésie muqueuse est préalablement réalisée en regard du point d’injection, biseau bien à plat afin de ne pas entraîner de sensibilité. Cette approche, simple mais efficace, est bien sûr valable pour toute anesthésie en muqueuse attachée. L’aiguille sera insérée superficiellement sous la muqueuse jusqu’à ce que son orifice soit suffisamment avancé pour éviter toute fuite lors de l’injection. Quelques gouttes suffiront à assurer l’anesthésie de la muqueuse et du périoste sous-jacent, et le blanchiment caractéristique obtenu sera le signe d’une quantité délivrée suffisante. Puis l’aiguille est retirée pour passer à l’étape suivante.
  • la deuxième étape consiste à faire pénétrer l’aiguille au sein du diploé, soit à partir de la corticale (cas d’une édentation mésiale ou distale de la dent à traiter ou trigone rétro-molaire) soit à partir du sommet de la papille interdentaire (comme pour une intraseptale) ou encore du sulcus au niveau de la furcation molaire (comme pour l’intra-ligamentaire) ; (Fig.11). Cette pénétration doit être indolore et permettre d’amener l’extrémité de l’aiguille au plus près de l’apex de la dent concernée. En endodontie, cette pratique assure une anesthésie de qualité au
  • niveau de toutes les dents. Mais une technique spécifique permet aussi de reproduire l’efficacité de l’anesthésie à l’épine de Spix en injectant le liquide via le trigone rétro-molaire (zone concave située en disto-vestibulaire de la dernière molaire inférieure présente en bouche). L’injection à ce niveau, non seulement permettra de se rapprocher au plus près des apex de la molaire, mais pourra aussi, si la quantité injectée est suffisante, concerner le nerf dentaire et entraîner ainsi une anesthésie du bloc prémolo-molaire et un signe de Vincent de durée assez brève qui, toutefois, restera discret et permettra de conserver une sensibilité interdisant la morsure accidentelle.
  • la troisième étape consiste en l’injection de l’anesthésique, qui doit se faire sans difficulté et sans douleur, la vitesse d’injection recommandée étant de 1 ml par minute. Il est facile de comprendre, au vu des radios ; (Fig.11), tout l’intérêt de cette technique en dentisterie en général, mais aussi en endodontie plus particulièrement, puisque la proximité de l’extrémité de l’aiguille avec le ou les apex assure systématiquement une anesthésie de qualité y compris au niveau des molaires mandibulaires.
Fig.11 : Position de l’aiguille lors d’une anesthésie diploïque par voie inter-radiculaire.

Avantages :

  • • action immédiate
  • • possibilité d’anesthésier plusieurs dents utilisation possible de tout anesthésique
  • • anesthésie pulpaire et muqueuse
  • • absence d’effet secondaire

Inconvénients :

  • • nécessite un apprentissage
  • • utilisation de seringue spécifique

Anesthésie chez l’enfant en denture mixte
Le plus souvent les dents cariées sont situées au niveau des molaires inférieures, lactéales et/ou définitives. Si certains praticiens n’hésitent pas à recourir à la Spix dès 5 ans, avec les difficultés que cela représente et les risques importants de morsures aux conséquences parfois dramatiques, la technique diploïque permet d’obtenir systématiquement le silence clinique permettant la réalisation des soins et pulpotomies. Après anesthésie muqueuse, l’aiguille sera introduite par le sommet de la papille inter-dentaire vers le septum comme pour l’intra-septale, mais compte tenu de la vascularisation importante de cette zone chez l’enfant tout anesthésique sera utilisable, la lidocaïne associée à de l’adrénaline au 1/80 000 étant le produit préconisé afin de limiter les risques liés à la toxicité (Pr Vinckier, Louvain). L’injection d’1/4 de cartouche, entre 85 et 46 par exemple, permet généralement l’obtention d’une anesthésie s’étendant de 84 à 46. Le plus souvent la faible densité osseuse autorise une pénétration aisée de l’aiguille et rend cette approche simple à réaliser. Une bonne maîtrise de l’anesthésie muqueuse préalable permet de s’affranchir de l’utilisation de topique.

Matériel à notre disposition

Aiguilles ; (Fig.12) :

  • aiguilles classiques 30/100, 40/100 et 50/100
  • aiguille WH 60/100 (spécifique à la seringue WH )
  • aiguilles à biseau spécifique commercialisées par la société Dental Hi Tec et le laboratoire Septodont. Grâce à la forme particulière et innovante du biseau, la pénétration muqueuse est quasi indolore. Ces nouvelles aiguilles se déclinent en trois modèles : 30/100 x 9 mm (intra-septale, intra-ligamentaire, diploïque chez l’enfant), 30/100 x 16 mm (diploïque, para-apicale ) et 40/100 16 mm (diploïque)
Fig.12 : Aiguilles Dental Hi Tec.

Seringues :
Aux seringues couramment employées dans les cabinets, classiques ou à crémaillères, s’ajoutent les seringues assistées par électronique, avec ou sans possibilité de rotation de l’aiguille.

Seringues assistées par électronique :
« STA » (Single Tooth Anesthesia) de la société Millestone. L’aiguille est déjà montée sur une ligne à usage unique qui reçoit la cartouche, laquelle vient s’insérer dans un boîtier de commande qui assure la délivrance de l’anesthésique à la vitesse optimale de 1 ml/mn. Le porte aiguille, fin, long et transparent, autorise une prise stylo qui conditionne la précision du geste. Cette seringue permet de réaliser des anesthésies para- apicale, intra-ligamentaire et éventuellement intra-septale. Elle a été conçue afin de se faire oublier du patient, les Américains étant paraît-il très angoissés face à l’anesthésie. Sleeper One de la société Dental Hi Tec, est une seringue acceptant tout type d’aiguille et permettant elle aussi une prise stylo. La gestion électronique de l’injection permet de réaliser celle-ci de façon indolore, un système de régulation analysant en permanence la résistance à l’avancée du piston pour maintenir une pression suffisante pour réaliser tout type d’anesthésie tout en maintenant la vitesse recommandée de 1 ml/mn.

Seringues avec rotation de l’aiguille ; (fig.13)
La seringue Anesto de la société WH. présente la particularité de se monter sur le micromoteur, et ne nécessite donc pas d’alimentation spécifique ou de pédale particulière. Elle est consacrée à l’anesthésie diploïque par voie corticale, l’aiguille dédiée étant d’un diamètre de 60/100. Ce diamètre important ne permet pas de réaliser une anesthésie muqueuse indolore, qu’il est préférable de mener avec une seringue et une aiguille classiques. La rotation de l’aiguille, qui va agir comme un foret pour traverser la corticale et parvenir au sein de l’os spongieux, est gérée par le praticien par action sur le rhéostat de l’unit, nécessitant d’adapter la vitesse et les temps d’arrêt afin d’éviter un échauffement osseux pouvant être source de conséquences préjudiciables. Une fois la perforation terminée, le praticien procède à l’injection par action sur un levier comme sur les seringues à crémaillère, ce qui assure une excellente diffusion de l’anesthésique mais sans contrôle de la vitesse d’injection.

Fig.13 : Seringues Anesto et Quick Sleeper.

Quick Sleeper de la société Dental Hi Tec est une seringue combinant les avantages des seringues assistées par électronique et permettant la réalisation de tout type d’anesthésie par la possibilité d’adapter l’aiguille de son choix, la rotation éventuelle de celle-ci et un mode aspiration autorisant l’anesthésie à l’épine de Spix. Sa prise stylo peut être maintenue durant toutes les phases de l’anesthésie indépendamment de la technique, garantissant un geste sûr et précis. Alimentée par un cordon relié à l’arrière de la seringue, elle nécessite l’utilisation d’une pédale sans fil pour commander les différentes fonctions.

Résumé

Les soins endodontiques nécessitent l’obtention d’un silence clinique parfait afin de permettre leur réalisation dans de bonnes conditions tant pour le praticien que pour le patient. Ils sont souvent réalisés dans des conditions inflammatoires ou infectieuses et la qualité de l’anesthésie dépendra de l’habileté du praticien, de la pathologie et du site concerné (molaire mandibulaire). Parmi les différentes techniques, certaines sont plus performantes que d’autres mais peuvent nécessiter l’acquisition de matériel spécifique et une formation du praticien qui ne sont pas toujours bien perçues. La notion d’échec reste relative : il est heureusement rare de se trouver dans l’impossibilité d’obtenir une anesthésie, mais cela passe souvent par une multiplication des techniques, des doses injectées, et des effets secondaires associés. Une approche différente, qui prend en compte la pathologie à traiter, la dent concernée, la technique d’anesthésie et le point d’injection doit permettre d’en déduire la spécialité la plus adaptée et la quantité nécessaire et suffisante.

En ce début de XXIe siècle, il paraît anormal de ne pas prendre en compte ces notions quand des techniques éprouvées permettent la réalisation d’une anesthésie efficace, immédiate, sans risque de toxicité grâce aux faibles quantités injectées et sans suite opératoire pour le patient, qui pourra ainsi reprendre confiance et, souvent, retrouver le chemin du cabinet dentaire.

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