1 – Sortez de votre zone de confort

Sur les bancs de l’université, vous avez appris à faire des empreintes conventionnelles et vous avez derrière vous des années de pratique… La dilution des poudres d’alginates, le malaxage des silicones à bonne température, l’insertion du porte-empreinte en bouche, puis la délicate désinsertion, vous connaissez par cœur… Les publications, communications et congrès louent les atouts de la caméra optique mais vous hésitez. « Il faut accepter de changer de manière de travailler, c’est un peu la même démarche que celle du chirurgien digestif qui passe de la laparotomie à la cœlioscopie », explique Sébastien Abin, orthodontiste à Nueil-les-Aubiers (79). Prenez le temps, renseignez-vous car, pour être efficient, tout changement de pratique demande un effort et une réelle adhésion.

2 – Découvrez les avantages de l’empreinte optique

« Une empreinte optique est plus fiable qu’une empreinte conventionnelle, estime Marie-Charlotte Russon, chirurgien-dentiste à Fontainebleau (77). Il n’y a pas de risque de contamination, pas de déformation liée au transport ou aux changements de température. Enfin, c’est surtout un gain de temps. » Et pour cause, il n’y a plus qu’à mettre un écarteur dans la bouche du patient, balayer les dents avec la caméra et envoyer un fichier par voie numérique à son prothésiste. Plus besoin de préparer le matériau, de l’insérer en bouche, d’attendre un temps de prise puis de désinsérer le porte-empreinte. Sans compter qu’on ne fait jamais une seule empreinte conventionnelle, on ajoute au moins l’empreinte de l’arcade antagoniste. Enfin certaines étapes n’auront plus lieu d’être : la préparation du colis et le transport par coursier au laboratoire.


Dr Marie-Charlotte Russon

Au sein de notre cabinet de trois associés, en janvier 2020, nous avons fait l’acquisition d’une caméra optique avec laquelle je réalise toutes mes empreintes. Et je ne reviendrai...

pas en arrière !

Cela demande un temps d’apprentissage mais la manipulation est très intuitive. C’est un peu comme avoir un smartphone en mains, même sans mode d’emploi, on arrive très vite à s’en servir. Je devais avoir une formation dispensée par le fournisseur mais, en raison de l’épidémie de Covid-19, elle n’a pas eu lieu. D’une certaine façon, c’est le prothésiste qui m’a guidée. Le travail est devenu encore plus collaboratif qu’avant et nous gagnons ensemble de la précision.

L’empreinte optique est plus fiable qu’une empreinte conventionnelle moulée en bouche qui peut se déformer pour de multiples raisons. En dentisterie restauratrice, la caméra permet de faire des empreintes sous champ opératoire, ce qui permet de délimiter très précisément les dents à restaurer, sans saignement.

Dr Marie-Charlotte Russon

C’est aussi une révolution pour l’implantologie car on peut « matcher » l’empreinte optique avec un cliché radiographique numérisé. En fusionnant les images, je détermine le positionnement de la future prothèse et des axes implantaires et j’envoie le fichier numérique correspondant à mon laboratoire qui pourra réaliser, avec une imprimante 3D, un guide chirurgical. De cette manière-là, la pose de l’implant sera facilitée et la prothèse parfaitement ajustée.

3 – Prenez le temps de choisir votre modèle

« Vous avez deux types de produits, des caméras tout-terrain performantes et simples d’utilisation à 35 000 – 40 000 € et des modèles entrée de gamme à 15 000 – 20 000 € moins maniables, qui demanderont un apprentissage plus long », fait remarquer Jeff Farbiarz, prothésiste et président du laboratoire LDA. Mieux vaut parfois différer un achat plutôt que de se retrouver avec une caméra décevante qu’on finira par délaisser. On préférera des pièces à main légères, à peine plus grosses qu’un stylo, munies d’un éclairage homogène. Si aujourd’hui la technologie par balayage rapide a détrôné celle par clichés successifs, on vérifiera la rapidité d’exécution c’est-à-dire le temps nécessaire pour relever une empreinte (zone préparée, zone antagoniste et rapport interarcade). On délaissera par ailleurs les dispositifs nécessitant un poudrage, qui, ceci dit deviennent rares sur le marché. Les autres critères à prendre en compte seront notamment :

– la performance du système optique : résolution, phénomène de déviation plus ou moins important selon les modèles, algorithmes utilisés pour le traitement de l’image,

  • la présentation : chariot portatif avec clavier et écran intégrés ou caméra en branchement USB sur ordinateur portable,
  • le système ouvert ou non de la caméra (fichiers exportables au format standard utilisables par différentes usineuses en laboratoire),
  • les qualités de l’interface graphique (finesse du maillage, couleur ou monochrome),
  • la compatibilité avec votre scanner et l’équipement de votre prothésiste,
  • le coût et les modalités de paiement (achat, location, leasing),
  • les frais annexes : mise à jour des logiciels, maintenance, assurance, facturation ou non des modèles par le laboratoire.

Adressez-vous à un revendeur qui assure un suivi et la maintenance du matériel. Demandez-lui aussi de vous faire des démonstrations et de vous prêter du matériel à l’essai pour quelques semaines. « Je loue une caméra, les logiciels sont mis à jour régulièrement et si elle tombe en panne, elle est remplacée dans les 48 heures », déclare Jean-Eric Lachaux, chirurgien-dentiste et implantologue à Paris. Enfin, n’oubliez pas de contacter vos prothésistes habituels qui seront de précieux conseils s’ils ont mis en place un flux numérique. S’ils ne travaillent qu’à partir d’empreintes conventionnelles et veulent s’en tenir là, contactez d’autres laboratoires. « Ces deux dernières années, nous constatons un véritable essor du numérique, 50 % des empreintes que nous recevons sont numériques, continue Jeff Farbiarz. Mais utiliser une caméra ne se fait pas en un claquement de doigts, nous proposons un véritable service client, aux chirurgiens-dentistes en les accompagnant dans l’utilisation de leur nouveau matériel, ce qui les encourage et leur fait gagner du temps. »

« La caméra facilite la relation avec le patient en matérialisant à l’écran un plan de traitement. Il m’arrive de réaliser une empreinte optique pour faire de la prévention. » Louis Toussaint, chirurgien-dentiste

4 – Prévoyez un temps d’apprentissage

« J’ai acheté une caméra il y a quelques mois mais je ne l’ai pas utilisée systématiquement et je manque de pratique, reconnaît Yann Gauduchon, chirurgien-dentiste à Paris. Ce n’est pas si aisé de manœuvrer la caméra tout en contrôlant les images à l’écran. Il est important de s’accorder un temps d’apprentissage. » La caméra enregistre uniquement ce qu’elle voit, ce qui nécessite de bien sécher la zone et de bien définir les limites marginales. Et Marie-Charlotte Russon d’ajouter : « Il est nécessaire d’utiliser du fil éverseur autour des préparations. » Jean-Eric Lachaux témoigne : « J’ai commencé à me servir d’une caméra il y a deux ans et demi, avec des restaurations d’une seule dent puis progressivement de plus grande étendue. »

5 – Soyez acteur de la révolution numérique

Tous les praticiens qui adoptent la caméra sont unanimes, celle-ci révolutionne leurs pratiques. Fini l’archivage  encombrant des empreintes conventionnelles dans des boîtes hermétiques numérotées. Les transferts de données avec le laboratoire s’accélèrent… Le nombre de rendez-vous pour poser une prothèse se réduit. Mais surtout la qualité est au rendez-vous, le positionnement des couronnes, des dispositifs d’orthodontie ou des implants est plus précis. « La caméra facilite aussi la relation avec le patient en matérialisant à l’écran un plan de traitement, elle permet aussi de suivre l’évolution de l’état dentaire avec images avant/après, estime Louis Toussaint, chirurgien-dentiste à Orgeval (78). Il m’arrive de réaliser une empreinte optique pour faire de la prévention, sur le plan parodontal ou dans le cas de contextes érosifs liés à l’ingestion excessive de boissons acides par exemple, un véritable fléau actuellement. » 

Enfin, la caméra est le premier pas pour développer la conception et fabrication assistée par ordinateur. « Aujourd’hui, notre cabinet est passé au tout numérique pour 80 % de l’activité, ce qui réduit nos coûts et nous permet de proposer des tarifs avantageux à nos patients, informe Jean-Eric Lachaux. Les bridges provisoires, les guides pour implants sont faits avec des imprimantes 3D. 80 % de nos prothèses sont faites en zircone monolithique avec des machines-outils, les patients sont satisfaits même pour des dents situées à l’avant. » Les usineuses ne peuvent façonner des prothèses en céramique, matériau encore inégalé en termes de rendu esthétique mais les prothésistes contournent la difficulté. « Nous réalisons un maquillage de surface de toutes les couronnes pleines qui sortent de nos usineuses, confie Jeff Farbiarz. Le “full numérique” représente 30 % de notre production, les couronnes stratifiées en céramique 70 %. Celles-ci sont montées sur une armature réalisée en 3D puis usinée ou réalisée en microfusion. Mais dans tous les cas, il y a le savoir-faire du prothésiste qui monte la poudre de céramique à partir d’un modèle. Il y aura toujours une place pour l’artisanat. » Certains praticiens expriment par ailleurs une réserve en cas de restauration de grande étendue. « Pour les restaurations d’arcade complète en particulier sur implants, en raison des risques de déformation liés à l’acquisition numérique, les empreintes conventionnelles au plâtre restent le gold standard en termes de reproductibilité et de passivité de la prothèse définitive », précise Louis Toussaint.


Dr Sebastien Abin
Avant d’avoir une caméra numérique, je louais un garage pour stocker les centaines de moulages d’étude et de fins de traitement réalisés chaque année car nous avons l’obligation légale de les conserver pendant 20 ans, ils font partie des dossiers patients.

Depuis désormais quatre ans, je conserve mes moulages numérisés sur disque dur, plus besoin d’agrandir le garage. En plus, je fais l’économie de l’achat des matériaux nécessaires aux empreintes conventionnelles et du coût des modèles facturés par le laboratoire. La caméra numérique, c’est rentable immédiatement quand on pratique l’orthodontie.

Dans notre cabinet, nous sommes trois praticiens sur huit à avoir investi ensemble dans la caméra optique et nous sommes même en train de créer un pôle digital, nous allons embaucher un prothésiste en apprentissage et un informaticien. Nous continuerons à sous-traiter la production des produits les plus complexes à des laboratoires qui possèdent le matériel et les compétences pour leur réalisation.

Mais pour les cas simples, nous gagnerons du temps en produisant sur place certains dispositifs ou en configurant la plus grande partie des plans de traitements sur ordinateur. Cela nous permettra de limiter le temps passé au fauteuil tout en gardant le contrôle des travaux effectués et en bénéficiant des formidables avancées technologiques. Je souhaite très rapidement développer le collage indirect assisté par ordinateur, avec positionnement virtuel des attaches, cela permet de les insérer en une seule fois, par l’intermédiaire d’une gouttière et de garantir un positionnement optimal.

6 – Engagez-vous dans un travail collaboratif

Le temps est révolu où praticien et prothésiste travaillaient chacun dans leur coin, avec pour seul échange la fiche de laboratoire. « Nous communiquons en temps réel avec les prothésistes via un groupe Whatsapp et deux fois par an, nous nous rendons sur place au laboratoire », explique Jean-Eric Lachaux. Le métier de prothésiste est en train de changer, l’artisan se convertit en informaticien spécialisé. Dans les cabinets, l’organisation change, certains embauchent des salariés ayant des compétences digitales, d’autres délèguent la prise d’empreintes aux assistantes dentaires. C’est indéniable, le numérique bouscule les habitudes et les organisations.

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